‹ Marie dans le dogme catholique (volume 2)Chapitre 47 sur 154 · Hausto maligni primus ut occidit · texte numérisé non relu

Hausto maligni primus ut occidit

Viscera Virginis inscia piaculi, le sein de la Vierge qui ne connait pas le péché, indique certainement quelque chose de plus que la purification du péché : il ne le connut point parce qu'il ne l’eut jamais.

Paschase Radbert, abbé de Saint-Pierre de Corbie au diocèse d'Amiens, dans son livre De partu Virginis, attribué par quelques-uns, à tort toutefois, à saint Ildefonse, en partant du fait que la naissance de la Vierge est fêtée partout, conclut d’abord que la Vierge fut sans péché au moment desa naissance, puis affirme en outre que « sanctifiée dans le sein de sa mère, elle ne contracta jamais le péché originel : nullis quando nata est subjacuit deliclis, nec contrazil in utero sanclificala peccatum originale. »

« Il est donc impossible, comme le dit Bachelet, de ne pas voir dans ce passage un témoignage formel en faveur de la conception sainte de la Vierge ; impossible aussi de ne pas y voir un acheminement vers une fête de la Conception, distincte de la fête de la Nativité. » (L’Imm. Conc., Occident, p. 16.)

Virus chelydri terrigenum genus Hinc lapsa pestis per genus irrepens Cunctum profundo vulnere pertulit Rerum miserans, sed Sator, inscia Cernens piaculi viscera Virginis,

His ferre mortis crimine languida Mandat salutis gaudia sæculo.

VII. Dans ce siécie même, on commence à célébrer la fête, niéme en Occident, — on en décrit les progrès. La fête fait naître la controverse.

De fait, la fête de la Conception de la Vierge commence à paraître en occident vers le 1x° siècle.

Certains auteurs voulurent même lui assigner une date antérieure. Ils voudraient la faire remonter jusqu’au vu* siècle et ce serait saint Ildefonse de Tolède qui l’eut instituée. Par suite elle eut commencé à être célébrée en même temps dans l'Eglise grecque et dans la latine.

Une telle opinion s’appuie sur des documents que le Père Ballerini S. J., à plusieurs reprises, a démontrés apocryphes.

Le premier document certain pour établir l’existence de la fête de la Conception en Occident, se trouve dans l’église de Naples. C’est au calendrier du rx° siècle inscrit dans le marbre en paroles latines, et l’on y lit le g décembre: la Conceplion de la sainte Vierge Marie.

Le lieu où l’on employait ce calendrier, son caractère intrinsèque, démontrent qu’à Naples et dans toute la basse Italie, la fète de la Conception fut d’importation orientale. Les Orientaux, comme nous l’avons vu ailleurs, célébraient justement cette fête le 9 décembre. En outre on sait qu'à ce temps, Naples et les autres diocèses de l'Italie méridionale dépendaient du patriarchat de Constantinople.:Quoiqu'il en soit, la fête de la Conception s'étendit bien-

tôt de Naples à toute l'Italie et même à toute l’Europe.

Déjà avant 1047, selon le testament de Hugues de: Summo, la fête de la Conception se serait célébrée à Crémone. Ce testament, cette charte de donation comme on l'appelle, fut découvert par Mgr Antonio Dragoni, chanoine de la cathédrale de Crémone et copié par lui en 1816 sur un ancien parchemin, qui selon lui, offrait toute garantie. Jusqu’alors on n’en connaît que la copie. De Summo, scolastique del’église de Crémone, fait donation de ses biens aux chanoines ses confrères, et fait mention de la Conception de Marie, soit parce que l’instrument a été passé le jour de cette fêle, soit parce qu'on y prescrit aux chanoines de célébrer chaque année cette fête d’une façon déterminée, dans un certain oratoire compris parmi les biens légués. Hugo appelleexpressément Marie « Sine labe originali concepta; gratia Filii ab originali labe anticipala redemplione: preservata ; — préservée par grâce de son Fils, et. par une rédemption anticipée, indemne de la faute originelle ». — Toujours intègre et immaculée, soit d'âme soit de corps. — Semper fuit tam anima tam corpore integra et immaculala. » Ce document porte la date de 1047.

Il est vrai que certains en face de ce document prennent une attitude de défiance : ils le jugent apocryphe, parce qu'il est écrit avec beaucoup de: recherche, qu’il emploie des phrases qu'on dirait empruntées aux controverses postérieures, et que

par la multiplicité des détails inutiles se révélerait l'effort pour dissimuler la fraude, en distrayant le lecteur. On ne pourra résoudre les objections que lorsqu'il sera permis d'examiner le texte original : on ne désespère pas de le retrouver un jour.

On peut dire avec certitude que vers l’an 1000 on célébrait la conception de la Vierge chez les Anglo-saxons.

On a prétendu qu’en Angleterre la fête de la Conception n’a été instituée qu'en 1070 par l’abbé Elsine de Ramsay sous Guillaume II le Conquérant. De retour de Danemarck, où il avait été envoyé près du roi comme ambassadeur de Guillaume, surpris par une furieuse tempéte sur une mer, Elsine au moment de périr, aurait eu une vision. Un message céleste l’aurait délivré, à la condition pour lui de faire célébrer le 8 décembre la fête de la Conception. C’est ce qu’il advint. Mais nous sommes bien loin d’avoir pour un tel évènement des garanties sùres.

Au contraire des études récentes sur les monuments liturgiques prouvent l’existence de cette fête chez les Anglo-Saxons, même avant l'invasion normande de 1066. Deux calendriers liturgiques composés tous deux au début du xi° siècle et provenant des monastères de Wincester, Old Minster, et New-Minster, contiennent cette inscription primitive, au 8 décembre : la Conception de la sainte Mère Marie. L'institution donc de cette fête en Angleterre remonterait aux bénédictins de Wincester, disciples

de saint Ethelwald (984) et peut-être à ce saint luimême.

Après avoir pris racine dans l’Europe méridionale et septentrionale, la fête de l’Immaculée Conception, d’un mouvement constant et rapide, se répandit dans les diverses églises de l’Europe centrale. Les divers diocèses rivalisaient de zèle pour rendre cet honneur à Marie.

Ce fut précisément l'extension de cette fête qui fit naître la grande controverse sur l’Immaculée Conception, controverse unique en son genre. Quand l'Eglise de Lyon, pour ne le céder à aucune autre en dévotion envers la Mère de Dieu, voulut fêter sa conception, une voix se fit entendre pour protester, la voix de celui dont on n’eut jamais soupçonné une telle chose. L’adversaire de l’Immaculée Conception qui, par l’autorité de son nom, suscite la grande controverse, fut saint Bernard. A l’étude de cette controverse il faut consacrer un chapitre à

part.

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