‹ Marie dans le dogme catholique (volume 2)Chapitre 27 sur 154 · VA MARIE DANS LE DOGME · texte numérisé non relu

VA MARIE DANS LE DOGME

exemple peut contempler le mystère de l’Incarnation, méditer les abàissements, les douleurs, les ignominies, la mort de Jésus rédempteur, sans sentir sa pensée prise de vertige ?

Quand on traite de l’Immaculée Conceplion de Marie, la raison s’appuyant sur d’autres données de la foi, trouve ce dogme si naturel et si logique, que pour élevé et stupéfiant qu'il soit on éprouverait encore plus d'étonnement qu'il ne fut point.

L’exemption de la faute héréditaire en Marie et par suite toute la magnifique efflorescence de sanctification que nous avons décrite sont réclamées impérieusement et inflexiblement par l'amour que Dieu porte à Marie, par les relations qu’elle a avec la Trinité, par ses rapports avec les Anges, enfin, par tout cet état de grandeur dù à Marie Mère de Dieu et des hommes.

Marie immaculée parce que aimée de Dieu d'une facon exlraordinaire. — Dieu nous l’avons déjà dit, qu'il nous soit permis de le répéter, aime Marie d’un amour sans égal; d'un amour immensément supérieur à celui qu'il porte aux autres créatures. L'amour de Dieu étant effectif et non affectif, c’està-dire devant se manifester par la distribution de bienfaits à la personne aimée, la sanctification originelle de la Vierge en était la conséquence logique. A Jean-Baptiste et à Jérémie qu'il aimait beaucoup moins que Marie, Dieu concéda la sanctification alors qu'ils étaient encore au sein maternel. Après

cela on ne comprendrait point qu'il n’eut pas dû sanctifier Marie dès le premier instant de sa conception,

Marie immaculée parce que unie au Père. — Non cela n'eut pas été possible. Chacune des personnes divines était intéressée à sanctifier Marie d’une façon extraordinaire et dès le commencement. Le Père devait l’exempter de la faute originelle, car elle possédait en commun avec Lui son propre fils unique. Aussi bien le Père éternel que Marie peuvent et doivent dire en s'adressant à Jésus: Mon fils. Or, ce qui serait incompréhensible, c'est cette mystérieuse et ineffable communauté d'autorité et d'amour entre une personne éternellement, essentiellement pure comme le Père et un autre être plongé, ne fut-ce qu'un instant, dans le bourbier du péché : telle aurait été Marie conçue non immaculée. On comprend que Marie ne puisse jamais arriver à ce degré de perfection et de noblesse qui est propre au Père éternel, mais il est de toute convenance qu'il y ait similitude de pureté et d’innocence et que la dignité du Père éternel ne soit pas offensée par l’indignité de la mère.

Marie immaculée parce que Epouse de l'Esprit Saint. — L'Esprit Saint lui aussi était intéressé à accorder à Marie l’exemption de la faute originelle. Epouse mystique de l'Esprit Saint elle ne devait appartenir qu'à Lui seul, il était nécessaire que leurs noces sacrées ne fussent point troublées par un

souvenir amer et qu'au moment où l'Esprit de la lumière prenait le sang de la Rédemption, l'esprit des ténèbres ne put lui dire : « Un jour, celle que tu épouses était une esclave. »

Marie immaculée parce que Mère du Verbe. — Mais toute hésitation disparaît et la nécessité pour Marie d'être immaculée apparaît lumineuse, si l'on pense qu'elle est la mère du Verbe éternel. Ne parlons point du déshonneur de Marie, si elle eut été souillée un instant par le péché, retombant sur Jésus. . Que fut-il advenu de l'honneur du Fils, s’il eut pris chair d’une chair qui n’aurait pas toujours été exempte de toute souillure. Mais indépendamment de cela, il suffit de penser aux obligations d’un fils envers sa mère, obligations que Jésus assuma dans ses rapports avec Marie. Tout fils doit avoir à cœur l'honneur, la pureté de sa propre mère, il doit lutter contre tous ceux qui cherchent à souiller son nom et à déshonorer sa mémoire. S'il dépendait de nous de former à notre gré notre mère, nous la rendrions exempte de toute tache morale. Or, comment supposer que Jésus, modèle des fils, n'ait pas fait ce que nous aurions fait, nous, certainement ? Comment supporter l’idée que Jésus ait pu même un instant, permettre au démon, source première de toute souillure, d'entrer dans le cœur de sa mère et de la maculer de la bave du péché.

C'est donc bien à raison, que la Bulle /neffabilis dit : « En vérité il était extrêmement convenable

qu'elle apparut toujours ornée des splendeurs d’une sainteté très parfaite, et exempte de la tache même de la faute originelle, qu’elle remportàt un triomphe complet sur l'antique serpent, cette mère vénérable à qui Dieu disposa de donner son Fils unique qu’il engendre de son cœur égal à lui-même qu'il aime comme lui-même, de telle sorte que le même et l’unique Fils par nature soit de Dieu le Père et de la Vierge ; cette vénérable mère que le Fils lui-même se choisit pour en faire sa mère substantiellement, et de laquelle l'Esprit voulut et fit que fut conçu et naquit celui dont il procède. »

Marie immaculée parce que Reine des Anges. — Si nous considérons les rapports de Marie avec les Anges, nous trouverons en eux un autre motif de convenance pour Marie d’être immaculée. Comment! sujette à la faute, la reine des Anges? Les anges ne furent jamais souillés d'aucune faute ; ils resplendirent toujours d’une innocence particulière et extraordinaire ; ils sentent une horreur spéciale, une répugnance invincible devant le péché. C’eut donc été une grande anomalie de les forcer à s’incliner avec respect devant une créature qui fut un temps rebelle à Dieu. « Dieu, dit saint Anselme, conserva exempts de la faute les bons Anges, alors que les autres en étaient souillés et il n’aurait pu conserver sa mère future exempte du péché d'autrui? Il avait établi dans un dessein éternel de la faire supérieure aux anges, de la rendre leur reine et leur maitresse,

et maintenant il la ferait inférieure, il la mettrait aa nombre des autres pécheurs ? »

Marie n'aurait pas été vraiment grande, soumise à la faute originelle. — Il ne suffit pas de dire que Dieu aurait rendu Marie sa digne mère et la digne Reine des Anges par le nombre extraordinaire de grâces et de privilèges qu'il lui aurait accordés dans la suite, étant donné qu'il l’eut laissée pour quelque temps sous le poids du péché. En ce cas, toute grandeur subséquente de Marie serait demeurée, endommagée et gàtée ; elle eut été une grandeur privée de sa fraîcheur native, décolorée et voilée. C’est ce que met bien en évidence le Père Segneri : « Le péché originel, dit-il, est une souillure qui aurait dans la Vierge, je ne sais comment, gâté toutes ses gloires futures. En effet, même lorsqu'elle serait arrivée au plus haut degré qu’une pure créature puisse alteindre dans l’ordre de la grâce, on aurait pu rappeler ses débuts sans noblesse et lui reprocher sa génération malheureuse. Et quelle grandeur ne perdrait de son lustre avec cette tache ? Qu'on se la représente conçue dans le péché et puis qu'on dise: Qu’affirme-t-on d'elle? Qu'elle est Reine du Ciel, oui. Mais d’abord elle fut sujette à l'enfer. Qu'elle est mère de la grâce ? Oui. Mais d’abord elle fut fille de colère. Qu'elle est avocate des pécheurs ? Qui. Mais elle fut d’abord leur compagne dans le péché. Si elle est la Mère du Verbe, n'est-il pas vrai qu’elle fut d’abord son ennemie ?

Epouse du Saint-Esprit ne fut-elle pas soumise au tyran de l'enfer? Le Père l’adopta, mais le larron infernal ne la posséda-t-il pas d’abord? Disons tout: si la Vierge fut souillée dans son origine, cette première ignominie suffit à gâter toutes ses prérogalives subséquentes. » (Pan. de VI. C.).

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