‹ Marie dans le dogme catholiqueChapitre 38 sur 92 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Marie pendant l'enfance de Jésus

SOMMAIRE

I. Marie et la naissance du Sauveur. Pourquoi Marie et Joseph ont-ils habité Nazareth jusqu’à l’édit de César Auguste ; récit qu’on n’oubliera jamais. Marie frappée d’un profond étonnement, en face de ce qui se passait autour du berceau de Bethléem ; ses sentiments pour Jésus petit enfant. — II. La circoncision du Sauveur. — III. La purification de Mari: ; rites prescrits par la loi mosaïque pour les nouveaux-nés ; ce que devait faire la mère. — Marie n’était pas tenue à la loi de la prrification ; mais elle s’y soumit par humilité et zèle pour les choses saintes ; la purification de Marie n’est pas douteuse ; c’est d’elle que parle saint Luc ; une antique légende, invraisemblable de fait. — IV. La présentation de Jésus ; le prix de son rachat; rencontre avec le vieillard Siméon ; Joseph et Marie étonnés de ce que Siméon dit de Jésus. — V. Siméon s'adresse particulièrement à Marie et lui prédit qu’elle sera d’une façon spéciale participante des douleurs de Jésus ; de cette heure commence pour Marie la voie du Calvaire ; les réconforts qu’elle éprouve tout de suite après la douloureuse prédiction. — VI. La sainte famille établit sa demeure à Bethléhem ; les Mages viennent adorer Jésus; détermination du temps de leur venue ; les Mages trouvent l’enfant Jésus avec sa mère. — VII. La fuite en Egypte, angoisses du voyage; légendes, réconforts pour la Sainte Famille en Egypte ; le retour. — VIII. La vie humble et cachée de Joseph et de Marie à Nazareth ; caractère général de leur vie ; les sentiments religieux de Marie ; Jésus perdu au temple; ce fut sans aucune faute de la part de Marie ; trois jours de grande

angoisse pour Joseph et surtout pour Marie ; la réponse de Jésus à Marie, abus qu’en font les incroyants ; un scrupule de quelques exégètes catholiques ; un nouvel acte d’humilité de Marie ; extension de ses connaissances. Jésus obéissant à Marie et à Joseph. Marie à l’école de Sésus.

I. Marie et la naissance du Sauveur. Pouquoi Marie et Joseph ont-il habité Nazareth, jusqu'à l’édit de César Auguste. Récit qu’on n’oubliera jamais. Marie frappée d’un profond étonnement, en face de ce qui se passait autour du berceau de Bethléem ; ses sentiments pour Jésus petit enfant.

Marie, reçue comme épouse par Joseph, demeura avec lui à Nazareth, altendant avec une anxiété amoureuse que nous ne saurions imaginer, le moment où elle donnerait le jour au Sauveur du monde. Les Prophètes, à la vérité, avait prédit le lieu ou Jésus devait naître et par avance ils avaient assigné cet honneur à Bethléem. Les Scribes plus tard, devant les instances d’Hérode, avide de s’emparer du Messie, sauront le dire en toute certitude et leur exégèse officielle ne laissera aucun doute que selon la prédiction des prophètes, Bethléhem sera la patrie du Messie attendu. Pourtant Marie, comme il apparait clairement de l'Evangile, demeura à Nazareth jusqu'aux derniers jours, ces jours qui devaient mettre fin à la longue attente des siècles. L’évangéliste saint Luc nous raconte même le voyage de Marie et de Joseph à Bethléhem de telle façon que nous sommes convaincus qu'il entra pour ainsi

dire par surprise dans les plans de leur vie. En lisant l’évangile, on a cette impression qu'ils n’eussent point pensé à laisser leur humble maison de Nazareth pour s’en aller ailleurs, s'ils n’y eussent été forcés par une force morale indépendante de leurs prévisions. L'occasion qui les détermina à se rendre à Bethléhem, fut un édit de l’empereur de Rome, César Auguste, lequel en ce tempslà avait droit de haute juridiction même sur la Palestine. « En ces jours, dit le troisième évangile, sortit un édit de César Auguste, pour faire le recensement de tout l'empire. Ce premier recensement fut fait quand Cyrinus était président de la Syrie. Et tous allaient donner leur nom, dans la cité. Et Joseph lui aussi alla de Nazareth de Galilée à la cité de David appelée Bethléhem en Judée, car il était de la race et de la famille de David, afin de donner son nom, en même temps que Marie son épouse »./(Lc. 11, 1, 33).

Est-il possible en face de cette narration évangélique de se défendre d’un certain sentiment de surprise. Comment ? Marie sait que le Sauveur devait naître à Bethléem et elle ne pense nullement à se rendre là ? et elle reste tranquillement à Nazareth ? n’était-ce pas de sa part faire obstacle à la réalisation des prophéties?

Toutefois à bien considérer les choses, on trouvera que l’attitude de Marie met en plus grand relief, le soin particulier que Dieu eut toujours pour sa Mère. Il se peut que Marie ne comprit point

alors clairement la portée de la prophétie sur l’origine bethléhemique du Sauveur; se trouvant dans l'impossibilité morale de changer tout de suite de domicile, elle aura pu croire aussi que la prophétie de Dieu se vérifiait suffisamment par le fait seul que ses ancêtres étaient de Bethléhem : par suite elle ne pensa pas à quitter Nazareth. Ou bien encore, ef ceci nous parait plus probable, Marie savait parfaitement que Jésus devait naître à Bethléhem, mais résolue à se laisser conduire docilement par la Providence, elle attendait pour quitter Nazareth un signe évident de la volonté divine. Jusqu'au dernier moment une foule de difficultés retenait enchaînait Marie et Joseph à Nazareth, car ce n’est point une petite entreprise pour une famille de pauvres ouvriers, de changer de pays, surtout pour une région si lointaine où l’on ne connaît personne, et cela quand on attend un enfant qui viendra augmenter la famille. Au milieu des difficultés, Marie ne perdait point toutefois sa confiance : elle avait déjà vu d’autres merveilles accomplies en récompense d’une humble confiance mise en Dieu, et elle continuait à demander au seigneur qu'il daignât lui indiquer la façon d’accomplir ses divines volontés. Enfin, arriva le décret de l’empereur. Joseph et Marie aperçurent à travers le décret de l'autorité humaine la manifestation des desseins de Dieu, et confiants dans la Providence ils partirent pour Bethléhem. Nous avons ainsi une nouvelle preuve de deux choses : d’abord du renoncement

total que Marie et Joseph avaient fait de leur propre volonté entre les mains de Dieu ; ensuite de la sollicitude exquise de la divine Providence pour la Sainte Famille, qu’elle conduisait par des voies humainement imprévisibles, avec une sécurité infaillible, à l’accomplissement de sa mission. Ce qui arriva à Bethléhem est connu de tout le monde. C’est un récit que nous avons écouté avec avidité, entendu avec émotion, que nous avons redemandé avec insistance même quand nous n’étions encore qu’enfants. Quels élans eut alors notre cœur innocent et généreux pour le Dieu enfant, exposé à toutes les incommodités de la grotte de Bethléhem!... Impossible d'oublier jamais ce récit. Toutefois, il sera bon de le répéter ici, ou mieux de l’entendre redire par l’évangéliste saint Luc lui-même. Après avoir ditque Marie et Joseph étaientallés à Bethléhem pour le recensement il ajoute : « Or, il arriva, pendant qu'ils étaient en ce lieu, que les jours où elle devait enfanter furent accomplis. Et elle enfanta son fils premier-né, et l'enveloppa de langes, et le coucha dans une crèche, parce qu’il n’y avait point de place pour eux dans l'hôtellerie. Et, dans la même contrée, se trouvaient des bergers qui veillaient la nuit tour à tour pour la garde de leurs troupeaux. Et voici que l’ange du Seigneur se présenta devant eux, et une lumière divine resplendit autour d’eux, et ils furent saisis d’une grande frayeur. Et l’ange leur dit : ne craignez point, car voici que je vous annonce une heureuse nouvelle,

qui sera pour tout le peuple le sujet d’une grande joie : c’est qu’il vous est né aujourd’hui, dans la ville de David, un Sauveur, qui est le Christ Seigneur. Et voici le signe auquel vous le reconnaîtrez : vous trouverez un enfant enveloppé de langes et couché dans une crèche. Et soudain se joignit à l'ange une troupe nombreuse de la milice céleste, louant Dieu et disant : Gloire à Dieu au plus haut des cieux; et, sur la terre, paix aux hommes de bonne volonté. — Quand les anges se furent retirés les bergers se disaient les uns aux autres : Passons jusqu’à Bethléhem et voyons ce qui est arrivé et ce que le Seigneur nous fait connaître. Et ils vinrent en hâte, et ils trouvèrent Marie et Joseph, et l'enfant couché dans une crèche. En le voyant, ils reconnurent la vérité de ce qui leur avait été dit sur cet enfant. Et tous ceux qui en ouïrent parler, furent dans l’admiration de ce que leur avait raconté les bergers. Or, Marie conservant toutes ces choses, les repassait dans son cœur. Et les bergers s’en retournèrent glorifiant et louant Dieu de toutes les choses qu'ils avaient entendues et qu’ils avaient vues, comme il leur avait été annoncé ». (Luc, 11, vers. 6). Tel est le récit simple, limpide, nous pourrions dire ingénu que saint Luc nous donne de la naissance de Jésus et qu'il doit avoir appris certainement de la bouche même de Marie. Ces paroles: « Marie retenait toutes ces choses, les méditant dans son cœur », indiquent assez clairement que l’Evangéliste tient de Marie les intéressants détails

es

qu'il porte à la connaissance de ses lecteurs.

Ces paroles nous font comprendre en outre combien Marie fut frappée d'un profond sentiment d’émerveillement devant les événements qui accompagnèrent la naissance de son divin Fils. C'est pour cela que ces évènements constituèrent toujours le centre, l'objet principal de ses méditations : « Marie retenait toutes ces choses, les méditant dans son cœur ». Et il était bien naturel cet émerveillement de Marie, à voir autour de Jésus enfant, dans une alliance humainement inexplicable, la misère et la grandeur, la lumière et les ténèbres. En effet, elle sait qu’il est le Fils de Dieu, et elle le voit naître dans une étable ! Elle avait cherché pour lui une demeure un peu plus décente; elle avait eu recours à l’hôtellerie publique, et probablement après avoir en vain fait appel à l'hospitalité de quelque famille privée, parente à cile; mais tous avaient refusé, et peut-être pas tous avec courtoisie, de l’accueillir ! Le Fils de Dieu voulait donc, par un dessein préétabli, naître dans la bassesse la plus profonde ! C'était là une révélation nouvelle pour Marie, et il est facile de deviner l’émotion que dùt en éprouver son cœur. Mais cet abîme de misère est illumimé par un faisceau tout puissant de lumière surnaturelle : l'Esprit de Dieu est sur la désolation de ces privations et y accomplit des merveilles inouïes ! La première merveille, c’est l'enfantement virginal, Jésus naît miraculeusement ! Les écrivains mystiques ont pensé que Marie, au moment de

devenir mère, a été ravie en extase ; revenue de ce ravissement d’amour elle eut trouvé devant elle un ange qui humble et respectueux lui présentait l’enfant Jésus. La chose ne manque pas de vraisemblance, nous voudrions même dire que de faitilen fut ainsi. Quoiqu'il en soit, ce qui est hors de doute, c’est que Jésus entra dans le monde d’une façon miraculeuse, sans violer en rien la virginité de sa mère. C'était la merveille de la puissance qui succédait à la merveille de l’abaissement, ou mieux l’accompagnait.

Une autre merveille, c’est l’intervention des anges qui vont annoncer cette naissance à ceux qui l’ignoraient, et fêtent le nouveau-né en chantant sur son berceau un cantique inouï jusqu'alors! Mais cette solennelle intervention du ciel ne procure à Jésus que des adorateurs humainement bien misérables : des bergers ! Quel mélange émotionnant ! Que d’éléments à première vue inconciliables qu’il faut pourtant unir en un faisceau harmonieux, pour pouvoir discerner les desseins du Très-Haut! Et Marie travaillait à cette synthèse de l’œuvre de Dieu, par la méditation intense de son esprit, doué de qualités ineffables pour connaître sûrement la vérité des conseils divins : Marie relenail loules ces choses, les médilant dans son cœur.

Le sentiment qui dut surtout remplir le cœur de Marie en présence de l'enfant Jésus, fut celui d’un intense et insurpassable amour. S’il est permis de remonter des sentiments que notre cœur si lent

cependant dans l’amour des choses célestes, eut alors éprouvés, s’il est permis de remonter de ces sentiments aux sentiments de Marie à l’entrée dans le monde de son divin Fils, il faut affirmer qu’en voyant son nouveau-né, elle a éprouvé, outre l’amour naturel qu’éprouvent toutes les mères, une incroyable flamme d’amour surnaturel pour Lui. À peine l’eûtelle enveloppé dans les pauvres langes qu’elle avait apportés pour le préserver de son mieux des rigueurs de la saison, qu’elle se prosterna devant le Dieu incarné, toute enflammée d’un amour supérieur infiniment à l'amour des anges, qui en ce moment même rendaient à leur roi le service d’honneur. Cet amour de Marie dût être, selon la belle analyse qu’en a fait Monsabré, un amour recueilli, un amour compatissant, un amour attentif, un amour sacrifié. Recueilli, car en ce moment tout dùt disparaître et s’anéantir au regard de Marie : ses énergies intellectuelles et sensibles étaient absorbées complétement et exclusivement en Jésus. Compatissant: saint Luc a soin de nous dire que Marie enveloppa Jésus de langes. Comment ne pas voir à travers cette attitude maternelle, dans une vision lumineuse, toute la sollicitude de Marie pour rendre moins pénible et moins douloureuse la triste demeure du Fils de Dieu ? Cette privation absolue des choses les plus élémentaires avant d’affliger Jésus, dùt contrister, oh ! combien ! le cœur de sa Mère ! ils sont légions ceux qui ont pleuré au souvenir des souffrances du Sauveur dans l’étable de

Bethléhem, mais aucun d'eux ne put ressentir la

compassion qu éprouva Marie.

Son amour avait une autre qualité : il était attentif, parce qu’elle s’efforçait de deviner aux vagissements, aux soupirs, à toute l'attitude extérieure de l’enfant Jésus, ses désirs et ses aspirations, afin de les satisfaire promplement. En ce moment plus que jamais, Marie dut offrir à son Sauveur sa propre volonté, sa propre énergie, toute sa vie enfin. Et ainsi son amour attentif, devenait encore sacrifié.

Et cet amour de Marie pour Jésus, de quelle joie toute pure devait-il inonder son àme ! quel cri spontané de contentement devait-il lui arracher, quand elle vit le premier triomphe de son divin Fils, à l’apparition des anges et à l’adoration des bergers ! Qui pourrait redire les baisers enflammés qu'elle posait sur le front du nouveau-né, l’effusion de tendresse avec laquelle elle le pressait sur son sein ? Les élans de l'amour devaient alterner avec les abaissements de l'humilité, à la pensée qu’elle nourrissait de sa propre substance le créateur de tout l’univers. Les battements qui faisaient palpiter le cœur de la Vierge Mère au berceau de Bethléhem!... Nous pouvons en quelque sorte en recueillir les échos, mais toutes nos reconstructions même les plus hardies restent immensément loin de la réalité. De telles choses se refusent à se laisser exprimer dans notre langage : nous ne pouvons que les conserver dans notre cœur et en faire l’objet de nos méditations.

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