VII. Le nom de Marie : son efficacité extraordinaire
Et maintenant, après la question critico-philologique, une dernière question dogmatique sur le nom de Marie. Quelle valeur et quelle éfficacité a-t-il pour notre salut éternel ? Nous posons cette question parce que certains théologiens ont reconnu au nom de Marie une efficacité ex opere operato, semblable à celle que par institution divine, renferment les sacrements. La vertu, l’efficacité du nom de Marie, exposée de cette façon nous paraît exagérée, et nous sommes d’avis qu’on ne peut l’accepter.
D'autres théologiens soutiennent que le nom de Marie opère de salutaires effets ex opere operato, mais ils ont soin de bien s’expliquer et disent qu'ils n’entendent pas par là l’équiparer aux sacrements. Parmi ceux-ci parait en première ligne Sedlmayr O. S. B., dont le traité sur Marie a une valeur qu’on ne saurait méconnaître. Voici sa thèse: « Dico: nomen Marie habel suos effeclus ex opere operato ». Puis répondant aux objections, il continue: « Il ya
ELE MRI DIMARO E BILIA ei AE une grande différence entre les noms de Jésus et de Marie et les sacrements, car l’effet immédiat des sacrements est la grâce sanctifiante : tandis que les noms de Jésus et de Marie ont d’autres effets; ils ne produisent pas pour le moins immédiatement la grâce sanctifiante. En outre, les sacrements, quand ils ne trouvent point d’obstacles, produisent leur effet infailliblement ; tandis que l'effet des noms de Jésus et de Marie n’est pas infaillible, mais lié à cette condition: s’il plaît à Dieu, et s’il est utile au salut de ceux qui l’invoquent » (1).
Ces explications données, la chose se réduit d’après nous, à une question de nom. On dit ex opere | operato, ce que d’autres rendent par opus operantis.
Nous croyons meilleur de ne pas réduire la chose à des limites aussi étroites. Et pour cette raison, sans vouloir discuter sur ces noms, nous dirons en général avec Canisius « que le nom de Marie est d’une singulière vertu, et porte en lui une force divine » pour nous obtenir les bienfaits célestes. Mariæ nomen singularem energiam, divinamque virtutem continet.
1. Respondeo latum esse discrimen inter nomina Jesu et Marie, et inter sacramenta, quia sacrementa producunt gratiam sanctificantem tamquam immediatum effectam : e contra nomina Jesu et Mariae producunt immediate alios effectus, non autem, saltem immediate, gratiam sanctificantem ; deinde sacramenta producunt suos effectus, remoto obice, infallibiliter : e contra nomina Jesu et Maria suos effectus non operantur nisi fallibiter, et contingenter sub conditione, si Deo placeat, etita conducat ad salutem invocantes « (Theol. Mariana, q, x11, art, 5).
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Cela ne fait pas de doute : prononcer le nom de Marie, c’est employer en notre faveur son intercession, que nous savons étre toute puissante. Le nom est le symbole de la personne et tire d’elle toute sa valeur. Ainsi dans le nomde Marie, se trouvent résumés toute la valeur et tout le pouvoir de celle que Dieu a élevée au-dessus de tout le créé, en la faisant sa mère, en la constituant par suite et pour nous Mère de miséricorde.
Aussi n’y a-t-il pour nous, et ne peut-il y avoir après celui de Jésus, d'autre nom dans lequel nous puissions mettre notre confiance, que celui de Marie. Ses parents, quand ils lui donnèrent ce nom béni, ne se doutèrent pas certes de quel prestige ce nom serait un jour revêtu. C’est que les conseils de Dieu sontinfiniment supérieurs à ceux des hommes. Or le nom qui résonna pour la première fois sur les lèvres d'Anne et de Joachim, accompagné probablement du seul sentiment de paternité satisfaite, retentit aujourd'hui en un concert indescriptible de dévotion d'un bout du monde à l’autre. Saint Bernard touchait un des points les plus sensibles des aspirations chrétiennes et faisait plus qu’une exhortation, il mettait en relief un fait depuis longtemps réalisé quand il écrivait : « Si les vents de la tentation se déchaînent contre toi, si tu te heurtes contre les écueils de la tribulation, regarde l’étoile, appelle Marie. Si tu t'apergois que les flots de la colère ou de l’avarice ou de la sensualité agitent la nacelle de ton àme, regarde Marie. Si tu te
troubles de la gravité de tes fautes, si confus de la laideur de ta conscience, tu t’épouvantes des terreurs du jugement, si tu te sens descendre dans un abime de tristesse. de désespérance, pense à Marie. Dans les périls, dans les difficultés, dans les perplexités, pense à Marie, appelle Marie. Que son nom résonne toujours sur tes lèvres et reste toujours gravé dans ton cœur » (1).
Devant ce nom, murmuré un jour avec une joie débordante autour du berceau de la fille d'Anne et de Joachim, aujourd’hui, comme s'exprime le célèbre Idiota, « tout le monde fléchit les genoux: le ciel, la terre et l’enfer. Ce nom, mieux que celui de tous les autres saints, restaure les épuisés, guérit les malades, éclaire les aveugles, émeut les endurcis, donne de la force aux combattants, et secoue le joug de Satan.
Le ciel est dans l'allégresse quand on le chante, la terre exulte, les anges se réjouissent, les démons frémissent, l’enfer se trouble. Et si grand estton nom, Ô Marie, que merveilleusementse radoucitet se trouve vaincu l’endurcissement du cœur humain » (2).
1. « Si insurgant venti tentationum, si incurras scopulos tribulationum, respice stellam, voca Mariam. Si iracundia, aut avaritia, aut carnis illecebra naviculam excusserit mentis, respice ad Mariam. Si criminum immanitate turbatus, conscientiæ foeditate confusus, judicio terrore perterritus, barathro incipias absorberi tristitiæ, desperationis abysso, cogita Mariam. In periculis, in angustiis, in rebus dubiis, Mariam cogita, Mariam invoca, non recedat ab ore, non recedat & corde. » (Hom. Il super Missus).