I. Saint Bernard s’oppose ouvertement à l’Imma
culée Conception, en une lettre adressée aux chanoines de Lyon.
Le premier donc qui ouvrit le feu contre l’opinion favorable à l’Immaculée Conception fut saint Bernard, et il le fit en une lettre adressée au chapitre de Lyon qui avait introduit en cette église la fête de l’Immaculée Conception, en faveur déjà dans
d’autres églises. La lettre de saint Bernard était conçue en ces termes :
1° L’exorde est un magnifique éloge de l'Eglise de Lyon, «laquelle, dit-il, excelle et se distingue parmi toutes les églises de la Gaule, par la dignité du Siège, par l’éminence de la science, par la fécondité d’institutions louables, par la rigueur de la discipline, par la gravité des moeurs, par la maturité des desseins, par le poids de l’autorité, par la vénération pour les traditions du passé, surtout en matière d’offices sacrés. En effet jusqu'alors, elle n’avait toléré aucune nouveauté, elle n'avait pas permis que sa prudence fut en défaut par des décisions non pondérées, vice des personnes légères et inexpérimentées. — Inter Ecclesias Gallia constat perfeclo Lugdunensem hactemus præeminuisse, sicut dignilale Sedis, sic honestis studiis et laudabilibus institutis. Ubi elenim œque viquit disciplina censura, morum gravitas, maturitas consiliorum, auclorilalis pondus antiquilatis insigne? Præserlim in officiis ecclesiasticis haud facile unquam repentinis visa est novilatibus acquiescere, nec se ali= quando juvenili passa est decolorari levitate, Ecclesia plena judicü. »
2° Après cet éloge flatteur, le saint docteur fait entendre une véhémente protestation contre la récente introduction de la fête de l’Immaculée dans ce chapitre. « Aussi, dit-il, notre étonnement a-t-il été grand de voir quelques-uns d’entre vous introduire une fête nouvelle, ignorée de la liturgie de l’église,
une fête qui ne peut être approuvée par la raison, qui est condamnée par l'antique tradition. — « Unde miramur salis quod visum fuerit hoc tempore quibusdam vestrum voluisse mutare colorem oplimum, novam inducendo celebritatem, quam ritus Ecclesia nescit, non probat ratio, non commendat anliqua tradilio. »
Et saint Bernard appuie sa protestation par ces paroles qui suivent immédiatement: « Eh quoi? est-ce que nous prétendons étre plus savants ou plus. dévots que les Pères ? N’oubliez point qu'il est périlleux de vouloir faire ce que leur prudence à jugé bon d’omettre. Si ce ne fut là chose à omettre toutà fait, ils ne l’eussent point omise, dans leur diligence et dans leur soin. — « Numquid Palribus doclores aut devoliores sumus ? Periculose prœsumimus quidquid ipsorum in talibus prudentia prœlerivit. Nec vero id tale est quod nisi protereundum fuerit, Patrum
quiverit omnino diligenliam proeteriisse. »
3° Il s’attarde ensuite à répéter que la Vierge doit.
être à coup sûr louée grandement, extraordinairement, mais non point toutefois en heurtant les traditions de l'église ; car ce serait donner à la Vierge des louanges fausses et la deshonorer. « Je sais, dit-il, ce que vous me direz : la Mère de Dieu doit être grandement honorée. Vous dites la vérité, mais prenez garde que votre louange soit accompagnée de justesse. Ornée comme elle est de titres solides. à nos louanges, Marie ne doit pas être exaltée par des honneurs faux et inconvenants ; honorez à