Serm, supér Evang. « Stabat juxta crucem
mes dans les yeux de Marie. Du même avis est le pieux auteur du Slabal Maler. La contradiction n’est qu’apparente, dans les mots seulement, car il y a larmes et larmes. Il y a les larmes des forts, des héros : ce furent les larmes de la Vierge, si elle en a versé.
L’évangile ne dit pas exactement le temps que Marie resta sur le Calvaire ; mais il nous paraît indéniable, qu’elle ne laissa pas le lieu de son supplice, tant que Jésus resta sur la croix. Admettre qu'elle ait pu se détacher du cadavre auguste de son divin Fils, nous paraît en contradiction évidente avec l’attitude qu'elle prit quand Jésus accomplissait le sanglant sacrifice de lui-méme. Elle resta avec les saintes femmes, intrépide à monter la garde autour de Jésus couché sans vie sur le bois de son supplice. Et ainsi Marie fut présente à la dernière insulte faite à Jésus, quand le soldat lui transperca le cœur. Avec saint Jean, elle observa silencieuse les dernières gouttes de sang mélées d’eau versées par Jésus, et mieux que personne elle en comprit le symbolisme. Jésus versait son sang jusqu’à la dernière goutte, et Marie buvait l’amère calice de la Passion jusqu'à la dernière lie !
Puis vinrent les amis de Jésus, qui le détachèrent de la croix pour le porter au sépulcre. Marie fut présente aussi à cette opération pieuse. On veut que Marie ait tenu quelque temps dans ses bras, sur son sein, son fils Jésus mort. C’est très probable. Il y a là une idée généreuse. Toute mère aurait fait ainsi.
Et l’art chrétien s’est emparé avec joie de cette idée, et nous a donné le motif si connu de la Pietà.
En redescendant du Calvaire, Marie avait le cœur transpercé par le glaive prédit par Siméon, ce qui servit à rendre plus généreuse et plus tendre l’effusion de son amour pour nous. Certes, même sans les douleurs du Calvaire, Marie nous eut aimés. Déjà son cœur avait donné d’admirables preuves de sa bonté. Mais sans les tourments au pied de la croix, il lui eut manqué quelque chose : cette suave délicatesse qu'on ne peut avoir qu’au souvenir des souffrances passées. Cette idée nous est suggérée par saint Paul, qui en parlant de Jésus, nous dit qu’il apprit à être miséricordieux par les souffrances. Ce qui veut dire que sa miséricorde, à la suite de ses douleurs, prit un caractère nouveau, nous dirions un caractère plus humain, un quelque chose qui en augmente la sensibilité, et la dispose davantage à s'intéresser à nos souffrances. Ainsi en est-il de Marie. Nous sommes ses fils de prédilection ; elle a pour nous une indulgence sans limite, parce qu’elle nous a engendrés au milieu d’indicibles douleurs. Dans son cœur déchiré, nous pouvons toujours prendre place en toute sécurité.
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