‹ Marie dans le dogme catholiqueChapitre 13 sur 92 · Editée à Florence, libr. S. Raffaele · texte numérisé non relu

Editée à Florence, libr. S. Raffaele

parfois suffisent à distinguer un sens de l’autre. Une telle abondance de significations vient d’abord des incertitudes étymologiques sur l’origine du nom de Marie ; et ensuite du vif désir montré constamment par les dévots serviteurs de Marie de trouver exprimées dans son nom au moins les principales de ses extraordinaires prérogatives.

Laissant de côté les significations, qui ne diffèrent des autres que par de légères nuances, ainsi que celles évidemment fausses ou invraisemblables, voici les principales interprétations du nom de Marie, qui se peuvent diviser en trois groupes:

a) Un premier groupe suppose que le nom de Marie est d'origine égyptienne, parce que dans l’Ancien Testament, du moins avant la captivité de Babylone, une seule femme a porté ce nom : c’est Marie, la sœur de Moïse, qui le reçut évidemment en Egypte. Ceci serait confirmé par le fait que le nom du frère de Marie, Aaron, est certainement égyptien et très probablement de la même provenance que la racine du nom « Moïse ». Dans ce cas, il dériverait de Mery, Meryt, qui signifie très chère (1). Ce nom d’après cela conviendrait certes bien pour une enfant première-née ; et en ce qui regarde la Mère de Dieu indiquerait l'immense amour, que lui porte le Créateur, qui fit pour elle de si grandes choses.

Suivant le célèbre Knabenbauer, à l'étymologie

1. Cfr. Lesêtre. Dictionn, de la Bibl. de Vigouroux, V. Marie, et de La Broise. Op. cit, p. 49.

égyptienne, on peut rattacher celte autre signification donnée au nom de Marie: « Slella Maris » ‘ éloile de la mer, qui est une des plus populaires et se trouve consacrée par la liturgie. Beaucoup attribuent cette interprétation à saint Jérôme; mais plusieurs critiques font observer que saint Jérôme ne dit jamais « Stella Maris », mais « Stilla Maris », ce qui est bien différent. Par la facilité avec laquelle on changeait en latin la voyelle i en e, on eut la variante Stella, au lieu de Stilla. Quelle que soit l’opinion de saint Jérôme, il est hors de doute que cette interprétation fit fortune et fut acceptée par les plus anciens écrivains. Nous la trouvons par exemple, dans saint Euchère mort vers 450, et elle devint commune ensuite. Combien de fois saint Bernard a-t-il chanté des hymnes à Marie « étoile de la mer » avec tout l’élan de son éloquence toute parfumée des plus charmants sentiments lyriques. Il est certain que ce nom convient parfaitement à Marie. La mer, c’est la vie présente, pleine de misères, de périls, d’incertitudes, de bourrasques, et Marie, avec sa toute-puissante médiation auprès de Dieu, sert d'étoile polaire à ceux qui, dans la crainte du naufrage, recourent à elle avec confiance. Pour échapper aux dangers qui peuvent conduire à la damnation et arriver heureusement à la porte de l'éternel salut, il n’y a rien de meilleur que de prendre Marie pour guide. Elle est bien l’étoile de la mer de notre vie.

Eh bien ! disions-nous, Knabenbauer, dans son

commentaire sur saint Matthieu x. 16, nous fait voir, non sans probabilité, comment cette signification est renfermée dans le nom de « Marie » regardé comme d'origine égyptienne. D’autres rattachent ce même sens à la racine hébraïque TK, or, d’où « Maria » dériverait.

b) Un second groupe d’interprétations, suppose que le nom de Marie vient du syriaque et signifierait surtout « Dame, maiîtresse ». La convenance de cette appellation appliquée à Marie, ne peut échapper à personne; Elle, la Reine de l'Univers, la mérite certes bien.

Etymologiquement, Maria, en ce cas, dériverait de la racine Mar qui veut dire Maître, Seigneur ; Maria en serait la forme féminine. Il y en a cependant qui le contestent, ils soutiennent que le féminin de Mär, est Marta et non Maria.

c) De nos jours, les érudits admettént, comme plus probable, que le nom de Marie est purement hébraïque. De là un troisième groupe d’interprétations, lequel se subdivise en deux, le nom de Marie, étant composé suivant les uns, et simple suivant les autres, et par suite, ayant différentes significations.

Les voici, chacune d’elles ayant ses défenseurs. Maria signifie : 1° Mer Amère parcequ'ilest composé de ces deux syllabes 3, Mar et n°, Yam. Les savants remarquent toutefois que selon le génie de la langue hébraïque, on ne peut dire Mar-Yam, mais Yam-Mar, et alors on ne voit plus comment le nom

« Maria » dérive de tout ceci. — 2° Leur révolle de 2, màrah, ou encore KW, mara, être contumace, rebelle. Cette interprétation, dit Minocchi, est toule moderne; ses auteurs marchent sur les traces de Lighfoot, Hiller et de beaucoup d’illustres hébraisants de notre siècle. Génésius, dans quelques éditions de son Dictionnaire hébraïque, a voulu voir dans la désinence dmn un suffixe pronominal, leur contumace, interprétation acceptée récemment par Grim, Schanz et Fr. Barbery (1). Certes, en ce sens, le nom de Marie exprimerait très bien les qualités surnaturelles de la Vierge, par exemple son Immaculée Conception. — 3° Eloile de la Mer, ainsi que nous l'avons déjà dit. — 4° Myrrhe de la Mer, goutte de la Mer, de la racine ©, marar, avec les deux paroles mar goulte, larme et mor myrrhe (que distille l'écorce d’un arbre résineux).On trouve cette interprétation dans saint Jérôme, dans les Onomastiques ; elle est adoptée par de nombreux écrivains grecs et latins, jusque vers la fin du Moyen Age. Le nom de Maria indiquerait ainsi, la grande humilité de la Vierge qui, semblable à une mer immense de perfection, ne se regardait cependant que comme une bien petite chose. — à° Saint Ambroise trouve dans le nom de Marie, cette signification : « Le Seigneur de ma génération. Deus ex genere meo ». D'après cela ce nom serait un présage de la Maternité divine, indiquant déjà, quand il fut donné à

1. Cfr. Minocchi, Op. cil, p. 20, et Janssens, comm. à la q. XXVII, p. 228.

la Bienheureuse Vierge, la charge très éminente à laquelle Dieu la destinait, celle de donner le Sauveur au monde.

Il dériverait de la racine 711 hardh, concevoir, engendrer. Le nom de Marie résulterait par là de deux expressions comme Meharji : De ma conceplion, et Jah (ve): le Seigneur.

Mais la plus grande partie des hébraïsants modernes voient de préférence dans le nom de Maria, un nom simple plutôt que composé. Voici les divers sens : 1° Espérance, skrx«, selon Philon, Liv. IV De somno, 11, 20. Mais ce sens est plutôt allégorique qu'étymologique, car on ne saurait dire de quelle racine hébraïque il dériverait. — 2° Elevée, grande, en le faisant dériver de mérom qui a ce sens. C’est l’interprétation chère à Canisius qui trouve dans ce cas la racine du nom de Maria dans 0° rom : élre éminent. — 3° Lumière, illuminée, illuminante (curiouos — ewrtoderca — euittovea). C’est le sens cher à beaucoup d’écrivains grecs, et accepté avec plaisir par de nombreux scolastiques, spécialement par saint Thomas. La justesse de cette signification appliquée à Marie, est trop évidente, pour que nous ayons besoin de l'expliquer. Etymologiquement, Maria dériverait ici de N or, étre lumineux, iluminer. — 4° Grasse, corpulente, ces expressions dans l'esprit des Orientaux, avaient et ont encore le sens de belle, de beauté. Cela voudrait donc dire, belle, yracieuse. La racine serait NM, marû, mûre, c’est-à-dire « grasse ». Pour Marie,

cette beauté, cette grâce, devraient s'entendre au sens spirituel, comme le fruit d’une plénitude extraordinaire de grâces. C’est l’interprétation chère à Bardenhewer. — 5° amerlume, douleur de M, Mürar et 0, mârah être amèr, souffrir. C'est l'interprétation soutenue par les anciens rabbins et par quelques savants modernes, par exemple par Simonis, par Fürst, par Mühlau et par Wolck. À peu près semblable était l'interprétation de « Mer amère » chère aux écrivains du Moyen âge et d’amerlume de la mer, chère à saint Ambroise, à Cornelius à Lapide. La polyglolle d'Avila et Ballesters préfèreraient « mer d’amerlume ». Minocchi, dans l’opuscule cité, se prononce pour cette interprétation et la croit l’unique soutenable, selon son origine historique, parce que : « Le nom de Marie, dit-il, se présente à nous pour la première fois porté par une très noble fille d'Israël, pendant la plus douloureuse période de la captivité des Hébreux en Egypte » ; et ensuile, étant donnée l’interprétation des Anciens Rabbins, « Je tiens, ajoutet-il, en très particulière estime, l'interprétation amertume donnée d’un commun accord au nom Mariam (Mirjam) par les anciens Rabbins, parce que ces infatigables interprètes de la Bible, possédaient une connaissance naturelle de l’hébreu, et par suite, étaient des exégètes pénétrants en même temps que gardiens tenaces des antiques traditions populaires (1). »

TR GLIO:

Certes cet appellatif amerlume, ne saurait mieux convenir qu'à celle dont le cœur fut transpercé par un glaive de douleur.

Nous avons suffisamment cité les diverses opinions, touchant le sens du nom de Marie, du moins les principales. Pour nous faire juge dans la controverse, et indiquer laquelle de ces interprétations l’on doit préférer, il nous manque la compétence.

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