Chap. VS v.t
et une méditation profonde: conferens in corde suo. Mais l'ignorance temporaire de quelques circonstances concomitantes à la Rédemption, ne diminuait pas, en Marie, l’ardeur et l'intégrité de sa foi, et ne pouvait même être pour elle source de jugements erronés. Elle n’en pronongait pas d’absolus, sinon quand ils lui paraissaient absolument justes. Ce qu’elle ignorait, où elle ne lejugeait pas du tout, où si elle le jugeait, elle se contentait de le donner comme probable, et voulait qu’il fut tenu pour tel. Ainsi au retour de la célébration de la Pàque à Jérusalem, elle crut Jésus dans un groupe de la caravane. Ce jugement ne correspondait pas à la réalité, mais bien entendu que cette erreur n’était pas légèreté de sa part. Elle jugea suivant les motifs prudents qui pouvaient la tranquilliser, mais ne s’obstina pas dans son erreur, et à peine s’aperçutelle de sa méprise, qu’elle fut prompte à rechercher la vérité. Mais si Marie avait eu la science infuse de toute chose, ou du moins de ce qui l’intéressait, semblable méprise n’aurait pu avoir lieu.
Pour consoler ceux qui, par cette opinion, voient avec regret s’évanouir le parfum de poétique idéal, rêvé plus ou moins par tous sur l’élévation intellectuelle de Marie, qu’il nous soit permis de dire que cette manière de voir ne nous est pas personnelle ; c’est celle des théologiens les plus remarquables, soit par leur science, soit par leur amour de Marie. Quelques citations ne seront pas inutiles.
Le Père Grou, de la Compagnie de Jésus, dans
son ouvrage : l’/nlérieur de Jésus et de Marie, dit au sujet de la réponse de Jésus à Marie et à Joseph, lorsqu'ils le retrouvent dans le temple : « L'Evangéliste a remarqué que ni elle ni Joseph ne comprirent le sens de la réponse qu’il leur fit: ce qui montre bien que par une disposition divine, leur foi était encore mêlée de beaucoup d’obscurité, et qu'ils ne connurent qu'avec le temps et par degrés, ce que Jésus-Christ était venu faire sur la terre. Quoiqu'il en soit, Marie reçut cette parole avec tout le respect qu’elle devait ; elle s'humilia de ne pas la comprendre, et elle imposa silence à ses sentiments maternels » (1).
Suarez. disp XDX,,1*%sect., 3° part: sécritsceci: « IL n’était pas nécessaire que dès le commencement Marie connut toutes les circonstances du mystère de l’Incarnation. Il est évident qu'elle ne sut pas, jusqu’au jour de l’Annonciation, par quelle femme Dieu s’incarnerait, ni en quel lieu, ni en quel temps. Elle put progresser dans la connaissance de ces choses et notamment par la lecture et l’intelligence de l’Ancien Testament, par l’Annonciation, par les enseignements du Christ et par l’expérience de beaucoup de choses » (2).