‹ Marie dans le dogme catholiqueChapitre 36 sur 92 · II4 MARIE DANS LE DOGME · texte numérisé non relu

II4 MARIE DANS LE DOGME

C’est ce qui arriva en effet. Après un laps de temps que nous ignorons, l’épreuve de Joseph et par contre-coup celle de Marie, eut son terme et d’autant plus heureux et consolant, que cette épreuve avait été plus cruelle et plus déchirante. « Joseph, écrit saint Matthieu, étant dans cette pensée, (de renvoyer secrètement Marie), voici qu’un ange du Seigneur lui apparut en songe et lui dit : « Joseph, fils de David, ne crains point de prendre avec toi Marie ton épouse, car ce qui est formé en elle est l’ouvrage du Saint-Esprit, et elle enfantera un fils et tu lui donneras le nom de Jésus, parce qu'il délivrera son peuple de ses péchés » (1).

La lumière donc était faite, et Joseph introduit dans les secrets du Très-Haut. Tandis qu’il luttait auparavant entre l’innocence de Marie et le témoignage implacable de la réalité, maintenant tout est expliqué par la sainteté de son épouse : seulement cette sainteté lui apparaît de proportions gigantesques, proportions qu'il n’eut jamais imaginées! Quels frémissements d’humilité et d’amoureuse gratitude envers Dieu et de respect envers Marie, ne dut-il pas éprouver, à la lumière de ces révélations! On ne saurait les imaginer même de loin.

Nous regrettons que l'Evangile dans sa sobriété,

1. « Haec autem eo cogitante, ecce angelus Domini apparuit in somnis ei, dicens : Joseph, fili David, noli timere accipere Mariam conjugem tuam : quod enim in ea natum est, de Spiritu Sancto est. Pariet autem filium, et vocabis nomen ejus Jesum : ipse enim salvum faciet populum suum a peccatis eorum. » (Matth., 1, 20-21).

ne nous ait pas fait le récit de la première rencontre de Joseph connaissant le mystère de l’Incarnation, avec Marie ! Cette rencontre a du étre quelque chose de sublime ; un spectacle, dirait saint Paul, pour le Ciel et la terre ! Mais ce sont des choses, suivant la remarque d’Eadmer, qu'il est plus faciled’imaginer que de raconter.

Ce qui est certain, c’est que Joseph conclut son: mariage avec Marie, tout de suite après l’apparition» de l’Ange : « Réveillé de son sommeil, c’est toujours saint Matthieu qui parle, Joseph fit ce quel’Ange du Seigneur lui avait commandé, il prit: avec lui Marie son épouse » (1).

II. Renseignements que nous fournit l’écrituresur saint Joseph

Puisque nous venons de voir saint Joseph uni à la Vierge par un lien si étroit, ce ne sera pas un hors. d'œuvre de nous arrêter un instant près de lui, et de: tracer une esquisse aussi exacte que possible de son: incomparable figure. Nous dirons ce que nous savons par l’Ecriture, nous nous servirons de la littérature apocryphe qui fleurit autour de lui, et. nous regarderons sa grandeur à la lumière de la. théologie. Nous savons, par l’Ecriture, que Joseph descendait de David. Nous l’avons entendu appeler ainsi par l’Ange ; et soit saint Matthieu, soit saint. Luc, bien que par des critères différents, nous:

1. Exurgens aulem Joseph a somno, fecit sicut præcepit ei angelus Domini, et accepit conjugem suam. (Matth., 1, 24).

prouvent comment il descendait du Roi-Prophète. Et bien que l'Ecriture ne le dise pas expressément, il est à supposer qu'il était le légitime héritier de tous les droits de David. Jésus l’était à coup sûr, ce légitime héritier, même au seul point de vue de la légalité humaine ; et cela ne se comprendrait pas, si ces droits n’eussent appartenus d'abord à son père légal, Joseph.

Bien que de race royale, Joseph, par une suite de douloureuses péripéties, dont on ne sait pas les détails, était tombé dans la condition de simple ouvrier. Il n’habitait plus le territoire de sa tribu de Juda, mais celui de Zabulon, à Nazareth. Qu'il soit né là ou bien qu'il y soit arrivé plus tard, en quête de travail, nous l’ignorons. L’Evangile nous le présente pour la première fois à Nazareth.

Selon l'affirmation du texte sacré, il y exercait le métier d’ouvrier. On soutient ordinairement que par ouvrier, on doit entendre charpentier. D’antiques autorités appuient cette interprétation. Laissons de côté les apocryphes qui lè disent expressément fabrum lignarium, charpentier ; saint Justin, dans son « Dialogue avec Tryphon » (c. xxxvui) dit qu'il s’occupait à faire des charrues et des jougs à bœufs. Au v° siècle, on croyait généralement qu'il était charpentier. La preuve en est dans l’anecdote contée par Théodoret (Hist. Eccl. |. 11; e. xxIn) et par Sozomène (Mist. Eccl. 1. vi; c. xIx), d’un certain Libanius qui, interrogé par Julien l’Apostat sur ce que faisait le fils du charpentier de Nazareth, lui

répondit : « Un cercueil. » Cette réponse n’eut pas été possible sans la persuasion, où l’on était alors, que Joseph avait vraiment exercé ce métier.

D’autres, avec saint Hilaire, pensent que Joseph fut forgeron. Saint Ambroise concilie les deux opinions en admettant qu’il fit un peu de tout ; que tantôt il se servait du soufflet de forge et du feu (WMatth., xm) et tantôt il taillait des arbres pour la construction des maisons, hic autem faber circa arbores curvo utitur ferramento. (Serm. 16 in Nat. Dom.) Nous partageons l’avis de saint Ambroise.

Le lieu retiré, peu propre au commerce, où Joseph

avait établi sa demeure, devait, en effet, l’obliger à toutes sortes de travaux. Il s’était acquis dans l’exercice de son humble métier une certaine célébrité, car il était connu dans tous les environs, comme le plus excellent des ouvriers. Aussi Jésus était-il appelé simplement : « le fils de l’ouvrier », cela suffisait : filius fabri. Mais sa rare probité et sa charité, qui le portait à travailler bien plus souvent à titre gracieux que pour un salaire quelconque, . voilà surtout ce qui le rendait populaire dans le cercle de ses connaissances. Et des connaissances, il devait en avoir non seulement à Nazareth et dans son voisinage, mais encore à Capharnaüm et dans les autres bourgades, assez loin de Nazareth. Cela ressort clairement de certains passages de saint Jean où il nous dit qu'il était connu à Bethsaïde (c. 1, vers. 4b), et à Capharnaüm. (c. vi, vers. 42).

On ne peut savoir, par la Sainte Ecriture, jusqu’à

«quel âge il a vécu. Alors que Jésus avait 12 ans, il “est sûr qu’il était encore là. Le peu qu'on sait de la ‘vie de Jésus de 12 à 30 ans, nous est décrit dans l'Evangile par cette phrase laconique « qu’il vécut à Nazareth : subdilus illis — il leur était assujetti », c’est-à-dire soumis à Joseph èt à Marie. Après cela, on ne parle plus de lui, ce qui laisserait supposer qu’il vécut encore plusieurs années après le recouvrement de Jésus au temple, et qu’il mourut avant la prédication de l’Evangile. Durant la vie publique de Jésus, on ne voit plus figurer que Marie, ainsi «que nous le verrons ; elle n’eut plus d’autre. appui que Jésus et peut-être aussi ses cousins. De Joseph, silence absolu, ce qui ne se comprendrait guère s’il eut été vivant.

Quand au caractère moral de Joseph, l’Ecriture lui consacre une seule phrase qui a cependant la valeur des plus insignes panégyriques. Elle l’appelle un homme juste : « Joseph autem cum essel vir justus.» Les interprètes ont discuté et discutent encore sur la valeur de cette expression « homme juste. » Quelques-uns la traduisent simplement par homme ‘très saint, doué de toutes les vertus qui peuvent former la parfaite droiture d’un cœur humain ; d’autres veulent qu’elle signifie par suite du contexte : très bon, doux, compatissant. Sa justice se serait manifestée quand il soupçonnait Marie, en trouvant une voie pratique qui sauvât Marie si elle était innocente, et fùt une noble compassion si elle était coupable. Il aurait donc été appelé juste à

cause de sa grande charité. Mais le contexte médité sans prévention, donne au mot « Juste » la signification d’un homme fidèle, observateur de la loi ; et même en acceptant le sens le plus restreint, on arrive à la méme conclusion, que Joseph devait avoir l’âme ornée de la plus éclatante sainteté. C’est bien, en effet, ce que dit saint Paul de la charité. Selon l’Apòtre, cette vertu n’est jamais seule, elle est la tige sur laquelle se développent toutes les autres perfections morales.

Quant à Joseph, il est hors de doute, qu’outre sa douceur, il était plein de foi. Cette foi apparaît lumineuse dans sa docilité à obéir aux injonctions de l’Ange, soit pour recevoir Marie comme épouse, soit pour fuir en Egypte, afin de sauver Jésus de la persécution d'Hérode. Il nous apparaît encore plein de patience. Accepter humblement d'être simple ouvrier, quand on est de race royale, indique une âme toujours élevée au-dessus de l'instabilité des choses d’ici-bas et bien solidement fixée en Dieu, une âme héroïquement abandonnée au bon vouloir divin.

L’Ecriture nous dit encore que Joseph devenu l’époux de Marie, vécut avec elle comme frère et sœur, conservant toujours inaltérable la fleur de virginité : « el non cognoscebal eam. »

L’Evangile, outre le titre d’époux de Marie donne à Joseph celui de père de Jésus, et c'est spécialement sur ces deux titres que la théologie s'appuie

«pour évoquer, en une vision imposante, la grandeur morale et surnaturelle du saint Patriarche.

III. Légende des apocryphes à rejeter ; on établit que Joseph fut toujours vierge, et d’àge peu supérieur à Marie.

Mais avant de contempler la grandeur de Joseph à la lumière de la théologie, il faut débarrasser le terrain de toutes les impies, de toutes les inconvenantes ou pour le moins inutiles légendes des apocryphes. La littérature légendaire fleurit très abondante autour de Joseph dans les premiers siècles de l'Eglise. Les principaux écrits sur le saint Patriarche sont : le Proto-Evangile de Jacques, le pseudo-évangile de saint Malthieu, le De Nalivilale Mariæ, et surtout l’hisloire de Joseph le Charpentier ; Historia Josephi fabri lignari. Certaines légendes, devenues populaires, sont sorties précisément de ces livres. Dans l’histoire de Joseph le Charpenlier, on fait raconter par Jésus même, à des disciples, sur le Mont des Oliviers, l'histoire de son père légal. Selon ce récit, Joseph s'était marié une première fois à 4o ans avec une certaine Melcha, ou Exha, ou Salomé ! Il vécut avec elle 4o ans, puis resta veuf. De ce premier mariage il eut 4 fils qu'on appela plus tard les frères du Sauveur. L’un d'eux fut l’apôtre saint Jacques le Mineur. Celui-ci eut une prédilection pour son père, qui à son tour, l’aima d'une façon particulière, si bien que resté veuf, Joseph vécut seul avec Jacques, ses autres fils

ayant chacun fondé une famille. Il vivait ainsi avec Jacques depuis un an, travaillant à son état de charpentier, lorsque lui parvint la nouvelle (il était alors à Bethléhem, sa patrie, selon les apocryphes) que les prétres de Jérusalem cherchaient pour le donner en mariage à Marie, jeune fille d’environ 1/ ans, un homme âgé de la tribu de Juda. Dans ce but, Joseph se rendit à Jérusalem où il trouva beaucoup de concurrents. Le Grand Prétre se fit donner le bàton de chacun d’eux, puis le leur rendit après avoir prié. Mais tandis que Joseph reprenait le sien, une mystérieuse colombe apparut et vint se poser sur sa tête. C'était un signe divinement accordé pour le désigner comme époux de la future mère de Dieu. Deux ans après le mystère de l’Annonciation eut lieu. Le récit apocryphe continue, relatant les autres particularités de la vie de Joseph, racontées aussi par les Evangiles : le voyage è Bethléhem, la fuite en Egypte, le retour à Nazareth, mais les défigurant. Il serait mort le 20 juillet. En tout ce récit, ce qui est contraire au sens chrétien, c’est le premier mariage de Joseph. Il est vrai que plusieurs des anciens Pères n’y ont pas regardé de si près. Nous savons, parexemple, que saint Epiphane se sert volontiers de ce passage des apocryphes, pour réfuter l’objection des antidicomarianites, contre la virginité de Marie: ils se basaient précisément sur ces frères de Jésus. Il leur dit que ces frères de Jésus étaient les fils non de Marie, mais de saint Joseph. C'était une méthode commode, et

jusqu’à un certain point efficace, comme argument ad hominem pour se délivrer d’une difficulté. Mais il ne faut pas avoir un sens critique très développé, pour comprendre que l’emploi inconsidéré des apocryphes par quelques Pères de l'Eglise, ne peut donner une valeur historique à ces légendes qui manquent de sens commun, et que saintJérôme stigmatisait ainsi: « apocryphorum deliramenta ». Saint Jérôme ensuite atteste expressément que saint Joseph fut toujours vierge, et l'Eglise après lui a toujours adhéré à cette opinion. Saint Jérôme, dans son livre contre Helvidius, écrit : Tu dicis Mariam virginem non permansisse ; ego mihi plus vindico, etiam ipsum Josephum virginem fuisse, ut per Mariam ex virginali conjugio virgo filius nasceretur. Plus tard, le vénérable Bède dans son commentaire du chap. 1 de saint Jean, disait : « Non defuere qui Joseph virum semper B. V. Mariae putarint, ex alia uxore genuisse eos, quos fratres Domini Scriptura appellat; alii majore perfidia alios eum ex ipsa Maria post natum Dominum generasse putarunt. Sed nos, fratres carissimi, absque alio scrupulo quoestionis scire et confiteri oportet, non tantum beatam Dei Genitricem, sed et beatissimum castitatis ejus testem, atque custodem, Joseph ab omni prorsus actione conjugali permansisse immunem ».

Saint Pierre Damien atteste que déjà de son temps, personne n’eut osé mettre en doute la perpétuelle virginité de Joseph. Après avoir rappelé que Jésus, par amour de la pureté angélique, s'était

choisi une mère vierge, il ajoute : « Et ne hoc sufficere videalur, ut tamlummodo Virgo sit mater, Ecclesiæ Fides est, ul fuerit virgo el is, qui simulatus est pater (Epistola x1 ad Nicol. Pont. ch. Iv). »

Avec le développement actuel du dogme catholique par rapport à saint Joseph, l’idée qu'il n’ait pas toujours été vierge, bien que non hérétique, devrait au moins étre taxée d’erreur manifeste. Le sentiment que l’Eglise depuis tant de siècles a de sa virginité est, théologiquement parlant, un argument d’une autorité irréfragable.

Parmi les légendes chères au peuple, se trouve encore cette idée que Joseph fut d’un âge très avancé bien que non décrépit, comme le veulent les apocryphes, quand il unit sa destinée à celle de Marie. Mais ce sentiment ne trouve point grâce auprès des théologiens. Raisonnant des justes convenances de l’union conjugale, ceux-ci croient que Joseph ne fut que de peu d’années plus âgé que son épouse. Pas même de Marie nous ne savons avec précision, à quelle année de son existence elle s’est fiancée : il est seulement connu, que chez les Hébreux, la coutume courante était pour les jeunes filles de se marier vers la 15° année. L’art chrétien, depuis plusieurs siècles, a adopté comme règle, de représenter Joseph à un âge plus que viril, et en cela ily a peut-être l’avantage d’un symbole; cet âge pourrait indiquer l'empire qu'il possédait sur la concupiscence et pourrait aussi servir à figurer l’idée de la perpétuelle virginité.

IV. Saint Joseph dans le développement du dogme ; vaste idée que nous en donne la théologie catholique ; débuts et progrès de la vénération publique envers le saint Patriarche ; ce qui est encore à désirer.

Nous avons parlé de développement du dogme à propos de saint Joseph. Ce développement est hors de doute ; il a méme atteint des proportions vraiment gigantesques. Joseph, laissé par la théologie durant tant de siècles, dans une pénombre plus que discrète, apparaît maintenant à l'Eglise, entouré d’une gloire qui ne fut jamais concédée à aucun autre saint. Aux temps passés, on agita la question de savoir qui l’emportait de saint Jean-Baptiste ou de saint Joseph. En faveur du Précurseur on apportait l’éloge de Jésus lui-même : « Parmi les enfants des hommes, il n'y en a pas de plus grand que Jean. » Mais la lumière s’est faite très intense sur ce passage, l’examen attentif du texte et du contexte ne laisse aucun doute : Jésus en proférant cet éloge, faisait un paralèle, non entre Jean et tous les saints en général, mais entre lui et les autres prophètes de l’Ancien Testament. Le Sauveur voulut dire simplement que le précurseur eut une mission prophétique jamais concédée à aucun autre : etde ceci, aucun doute.

Parmi les bienheureux, aucun ne peut donc contester à Joseph le poste éminent de gloire que l'Eglise lui reconnait. Dans la hiérarchie des saints, Joseph vient tout de suite après Marie. Les titres

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comme nous l’avons déjà dit, qui l’élèvent si haut sont : d’être époux de la Mère de Dieu. et d’être père légal du Fils de Dieu. Ces deux titres sont plus que suffisants pour autoriser les théologiens, même les plus critiques, et les plus rebelles à l’enthousiasme, à conclure que le regard de Dieu dût se poser sur Joseph avec une spéciale complaisance; et l’on sait que l’amour de Dieu prodigue ses grâces aux personnes aimées, en proportion de son intensité. Epoux de Marie et père légal du Rédempteur, Joseph avait des titres juridiques de supériorité sur tous deux, il était l’homme de confiance de la Sainte Trinité, le dépositaire des plus grands trésors qui se puissent imaginer. Marie et Jésus durent s'appuyer sur Joseph et furent ses débiteurs. Sa vie toute entière fut dépensée pour eux, leur fut consacrée. Ces simples considérations suffisent pour nous donner de Joseph l’idée la plus haute, pour nous faire comprendre comment son œuvre dut lui assurer des trésors incommensurables de mérites près de Dieu.

Non seulement sa qualité de chef de la sainte famille nous donne une vaste idée de ses mérites, mais elle nous dépeint en même temps sa physionomie morale. On ne saurait supposer que la famille idéale, que la famille la plus auguste dontsoit honorée ou puisse être honorée l’histoire des siècles, fut composée d'éléments discordants, hétérogènes, portant en eux-mêmes les germes d’une douloureuse destruction. Préparée avec un soin exquis par la

divine Providence, la Sainte Famille devait donner à toutes les autres, l’exemple de la paix, du mutuel: et inaltérable respect. De fait, quand l'Evangile rappelle les paroles de Marie ayant trait aux rapports de Joseph avec la Sainte Famille, il nous laisse entrevoir comme dans un éclair, combien grand, vénéré, respecté était son ascendant sur elle. Marie dit : « Ton père et moi te cherchions douloureux. » Joseph est nommé en premier lieu, il est nommé avec le titre de père de Jésus; il apparait tout rempli de douleur pour la perte du sacré dépôt. Tout ceci confirme que Dieu devait donner par la Sainte Famille le plus sublime exemple des vertus domestiques. Tout ceci ne se comprendrait point si l’on n’admettait comme principe indiscutable qu’il y eut entre les membras de celte famille auguste, la plus parfaite confirmité de caractère, de tendances, d’aspirations. Joseph, Marie et Jésus ne formaient qu’un cœur et qu’une âme. Que demander de plus pour affirmer que Joseph dut posséder au plus haut degré toutes les vertus que Jésus devait enseigner au monde ?

Aucun éloge de la sainteté du chef de la Sainte Famille, du confident de la Trinité, ne saurait être exagéré. La logique de la foi nous autorise à admettre en lui, et à un degré héroïque, la pratique de tous les actes possibles à un cœurinnocent.

Une seule chose est refusée par les théologiens à saint Joseph, l'immaculée conception. Cette idée de Joseph exempt de la faute originelle rencontre,

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implacables contre elle, tous les traités de théologie. Il y en a même qui la déclarent suspecte d’hérésie. Peut-être ici le zèle va-t-il à V’excès. Du reste, certains écrivains ont le courage de penser le contraire. Le lecteur se souviendra peut-étre que nous mêmes en parlant de l’Immaculée Conception de Marie, nous avons recueilli l'écho de cette opinion, soutenue par quelques-uns, et pour laquelle nous n'avons pas caché nos sympathies (1). Quoiqu'il en soit la mission de Dieu confiée à Joseph est un argument inexpugnable pour affirmer, qu'après Marie, personne ne reçut autant de grâces que lui, grâces qui certes ne restèrent point vaines et infructueuses, mais furent la source de mérites sans pareils.

Il fut moralement si grand, que Léon XIII, à bon droit, dans l’encyclique sur le saint Patriarche, le donne comme modèle de vertus à toute classe de personnes : « Tous les chrétiens, dit le grand Pontife, de toute condition et de tout état, ont à se confier et à s’abandonner à l’amoureuse tutelle de saint Joseph. En Joseph, les pères de famille trouvent le plus sublime modèle de la vigilance et de la providence paternelles ; les époux, un idéal parfait d'amour, de concorde et de foi conjugale, et les vierges, un exemple et un défenseur de l’intégrité virginale. Les nobles en considérant l’image de saint Joseph, apprennent à ne rien perdre de leur dignité dans l’adversité ; et les riches apprennent

1. Le traducleur, de nouveau (voir Préface), fait toutes ses réserves sur ce point.

quels sont ces biens que l'on recherche avec tant d’ardeur et qu'on veut amasser à toute force. Les prolétaires, les ouvriers et tous ceux qui sont au bas de l’échelle sociale, doivent par un titre ou un droit qui leur est particulier, avoir recours à saint Joseph, et apprendre de lui ce qu'ils doiventimiter. En effet, bien que de race royale, uni en mariage avec la plus sainte et la première de toute les femmes, bien que père putatif du Fils de Dieu, il passe cependant toute sa vie dans le travail et par son œuvre et par son art il pourvoit au besoin des siens. » (Enc. Quamquam pluries du 15 août 1889).

Si l’on nous demande quand la théologie commenca-t-elle à rechercher les privilèges du glorieux patriarche, à en mettre en évidence la grandeur, à le proposer à la vénération du peuple fidèle ? Nous répondrons que c’est vers la fin de l’époque patristique. Parmi les premiers pères, si l’on peut en celui-ci ou en celui-là trouver quelque allusion sur le sujet qui nous occupe, aucun cependant ne parla du saint Patriarche dans le but précis d’exciter les peuples à l’honorer. La pénombre dans laquelle il est laissé par les évangélistes, continue à le voiler jusque vers le 1x° siècle. Il semble en effet, que remonte à cette époque, la célébration de sa fête chez les Orientaux, le dimanche qui suit Noël, parmi les saints de l'Ancien Testament: A cette époque chez les Occidentaux, il n'est pas encore honoré ; c’est tout au plus si son nom apparaît dans quelques martyrologes: Dans l'Eglise latine, le premier qui

parle de saint Joseph pour lui procurer une glorification explicite, c’est saint Bernard.

Dans la seconde homélie super Missus, il parle ainsi du Saint Patriarche : « On peut imaginer, dit-il, par le nom de père dont il mérita d’être honoré de Dieu (bien que ce ne fut que par simple opportunité peut-être), jusqu’à être dit et cru père du Seigneur ; on peut imaginer encore par son nom propre (qui signifie accroissement), quel homme et de quel vertu fut saint Joseph. Qu'on se rappelle en outre l'antique et grand patriarche du même nom vendu en Egypte, et qu’on sache que le nôtre non seulement en porte le nom, mais en possède la chasteté, l'innocence et la grâce ». Et après un parallèle élégant entre les vertus de l’un et celles de l’autre, saint Bernard poursuit, « il fut certainement bon et fidèle ce Joseph à qui la mère du Sauveur fut donnée comme épouse ; il fut bon et fidèle serviteur, destiné par le Seigneur à être le secours de sa Mère, le nourricier de sa propre chair, son seul et très fidèle coopérateur sur la terre ». Il ajoute qu'il fut descendant de David. « Il fut vraiment de la famille de David, c’est-à-dire de race royale, ce Joseph noble par le sang mais encore plus noble par l’âme ; il fut vraiment le fils de David, non seulement par la chair mais par la foi, par la sainteté, par la dévotion, lui, à qui comme à un autre David, Dieu trouva convenable de confier le plus intime et le plus sacré secret de son cœur ». (cité aux leçons du bréviaire,u noc. féle de saint Joseph).

Rupert, qui vivait au siècle de saint Bernard, appelle saint Joseph « le plus grand de tous les: saints après la bienheureuse Vierge ». Au moyen âge, contribuèrent grandement à la diffusion du culte à saint Joseph, en découvrant ses prérogations singulières, saint Bernardin de Sienne et Gerson ; le premier du haut de la chaire, le second par ses écrits très savants. On sait que Gerson, au concile de Constance, pour la cessassion du schisme d'occident, proposa comme moyen assuré d’oblenir la paix de l’Eglise, l'institution d’une solennité spéciale en l'honneur de saint Joseph.

Un siècle plus tard, Isidore Isolanus, dominicain, par sa Somma dei doni di san Giuseppe, dédiée au pape Adrien VI, en 1522, mérita au jugement de Benoît XIV, d’être compté parmi ceux qui contribuèrent le plus par leurs travaux à étendre le culte du grand patriarche. Sainte Thérèse se distingua particulièrement par un apostolat ardent et efficace, en faveur du culte de saint Joseph. Saint François de Sales a fait de belles et savoureuses considérations pour démontrer la grandeur des vertus du saint patriarche. Bossuet a parlé de saint Joseph d’une façon qui ne sera jamais surpassée. De nos jours les traités sur le saint époux de la Vierge vont se multipliant d’une façon consolante, ‘et rivalisent entre eux par l'élévation de la pensée et l’abondance de l’érudition. Cette année même a vu le jour sur cet argument, un traité de notre

MARIE DANS L’ÉVANGILE Ioni

maître vénéré, le père Lépicier, traité qui ne sera pas de longtemps surpassé.

‘La fête de saint Joseph fut rendue de précepte pour toute l’église par Grégoire XV, en 1621. Plus tard Clément XI (1700-1721), composa lui-même un nouvel office de saint, le substitua à l’ancien et, par un décret de 1714, éleva la fête au rite double de seconde classe. Avec cette fête il faut en rappeler deux autres : celle du patronage, fixée par un décret de 1680, au troisième dimanche après Pâques, et celle des fiançailles concédée à beaucoup d’églises par Benoît XIII en 1725 et assignée au 23 janvier, avec l’office composé plusieurs siècles déjà avant Gerson (1).

Le grand Pie IX, au jour de l’Immaculée Conception de 1870, pour assurer à l’Eglise, dans nos temps de calamité, de nouveaux secours au ciel, proclama saint Joseph patron universel de l'Eglise. De nos jours, on remarque un fort courant, béni et intensifié par l’autorité de nombreux évêques, pour obtenir du Saint Siège, en faveur de saint Joseph un culte de protodulia, afin de mieux reconnaître son excellence, et encore que son nom soit inscrit après celui de Marie dans le Confileor et dans les oraisons de la messe Suscipe, Sancta Trinitas, Communicantes, Libera nos. La chose, espérons-le, aura un heureux succès : Dieu, qui a uni si intimement les destinées de Joseph et celles de la Vierge, fera dans

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