‹ Marie dans le dogme catholiqueChapitre 11 sur 92 · V. Examen partiel de certains chapitres de ces légendes · texte numérisé non relu

V. Examen partiel de certains chapitres de ces légendes

Le crédit des apocryphes s'est un peu relevé de nos jours auprès des critiques qui voient en eux un signe important de la mentalité des temps où ils furent écrits. L’horreur qui faisait dire jadis : « Tel livre est apocryphe, donc il ne mérite aucune foi »,

1. « Fortasse non nemo mirabitur, nos de nativitate B. Virginis nihil afferre ; sed cum de ea sacer textus omnino sileat, optimum putavimus et nos de re prorsus incerta tacere, de qua cum plures scribere voluerint, ex turbidis fontibus, quæ tradiderunt hausisse videntur, puta ex Proto-Evangelio quod S. Jacobo falso tribuitur, ex libro de ortu Virginis, qui perperam sancto Jacobo, fratri Domini N. J. Chr., et a quibusdam Cyrillo Alexandrino ascribitur, ex libro .altero de orlu Virginis, cujus auctorem Seleucus falso affirmavit fuisse evangelistam Matthœum, ex commentitia S. Evodii Epistola, et ex opusculo de Nativitate S. Marie, quod Monachi S. Mauri, in editione S. Hieronymi, tomo V, adscripta S. Doctoris spuria rejecerunt. Nobis vehementer probatur quod scripsit S. Anselmus,.cap 11. De excell. Virg. : Illud apud me conjicio nativitadem, elc. »

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paraît s'être un peu dissipée. Aujourd’hui on distingue entre les détails et le fond de la légende, et l’on est porté à donner à celui-ci un certain poids. On admet par exemple aujourd’hui comme certain, que les parents de Marie s’appelaient Anne et Joachim. Nous les trouvons nommés ainsi dès le second siècle, ce qui pousse fortement à croire que les auteurs des livres apocryphes furent à même de connaître leurs noms. D’autre part on ne comprend pas quel eut été leur motif de nous tromper sur un point aussi insignifiant. Plusieurs, il est vrai, ont pensé que le père de Marie s’appelait Heli; mais il est à remarquer qu’Heli et Joachim, suivant la racine hébraïque, sont synonymes comme Jésus et Josué. En tout cas, à peine est-il besoin de le dire, alors même que Joachim et Anne (qui veut dire : préparalion du Seigneur, grâce) seraient des noms symboliques et non ceux que portèrent réeliement les parents de Marie, cela ne constituerait pas une objection contre le culte qui leur est rendu sous ces vocables. Le culte n’a pas le nom pour objet, mais la vertu du Saint. Combien de Saints, par exemple ceux qui appartiennent à un Ordre religieux, sont honorés sous un nom qu’ils n’avaient pas d’abord, mais qui dans la suite leur fut imposé.

Communément de nos jours, on accueille volontiers, l’idée que Marie a été miraculeusement concédée à Anne et Joachim, quand humainement ils ne pouvaient plus espérer d'enfant. A cause de cela on soutient comme fondé que Marie fut fille unique.

L’Evangile, il est vrai, parle de ses sœurs, mais ce pouvait étre simplement des cousines ou bien des sœurs et belles-sœurs de saint Joseph, belles-soeurs par conséquent de Marie. Rien ne nous force à interpréter ce qualificatif de sceur dans le sens de fille d'Anne et de Joachim. Intolérable pour ainsi dire, nous semble l’idée de ces théologiens mentionnés par Trombelli qui, pour expliquer comment Marie fut fille unique et en même temps eut des -sœurs, parlent d’un triple mariage pour Anne. Le premier avec Joachim dont elle eut Marie; ensuite étant devenue veuve, avec Cléophas dont elle eut une autre Marie, enfin une troisième fois, avec un certain Salomé dont il n’y a pas trace dans l'Evangile et, dontelleaurait eu une troisième Marie. Tout cela nous semble des songes d’esprits en délire et nous croirions faire injure au lecteur, en nous attardant à les réfuter. Ces multiples noces d'Anne sont en trop grand désaccord avec l’éminente sainteté que nous devons reconnaître en elle.

Non seulement après Jésus-Christ, mais encore avant Lui, l’état du veuvage volontairement conservé fut lontemps regardé comme une exquise preuve d’amour de Dieu. Aussi l’Ecriture loue-t-elle Judith et Anne la prophétesse, fille de Phanuel(Luc, c. IT) parce qu'elles ne voulurent point de secondes noces, afin de se mieux consacrer, sans réserve, au service divin. Il ne nous est pas donné de savoir si Anne est morte avant ou après son époux Joachim; mais supposé qu’elle lui ait survécu, au nom de sa sainteté, nous

devrions conclure, qu’elle n’unit plus jamais sa destinée à celle d’un autre homme.

Il nous est également difficile de dire exactement quelles ont été les conditions financières de la famille de Marie. Mais si nous pensons à ce que l'Evangile nous dit de sa vie ; si nous songeons que Marie fut l'épouse d’un ouvrier qui avait sa boutique dans un des plus misérables pays de la Palestine ; si nous nous rappelons que lors de la Présentation de Jésus au Temple, elle offrit pour le racheter l’obole des pauvres, on ne peut s'arrêter à la pensée qu'Anne et Joachim fussent riches. Il nous paraît en effet plus convenable de penser que Dieu, dans un but très élevé, avait permis qu'ils fussent tombés dans la pauvreté et dans l’abjection. Les aïeux de Jésus, qui embrassa volontiers la plus extrême pauvreté, ne nous sembleraient guère à leur place parmi les riches.

La demeure d'Anne et de Joachim où naquit l’auguste Mère de Dieu, est aussi très incertaine, et reste ensevelie dans les plus profondes ténèbres. Quelques-uns supposent que ce fut à Jérusalem, d’autres à Nazareth ou à Séphoris. Pures conjectures sans fondement sérieux.

La maison de sainte Anne a été découverte à Jérusalem il n’y a pas bien longtemps. Mais quelle valeur peut-on donner à une semblable découverte, le lecteur le sait bien, s’il est tant soit peu au courant des études archéologiques.

VI. Le nom imposé à la mère de Dieu: ses multiples significations.

Ce qui est hors de doute, c’est que Joachim et Anne imposèrent à l'enfant que Dieu leur envoyait, le nom de Marie. Ce nom lui fut donné selon l'usage courant, quinze jours après sa naissance. Les théologiens supposent communément que ce nom fut suggéré par révélation, ou tout au moins, par inspiration intérieure. Il n’est guère possible de contester sérieusement une semblable supposition corroborée par la conduite constante de Dieu envers les plus grands Saints de l’Ancien Testament. Il ne laissa pas le soin d'imposer leur nom au hasard ou à la simple volonté humaine, il y prit au contraire un intérêt direct. Pourquoi supposer qu’il n’en ait pas fait autant avec sa Mère? « Tant d'exemples de l’Ecriture, dit à ce propos de la Broise qui est certainement l’un des meilleurs biographes de Marie, où nous voyons Dieu nommer lui-même ses serviteurs, ne permettent guère de croire qu'il ait laissé au hasard ou à la volonté humaine la désignation du nom de sa mère. Sans doute le Ciel même avait choisi pour elle le nom porté autrefois par la sœur de Moïse, Miryam, prononcé peut-être Maryam vers le début de notre ère, et que nous transcrivons, Marie » (1).

Ge nom, ainsi qu'on peut le voir dans l’Evangile, était assez commun chez les Juifs. Il ne pou-

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