‹ Marie dans le dogme catholique (volume 2)Chapitre 75 sur 154 · CR ENVIE YO IAIT · texte numérisé non relu

CR ENVIE YO IAIT

2. Non oportuit autem, ut a principio, cognosceret B. V. omnes circonstantias hujus Incarnationis mysterii. Certum est enim non agnovisse, ex qua fœmina Deus esset assumpturus carnem, neque quo loco, et tempore : in horum igitur cognitione proficere potuit, prius legendo et intelligendo Vetus Testamentum, postea per annunciationem angelicam, Christi doctrinam et multarum rerum experimentum.

Nous trouvons ces mêmes sentiments chez Estius : « Bien que la Vierge, dit-il, ait été libre de tout péché, on ne peut dire cependant qu’elle ait toujours été exempte de toute ignorance, et qu’elle ait eu dès le commencement une parfaite connaissance du mystère de l’Incarnation. ll semble, en réalité, qu'avant l’Annonciation, elle ait ignoré qu’une Vierge dut concevoir et enfanter, ainsi que le fait supposer la question posée par elle à l’Ange : « Comment cela se fera-t-il? etc. » Elle ignorait aussi, et l’apprit par l’Ange, que depuis déjà six mois, le Précurseur avait été conçu miraculeusement. Selon l'Evangile, elle ne savait pas que Jésus, âgé de douze ans, était resté à Jérusalem, alors qu’elle le croyait dans la caravane; aussi chercha-t-elle d’abord parmi ses parents et ses connaissances, ce qui était une méprise. Cette ignorance de Marie est suffisamment indiquée par cette interrogation de Jésus : « Pourquoi me cherchez-vous? Ne savez-vous pas que je dois m'occuper des affaires de mon Père? », et par cette observation de l’Evangéliste : « Ils ne comprirent pas ce qu'il leur disait. » Ailleurs il est dit que Marie fut en admiration des choses que Siméon disait'de Jésus. Mais quel grand désir avait Marie de savoir toute la vérité sur ce qui regardait son Fils, saint Luc le montre bien, quand il dit spécialement d’elle et non de Joseph : « Elle conservait toutes ces choses et les méditail dans son cœur » (1).

1. Virgo, licet ab omni peccato immunis fuerit, non tamen ab omni ignorantia libera fuit, neque statim perfectam mys-

Couronnons ces citations que l’on pourrait multiplier à l'infini, par ces paroles du B. Canisius : « Il ne se trouvera pas de catholique assez ignorant pour enseigner et croire que Marie ait connu toutes choses ici-bas. Elle en ignora sans doute beaucoup ; aussi, avide d'apprendre, interrogea-t-elle l'ange Gabriel, comme s’il eut été son maitre ; et après être devenue Mère, était-elle étonnée de ce qu’elle voyait dans son enfant et de ce qu’elle entendait dire.

Il est hors de doute qu'elle acquit peu à peu la connaissance des choses surnaturelles ; mais pour ce qui regarde la foi, pour tout ce qu’elle devait nécessairement connaître, elle ne douta jamais, et jamais la Vierge très sage ne se trompa. Elle fut beaucoup plus entendue dans les choses divines, que ne le croient les novateurs et que nous ne pouvons l’ima-

terorium dispensationis Christi in carne notitiam accepit. Nam Virginis conceptum et partum aliquando futurum, priusquam angelicis verbis edocta esset, ignorasse videtur, quemadmodum indicant illa ejus verba ad Angelum : Quomodo fiet istud ? Quia etc. Conceptum quoque Præcursoris miraculosum sexto demum mense ab eodem angelo didicit, et Filium duodennem in Jerusalem remansisse, teste Evangelio, non cognovit, eumque existimans in comitatu esse et requirens inter cognatos et notos utique fallebatur. Idem satis arguit illa Christi interrogatio : quid est quod me quœærebatis ? Nesciebatis, quia in his quo Patris mei sunt oportet me esse ? Et subsequentia Evangelistoe verba : Et ipsi non intellexerunt verbum quod locutus est ad eos. Alibi vero mirata dicitur super his, quae a Simeone dicebantur de Filio, et nihilominus studium assequendi mysteria quæ circa Filium gerebantur, quantum in ea fuerit declarat illa sententia secundo apud Lucam repetita et peculiariter de B. V. et non de Josepho dicta : Quod conservabat omnia ejusmodi verba. conferens ea in corde suo (In Il. D. D., d. m $ 6).

giner. Toutefois, dans les évènements ordinaires, elle pouvait dire, comme tous les mortels et les apôtres eux-mêmes, instruits cependant par Jésus- Christ : « Nous connaissons en partie, nous prophétisons en partie, nous voyons tout maintenant comme en un miroir, nous savons tout en énigme, nous ne nous flattons pas d’avoir compris » (r).

Par suite, pour Marie se réalise aussi le « non plus sapere quam oportet sapere : sed sapere ad sobrietatem ».

Cette modestie, du reste, à éviter toute présomption dans la recherche des mystères divins, fut un des éléments de sa sainteté. La première Eve avait eu la curiosité indécente de tout savoir, Marie ne voulut pas troubler l’ordre de la divine Sagesse; elle savait que la lumière totale luirait un jour, et se contentait de marcher rapidement dans la route

1. « Nullus est Catholicorun tam imperitus, qui doceat aut credat Mariam cum in humanis esset scivisse omnia. Ignoravit procul dubio non pauca et idcirco cupida discendi Gabrielem veluti suum prœceptorem interrogavit et post partum de iis guce circa Christum infantem vidit et audivit admirata est, nec dubium quin paulatim in illa cognitio, doctrinaque coelestis auctior facta sit. Corterum quod ad fidem fideique doctrinam attinet in his quidem que necessario cognoscere debuit, nec dubitavit unquam, nec erravit Virgo sapientissima, multo certe in rebus divinis peritior, quam putent Novatores imo quam quisquam nostrum animo facile comprehendat. Fuit hoc iterum illi cum multis, ipsisque Christi apostolis divinitus edoctis, commune, vere ut posset dicere : Ex parte cognoscimus, et ex parte prophetamus : videmus nunc per speculum et in cenigmate : nondum arbitramur nos comprehendisse (L. IV, c. XVII. Summ. Aur., vol. VII, p. 1336) ».

LES PRÉROGATIVES DE MARIE ‘351 fenice SIA AIA EIA A nl pere ini discrètement lumineuse de la foi, qui augmentait peu à peu ses connaissances, mais ne pouvait acquérir une plus grande fermeté, une plus grande stabilité. Elle s’abandonnait totalement, sans condition, entre les mains de la Volonté divine, sans vouloir connaître d’avance par quelles voies, il plairait à Dieu de la conduire.

Elle ne dédaignait pas les lumières que Dieu, suivant les occasions, lui donnait sur les mystères très élevés auxquels elle participait ; elle s’en faisait autant de trésors, sans prétendre pénétrer avant le temps les secrets du Ciel. Elle ne demandait à son Créateurqu’une chose: qu’il lui manifestàt ses desseins sur elle, afin qu’elle put les accomplir avec promptitude, avec élan. Le programme suivant lequel la B. Vierge voulait diriger toute sa vie, fut simple, mais sublime : c'était tout le christianisme dans sa manifestation la plus élevée, et il se trouvait renfermé dans sa réponse à l’Ange : « Ecce ancilla Domini, fiat mihi secundum verbum tuum » Se considérer en toute chose comme la servante du Seigneur et agir comme telle, voilà l’aspiration suprême de Marie, et c'est en cela que consistent toute sagesse et toute sainteté !

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