‹ Marie dans le dogme catholiqueChapitre 28 sur 92 · I. Le fait selon l'Evangile : passages à mettre en: relief · texte numérisé non relu

I. Le fait selon l'Evangile : passages à mettre en: relief

Tout de suite après l’Annonciation, Marie partit de Nazareth pour ‘allér visiter’ sa viéille parente! Elisabeth, de qui l’Ange lui avait’ révélé la future maternité miraculeuse. Elle resta près d'Elisabeth trois mois environ ainsi que le raconte saint Luc; « En ces jours-là, Marie se levant S Lui alla en hâte. au pays des montagnes, ‘en une ville, de Juda. Et elle entra dans la maison de Zacharie et salua Elisa,

beth, l'enfant tressaillit dans son sein, et elle fut remplie du Saint- Esprit. Et élevant la voix, elle s'écria : « Vous êtes bénie' entre toutes les femmes, et le fruit de vos entrailles est béni. Et d’où m'est- il donné que la mère de mon Seigneur vienne à moi ? Car votre voix lorsque vous m'avez saluée, n’a pas plus tôt frappé mes oreilles que mon enfant a tressailli de joie dans mon sein. Heureuse celle qui a cru ! Car elles seront accomplies les choses qui lui ont été dites de la part du Seigneur ! » Et Marie dit :

« Mon âme glorifie le Seigneur

Et, mon, esprit tressaille de joie en Dieu mon Sauveur, - i

Parce qu'il a jeté les yeux sur la bassesse de sa servante.

Voici en effet, que désormais toutes les générations

m’appelleront bienheureuse,

Parce qu'Il a fait en moi de grandes choses; Celuiqui est ‘ puissant,

Et.dont le nom est ui

Et dont la miséricorde s'étend d'âge en âge

Sur ceux qui le craignent.

Il a déployé la force de son bras, va tinto. .] Il a dissipé ceux qui s’enorgueillissaient dans les pens : sées.de:leur cœur, A ve ai in uo!

Ila renversé de.leur trône les potentats long ol

Et il a élevé les petits; |.

IL a comblé, de biens les affamés, i Et les riches, il les a renvoyés les mains vides. Il a pris soin d”° Israël son serviteur, R Se ressouvenant. de sa miséricorde, Ainsi qu ‘il l'avait promis à nos pères, Pr ARE Envers Abraham et sa race, pour toujours ».

i Marie demeura avec Elisabeth environ trois mois, et s'en retourna chez elle » (Luc,1,, 39-56).

! Telest: le récit évangélique ; mais quelques parties demandent à être mises en relief,

è Afin de ne pas répéter cè que nous avons déjà dit, nous nè nous attarderons pas à remarquer ici que Marie a été le véhicule de la grâce pour la première sanctification de saint Jean- Baptiste. Nous l'avons déjà éxplôré, ce côté du récit de saint Luc, alors que dans la première partie, nous avons parlé dé Marie dispensatrice des grâces ‘de la Rédemption.

Nos investigations s'arréteront maintenant au voyage de Marie, quant au mode et au terme ; à la rencontre avec Elisabeth ; aux sentiments qui animaient Marie lorsqu' elle entonna le sublime cantigue du Magnifical ; au but et à la durée de sa visite à sa vieille parente.

II. Elisabeth : données évangéliques ; lieu de sa demeure ; Marie va seule chez elle; si Joseph l’accompagna jusqu’à Jérusalem.

Marie, donc, en ce voyage, alla directement vers Elisabeth. Saint Luc nous parle de celle-ci au début de son Evangile (c. I. 5.) et nous fait savoir qu'elle était mariée au prêtre Zacharie et appartenait à la famille d’Aaron. Elle était donc de race sacerdotale, et malgré cela, parente de Marie, de la tribu de Juda. Cette parenté n’est nullement étrange et s'explique facilement si l’on songe que les lévites pouvaient

choisir leur ‘épouse dans n'importe ‘quelle ‘tribu d'Israël. Une hypothèse’ donc très simple ét très fondée, est de supposer, pour; expliquer la: parenté d’Elisabeth avec Marie, .que:son père: où: son aïeul avait épousé une, femme. de la tribu de Juda, et cette femme devait être une sœur de quelque ascendant de Marie. Nous devons cependant. mentionner une autre hypothèse que nous trouyons dans les apocryphes : c’est. que la mère d’ Elisabeth etxde Marie étaient sœurs. La mère de sainte Elisabeth se serait appelée. Sobé et aurait été la sœur de sainte Anne, et toutes deux sortiraient de la race d Aaron. C’est ainsi que Marie même du côté de sa mère, aurait appartenu. à la caste sacerdotale. Ce est une hypothèse comme une autre. Et comme les hypothèses pour expliquer cette parenté peuvent se multiplier à l'infini, on ne saurait juger laquelle est historiquement vraie.

Elisabeth n’était pas unie à Marie par les seuls liens du sang, mais encore par ressemblance de mœurs. Sans atteindre le degré de pureté et de sainteté de Marie, ce qui ne sera jamais concédé à une créature quelconque, elle était cependant observatrice zélée de la divine loi. L’Evangilé ‘dit d'elle et de son mari: « Tous déux étaient’justes devant Dieu, marchant dans tous les commandements ét ordonnances du Seigneur (1). » Et peut-être mérita-:

. Erant autem justi ambo ante Deum, incedentes:in omnibus DO et justificationibus Domini sine | querela » (Luc, 1, 6.).

MARIE DANS L'ÉVANGILE ‘87 cc momo one 4: elle à cause de cela de devenir 1a mère du Précurseur, Jean- -Baptiste. uiomoo jour) dh

‘Ce fils Tui fut: accordé miraculeusement, alors qu'humainement partant, ilne lui restait plus que les opprobres de la stérilité. Lés circonstances dans lesquelles ce fils fut annoncé par Gabriel à Zachä- ‘rie, l'attitude pleine de méfiance de celui- ci à l'audition d'un tel message et le châtiment qui en fut la conséquence, tout celà nous est raconté par saint Luc en détail au Chap. T, où chacun peut le lire!’

‘ Trois mois seulement devaient! s’écouler’ jusqu'à la naissancé de Jean-Baptiste, sh Marie arriva chez Elisabeth. RESINE)

‘Pour la trouver, elle avait dà se rendre au pays des montagnes, in montand) dans uné cité de Juda, selon l’Italique. Mais la version latine dit : « in civildtem Juda » — dans la cité Juda et non proprement dans la cité de Juda. Le latin répond exactement au texte original grec : ele 6h Tovda. Quelle était cette cité? Les hypothèses sont nombreuses ‘et chacune a dés partisans. Jérusalem, Bethléém, Emmaüs: Machéronte, souvent Karem; aujourd’hui Aîn-Karim, près d’Hébron, sont tour à tour désignées pour le lieu d'habitation d’Elisabeth. Nous sommes, nous, plutôt avec ceux qui tiennent pour Jutta, que l’on écrit aussi Youllah, Jota, Jeta, près d'Hébron.

Il faut remarquer que saint Luc ne dit pas « dans une ville de Juda ni de la Judée, mais simplement dans la cité Juda », ou si vous aimez mieux, dans une cité Juda, ce qui revient au même.

Ceci posé, nous trouvons le raisonnement suivant du P. Curci concluant et persuasif: « Quant à la ville où demeurait Elisabeth, il se présente une grande difficulté par la singulière locution adoptée par l'Evangéliste pour l'indiquer : il dit sans plus de détails : « în civilalem Juda, dans la ville Juda. » Or s’il avait dit : Judæ ou /udeæ,on comprendrait qu'il s’agit d’une ville de la tribu de Juda dans le premier cas, ou bien d’une ville du royaume de Judée dans le second. Mais cette ville Juda, l'on ne comprend vraiment pas ce qu'elle peut signifier; le grec, pas plus que le lalin, ne peut nous éclairer, tous deux disant littéralement ets ro): lovèx: dans la ville Juda. Quant à moi, laissant de côté les diverses opinions données, afin de trancher ce nœud gordien de géographie sacrée, je vous dirai que l'opinion qui me paraît la meilleure est celle de Reland, suivie communément par les meilleurs interprètes et la voici: par incurie de copistes, on aurait écrit Juda 571) au lieu de Juta ma, par suite d'un échange facile entre les leltres de son analogue, telles que le d et le {, et en hébreu le 7 et le vo, malgré leur forme différente. Or, Jula était une ville sacerdotale siluée sur les montagnes de la Judée et citée expressément dans Josué, Ce qui confirme cette manière de voir, c'est comme disent les grammairiens, la façon, employée en d'autres lieux par saint Luc, de nommer les villes par un cas

d'apposilion: civitas Nazarelh, civilas Joppe, civitas

MARIE DANS L'ÉVANGILE 89 Talassa; et parcillement on aurait écrit civilas Jula (1).

Suivant quelques auteurs, Marie aurait été accompagnée dans ce long voyage par saint Joseph. L'art même a goûté cette idée, et beaucoup de peintres, dans leur tableau de la Visitation, se sont plu à grouper d’un côté Elisabeth et Marie se saluant, et de l'autre Joseph et Zacharie. Mais c’est à tort : ainsi que nous l’avons dit plus haut, Joseph n'alla pas chez Elisabeth. Une autre hypothèse d'apparence plus probable soutenue par de nombreux écrivains, c’est que saint Joseph aurait accompagné Marie jusqu’à Jérusalem. L’Annonciation de l’Ange, selon un

calcul très probable dant devoir entrer dans le détail de ce calcul —

nous ne croyons pas cepen-

serait arrivée le 25 mars, le jour où précisément l'Eglise en célèbre l'anniversaire ; Marie serait partie quelques jours après, durant le temps pascal, alors que les Juifs fervents accouraient de toute la Palestine et des pays d’émigration pour se rendre à Jérusalem, célébrer la grande solennité dans le Temple de Dieu. L’Evangile nous montre toujours Joseph fidèle observateur des prescriptions légales. Ceci posé, ilest logique de penser que Marie soit allée jusqu’à Jérusalem avec son époux, qui aurait élé ainsi le gardien de sa pudeur virginale. Marie ensuile, aurait fait le trajet de Jérusalem à Jula ou en n'importe quelle autre ville où se trouvait Elisabeth, en compagnie d’autres personnes, peut-être

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