I. Les narrations des apocryphes
L’Evangile ne dit pas un mot de l’éducation de Marie, pas plus qu'il ne parle de ses parents immédiats et de sa naissance. Mais tandis que les Evangiles se taisent là-dessus, les apocryphes en ont parlé abondamment et presque trop abondamment. Le Protoévangile de saint Jacques nous raconte au septième chapitre que le jour où Marie eut deux ans, Joachim dit à Anne son épouse : « Conduisons: notre fille au temple afin d’accomplir le vœu que nous avons fait. » Et Anne répond : « Attendons sa troisième année pour que notre fille ne redemande pas son père et sa mère. — Eh bien! attendons sa troisième année. » La troisième année venue, ils conduisirent l’enfant au temple pour la confier au grand prêtre qui la prit sous sa garde etla fit élever.
Cette présentation de Marie au temple — ce sont
toujours les apocryphes qui nous le font savoir — fut pour elle un jour d’extraordinaires et surprenants succès. Pour accéder à la porte du temple, il failait monter quelques degrés, cinq suivant d’aucuns. Marie, la petite fille de trois ans, arrivée devant ces degrés, impatiente d'entrer dans le temple où l’attendait un nombre incalculable de faveurs célestes, se dégagea avec grâce des bras de ses parents, et d’un pas agile et sùr les gravit sans le secours de personne aux applaudissements d’une foule enthousiaste. La troupe des prétres et des lévites, avertie de la présentation de cette céleste enfant, l’attendait sur la porte du temple. On l’accueillit au son des trompettes qui firent entendre ce jour-là les plus mélodieux concerts. Anne et Joachim s’en revinrent chez eux tandis que leur fille restait au temple.
Les apocryphes continuent à nous dire les merveilles qui, là, dans le temple, ne cessèrent pas autour de la bienheureuse enfant, qui devait un jour devenir la mère du Créateur. Elle habitait le Saint des Saints, où le Grand Prétre ne pouvait entrer qu une fois l’an. Les Anges la servaient humblement ; ils lui portaient chaque jour sa nourriture. Et quelques apocryphes nous disent même que l’ange qui servait sa future reine, prenait volontiers et souvent la forme d’une gracieuse colombe.
Onze années passèrent ainsi, qui attestèrent de façon éclatante l'extraordinaire grandeur de Marie. Elle atteint ainsi l’âge nubile. Elle avait bien fait
vœu de virginité, (à dire vrai, les apocryphes n'employent pas le mot vœu) mais le Grand Prêtre voulut qu’elle prit un époux ; mais pas un époux ordinaire. Dieu qui, pendant onze ans, avait fait de Marie l’objet de tant de publiques merveilles, devait en accomplir une autre pour indiquer l’époux choisi par lui. Cette merveille ne fit pas défaut, et voicile gracieux et poétique miracle des baguettes. Le Grand Prêtre appela des jeunes hommes de la tribu de Juda, qui auraient eu droit, au nom de la parenté, d’aspirer à la main de Marie. Mais afin de faire un bon choix, il ordonna que chacun d’eux présentàt une baguette. Celui dont la baguette fleurirait deviendrait l’heureux époux de Marie.
Le miracle s’accomplit sur la baguette de Joseph. A lui donc Marie fut donnée comme épouse.
Telle est la narration des apocryphes, et nous n’hésitons pas à le dire: prise ainsi en bloc, elle est manifestement fausse. La jeunesse de Marie envisagée de cette façon, répugne avec ce que l’Evangile nous dit d’elle. Si toutes ces merveilles s’étaient accomplies autour de Marie adolescente, elle aurait acquis une telle célébrité, que l’oubli n'aurait pu si vite la couvrir de ses voiles. Son nom aurait été dans la bouche de tous. Les mères l’auraient appris à leurs enfants; on aurait accumulé sur elle les plus favorables pronostics ; on n’aurait pas douté qu'elle ne fut une femme extraordinaire, et très peu auraient encore hésité à reconnaître en elle la future Mère du Messie.
L’Evangile nous assure que Marie était bien loin d’avoir dans l’opinion publique une place aussi marquante, aussi distincte. Autour d’elle, au contraire, on peut toujours respirer le parfum le plus intense d’humilité. A l’extérieur, rien ne la distinguait des autres femmes, tous la tenaient pour une femme ordinaire, pour une femme du peuple. C’est si vrai que plus tard quand Jésus remplissait chacun d'étonnement par ses prodiges et sa doctrine, les gens émerveiflés demandaient: « D'où viennent à celui-ci cette fagesse et ces miracles ? N'est-ce pas le fils du charpentier? Sa mère ne s’appelle-t-elle pas Marie ?.…. D'où lui viennent donc toutes ces choses? » (Matth. xm, 54). Il est clair que si l’adolescence de Marie avait été aussi vraiment extraordinaire, personne n’aurait osé parler ainsi.