‹ Marie dans le dogme catholiqueChapitre 46 sur 92 · In cantic. Cant. c. xxvi · texte numérisé non relu

In cantic. Cant. c. xxvi

non pas mère. C’est à tort ; cette exégèse est fausse. L’appellation de femme, comme nous l’avons vu, dut être, pour Marie, honorifique et consolante. C'était le terme par lequel Jésus l’avait toujours appelée, comme le montre l’évangile. En réalité, Jésus accomplit un acte de piété envers sa mère, il a voulu la réconforter ; mais comme ce réconfort était inférieur à ses douleurs ! elle recevait, comme l’observe saint Bernard, le serviteur en échange du Seigneur, le disciple en échange du maître, le fils de Zébédée à la place du fils de Dieu, un homme au lieu de Dieu! « O commutationem ! Joannes tibi pro Jesu traditur, servus pro domino, discipulus pro magistro, filius Zebedcei pro Filio Dei, homo purus pro Deo vero. » (cité dans le bréviaire, à la fête des sept douleurs).

Bien que misérable, cet échange, on ne peut le nier, élait un adoucissement aux tortures de Marie, et vouloir trouver dans les paroles du Sauveur, l'intention d’aggraver la peine de Marie, nous parait rien moins qu’un blasphème sacrilège.

Bien que frappée implacablement par les flots débordants de ce torrent de souffrance, Marie ne perdit pas la possession d'elle-même : elle ne chancela point ni ne perdit le sens, ni ne s’évanouit. Certains ont cru à un évanouissement de Marie, cette idée a même laissé quelque trace dans les liturgies médiévales de quelques églises particulières. Mais le sens catholique s’est toujours révolté avec dédain contre la supposition d’une telle faiblesse chez la mère de

Dieu. La doctrine catholique a toujours admiré en Marie au pied de la croix, le type insurmontable et même inimitable de la femme forte. Et l'Evangile l'indique suffisamment quand elle dit de Marie qu’elle se tenait debout : Stabat. C'est précisément l'attitude des vaillants, Très juste est l'observation que fait à ce propos saint Ambroise : « Marie se. tenait près de la croix de son Fils, spectatrice de la passion. Je lis qu’elle se tenait debout, mais je nelis point qu'elle ait pleuré. Slabal el sancla Mater juxta crucem Filii, el spectabat Virgo sui Unigeniti passionem : slantem illam lego, flenlem non lego(x). »

Et précisément parce qu'elle fut la femme forte, elle fut aussi patiente, pleinement résignée aux. volontés du Très-Haut, animée de sentiments depardon pour la tourbe ivre de haine qui insultait bassement à l’ignominie de Jésus. Pas un geste de mépris, pas une parole de rancœur. Quand Jésus priait pour ceux qui le crucifiaient, elle aussi, en pensée, dans le silence du cœur, s’unissait à la généreuse supplique: Père pardonne leur, car ils ne savent ce qu'ils font! Non se laniabal, écrit saint Anselme, in tanta amaritudine, non maledicebat, non murmurabat, nec vindiclam hostium a Deo petebat, sed slabal disciplinala verecunda Virgo, palienlissima, lacrymis plena, doloribus immersa (2). Saint Anselme au contraire de saint Ambroise, aime voir des lar-

1, In orat. funebri. de obit. Valent. Imp.

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