PREMIÈRE QUESTION
Le Corps de Marie
SOMMAIRE
I. Après avoir estimé à leur valeur réelle les dons dx: corps, nous rechercherons les charmes, la complexion, la formation du corps de Marie. — II. Idée que nous donnent de la beauté corporelle de Marie, l’art, la théologie et la liturgie. — III. Une voix discordante. — IV. On doit affirmer que Marie a été d’une beauté partilièrement radieuse, parce que mère de Dieu ; — V. Parce que d’une sainteté incomparable ; — VI. Parce que formée en vue du Sauveur. — VII. Détermination plus. ample des caractères de la beauté de Marie : ses charmes n’avaient rien d’efféminé ; ils étaient au contraire ferment de vertu; ce fut une beauté du type juif, que mettait en relief la manière d’être de Marie ; un artiste qui voudrait tracer le portrait de Marie. — VIII. Excès à éviter. — IX. La complexion du corps de Marie eut un tempérament singulièrement vigoureux. — IV. Comment fut formé le corps de Marie.
I. Après avoir estimé à leur valeur réelle les dons corporels, nous rechercherons la beauté, la complexion, la formation du corps de Marie.
Les qualités physiques sont certainement unebien petite chose, comparées aux qualités de l’âme, et c’est pour cela que la Sainte Ecriture a pu dire : Fallax gratia et vana est pulchriludo ; mulier timens Deum ipsa laudabitur, Ce qui signifie: la sainte
crainte de Dieu qui nous fait aimer avec une ineffable révérence le suprême Créateur de toute chose, qui nous rend respectueux de sa loi, qui nous éloigne du péché et orne notre âme de la grâce sanctifiante, est la plus belle caractéristique qui puisse resplendir en quelqu'un ; tandis que la splendeur physique, l’harmonieuse composition des traits, la vigueur corporelle, la fraicheur des couleurs, la grâce de l'attitude, la flamme et la fermeté du regard, l'élégance et la justesse des mouvements, tout ce faisceau enfin d'éléments variés qui rendent un corps beau et attrayant, ne sont en l’homme que des qualités de second ordre. Celui-là ne devrait guère se plaindre de leur absence, qui sait son cœur animé de la crainte de Dieu ; et vice-versa, leur présence, si elle n’est accompagnée des dons surnaturels qui font la beauté de l’âme, non seulement est inutile, mais encore périlleuse. Toutefois quand les qualités du corps sont un reflet d'une âme rayonnante de vertu et de grâce, alors personne ne peut nier qu'elles soient un don du ciel; elles sont une attestation non méprisable de la bienveillance divine. C’est pourquoi Dieu opéra en Moyse une espèce de transfiguration ; il le rendit rayonnant d’une majesté surhu maine, après le colloque mystérieux qu'Il eut avec lui sur le Sinaï, quand Il lui consigna les deux tables de la loi. De même à certains autres saints personnages de l’Ancien Testament, que nous i aurons l’occasion de mentionner bientòt, Dieu a conféré une rare beauté extérieure, comme pour
attester la place privilégiée qu'ils avaient dans son cœur divin.
Et au premier couple humain, Adam et Eve, Dieu ne donna-t-Il point, même pour le corps, tout ce qui se peut imaginer de plus attrayant, et de plus enchanteur? sur leur front, ne fit-il point briller tant de beauté et de telle essence qu’elle pouvait rivaliser avec la beauté même des anges ? C’est un principe indiscutable dans la théologie catholique, que le corps de nos premiers parents fut dès le début, et tant qu'ils demeurèrent en grâce avec Dieu, exempt de toute infirmité, et par suite de toute imperfection, rayonnant de formes et de charmes splendides. Voici comment s'exprime à ce propos saint Augustin : Vivebal ilaque homo in paradiso sicul volebat quamdiu hoc volebal quod Deus jusseral... cibus aderat ne esurirel, polus ne silirel, lignum vile ne ulla senecta dissolveret: nihil corruplionis in corpore, neque ex corpore ullæ molestie, nullus intrinsecus morbus, nullus iclus metuendus extrinsecus, summa in carne sanilas, in anima lola lranquillitas. (De Civit. Dei, livre x1v, C. xxvi).
Imagine-t-on pour un corps lié encore à la terre, dons plus splendides que ceux énumérés par saint Augustin ?
Pour se former ensuite une idée des privilèges splendides dont la main juste du Tout-Puissant revètira dans le ciel, après la résurrection universelle, le corps des élus, nous n’avons qu’à contempler un instant du regard de l'esprit les qualités que la foi
nous montre dans le corps de Jésus ressuscité.
Il ne saurait donc y avoir de doute : bien que les dons physiques soient par leur nature très inférieurs à ceux de l’àme, on ne saurait douter qu’ils ne soient parfois un témoignage de la bienveillance divine, et pour ainsi dire, comme un reflet naturel des dons surnaturels que le Saint-Esprit répand dans les âmes à Lui amies.
Il sera donc intéressant pour les dévots à Marie, de rechercher quelle attitude Dieu a tenue envers sa mère et la nôtre, au point de vue des qualités physiques à lui départir.
Trois choses méritent spécialement de retenir motre attention : 1° Quels sont lescharmes de Marie? -2° quelles sont la complexion et la vigueur de son corps? 3° dans la formalion de son corps béni, y -eut-il quelque chose d’extraordinaire et de miracu- Jeux ?
II. Idée que nous donnent de l’ineffable beauté corporelle de Marie, l'art chrétien, la théologie et la liturgie.
Commençons par la première question et disons tout de suite que toujours l'Eglise a eu cette idée, d’abord que Marie fut remplie de cette beauté surnaturelle, dont le siège est l'âme, et dont la grâce est la source ; qu'ensuite et en outre, Marie a réalisé l’idéal de cette beauté sensible qui brille sur le visage, frappe les sens et va droit au cœur. L'art chrétien, dominé par l’idée de la beauté physique de
Marie, a été fécond en œuvres dont la renommée défie les siècles.
Les plus beaux génies, ceux quis’acquirent un nom immortel dansla peinture et la sculpture, se sentirent toujours attirés par une impulsion mystérieuse vers Marie. L’idée qu'ils puisèrent dans la tradition chrétienne, des charmes de la Vierge, fut pour eux un implacable tourment; car elle s’offrait à eux trop extraordinaire et trop sublime pour pouvoir étre fixée d’une facon satisfaisante dans le marbre ou sur la toile. Les meilleurs peintres et sculpteurs de Vierges, firent pour ainsi dire un condensé, une quintessence de tous les divers éléments de beauté, répandus par la main du Créateur sur les autres visages humains, et cherchèrent à les réunir tous dans les peintures ou les statues de Marie. Ils voulurent pour elle les charmes les plus exquis, les traits les plus harmonieux, le coloris le plus suave, la stature la plus élégante. Toutce qui, dans le regard d’une femme mortelle, peut se trouver d’enchanteur, de pudique, de modeste, de captivant, de fascinateur, ils s’efforcèrent de le faire briller dans les chastes yeux de la mère de Dieu. La chevelure, la manière d’étre, l’attitude, la démarche, les mouvements, tout ce qui en somme concourt à la perfection de l’homme, ils s’étudièrent à le donner à Marie en un degré idéal.
Et ce ne fut pas seulement une pensée d'art, de cet art qui s’efforce de toutsublimiser, se permet certaines libertés, certaines atteintes à la réalité, non