II. Marie et Jésus ressuscité
Après le drame sanglant dela croix au cours duquel son cœur avait été brisé dans les plus cruelles tortures, Marie se recueillit dans l’attente de la glorieuse résurection de son Fils. Alors que le petit groupe des amis fidèles de Jésus, se sentait désemparé devant la terrible catastrophe, alors que tout désorienté, il conservait une attitude plutòt sceptique devant la promesse que le maître lui avait fait de ressusciter, Marie restait dans le calme le plus profond, sûre qu’elle était, que le triomphe prédit ne pouvait manquer de s’accomplir. Tous ceux qui l’approchaient, se sentaient, par sa conversation, soutenus dans leur espérance, et raffermis dans la foi. Les saintes femmes sont pendant ces trois jours de la mort de Jésus, celles qui font la meilleure figure, comme du reste sur le calvaire déjà leur conduite avait été un reproche bien humiliant pour les apôtres, devenus esclaves de la peur. Les pieuses femmes ne craignent pas d'aller au sépulcre du maître, et conservent dans sa parole une confiance inébranlable. Pourquoi ne pas dire que cette fidélité au maître leur était inspirée par Marie? Il est à croire, qu’en ces jours elles ont, plus que les apôtres, entouré Marie ; parmi elles s’est fait un échange complet des sentiments les plus intimes. Marie était sûre que Jésus accomplirait ce qu'il avait dit et bien que la torture supportée au pied de la croix eut laissé dans son cœur une plaie tou-
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jours saignante, cependant elle éprouvait un réconfort indicible à la pensée que désormais l’œuvre de la Rédemption était accomplie, que Jésus avant peu rentrerait dans la gloire céleste pour y prépa rer des places à l'humanité régénérée. Nous renonçons à décrire les pensées et les sentiments successifs de Marie en ces trois jours de la sépulture de son Fils ; ce serait impossible ; la psychologie de la Mère de Dieu est trop au-dessus de nos pensées, et qui voudrait l’analyser, n’aboutirait qu’à une vulgaire médiocrité. Il est certain toutefois que Marie dut être toute absorbée par la contemplation des grands mystères qu’elle touchait pour ainsi dire du doigt. |
Parlant des apparitions de Jésus ressuscité, l’Evangile rappelle en premier lieu celle accordée à Marie- Madeleine. La piété chrétienne toutefois a voulu voir dans cette narration évangélique une lacune. Le sentiment général du peuple chrétien, sentiment avivé par les auteurs ascétiques, est que l’honneur et la consolation de la première apparition de Jésus ressuscité, ont été donnés à Marie. Elle aurait été la première à voir la gloire du Sauveur, de même que la première et plus qu'aucun autre, elle avait participé à ses souffrances. Malgré le silence des évangélistes, et bien que la première apparition enregistrée par eux soit pour l’insigne pénitente Marie-Madeleine, nous croyons qu’on tenterait en vain de détruire l’affirmation chrétienne. L'amour que Jésus portait à Marie, surtout l'attitude qu’Il eut
envers elle du haut de la croix, nous convainquent fermement qu'après avoir été délivré de l’ignominie du sépulcre et ressuscité à une nouvelle vie glorieuse, Il est apparu tout d’abord à sa mère. Mourant, Il pensa à Marie, Il pensa à sa subsistance, Il pensa à ne pas la laisser seule dans le monde, Il tenta de combler en quelque facon le vide que sa mort faisait dans sa vie et dans son coeur. L’amour a lui aussi sa logique, et de ce Fils, si dévoué pour sa mère quand toutes ses énergies semblent absorbées dans l’accomplissement de la Rédemption, quand de plus Il se sent submergé de douleurs, ce n’est pas trop prétendre en affirmant que sa première visite de ressuscité fut pour sa mère. Les évangélistes ne nous le disent pas, peut-être parce que Marie toujours ennemie de l’éclatextérieur, toujours fidèle à son programme d’humilité et de profond anéantissement, conserva ensevelie dans le secret de son cœur, cette faveur nouvelle, objet nouveau de ses silencieuses méditations. L’intuition toutefois, aux vues si souvent certaines, de la piété chrétienne, nous a révélé cette faveur.