‹ Marie dans le dogme catholiqueChapitre 52 sur 92 · VI. Où est morte Marie · texte numérisé non relu

VI. Où est morte Marie

Et quand l’église fut suffisamment répandue dans le monde et la stabilité de la Foi désormais assurée, ne réclamant plus de la part de Dieu l'assistance extraordinaire jusqu'alors employée, la Providence

trouva que la mission de Marie sur terre était finie

et l’appela à la possession de la gloire, afin qu'elle: commencàt sous une autre forme, forme invisible,

mais plus universelle et plus efficace, sa mission demédiatrice entre le ciel et la terre.

Marie disparaît de la terre pour être portée au ciel, mais cet événement s’accomplit tacitement, en silence, connu seulement dès l’abord par les quelques personnes qui vivaient plus près d'elle. Obscurité complète sur les circonstances de sa mort. Des auteurs très anciens et inconnus, nous ont raconté il est vrai bien des détails, mais ils sont tous indignes de foi. La légende qui a fleuri autour de la tombe de la Vierge est une preuve de plus de l’obscurité dans laquelle par rapport à cet événement setrouvait la chrétienté primitive. Nous pensons qu’il y à là un sage dessein de la Providence : la publicité sur la mort de Marie aurait peut-être créé deux sortes de périls pour les fidèles. Certains eussent senti trop amèrement ce départ de la Vierge, d'autres au contraire, à contempler son triomphe, auraient été tentés de l’égaler à son Fils.

N’est-il pas possible au moins de dire où Marie a terminé sa vie, où reposa quelque temps sa vénérable dépouille? Non, il n'est même pas possible de dire avec certitude où se trouve la tombe de Marie. Il ya pourtant deux endroits qui se disputent cet honneur : Jérusalem et Ephèse; l’une et l’autre opinion s'appuient sur des arguments et trouvent des partisans. Citons quelques noms d'autorité

exceptionnelle : pour Ephèse, Tillemont, Noël Alexandre, Serry; pour Jérusalem, Baronius. À vrai dire, si l’une et l’autre opinion s'appuient sur quelques arguments, chacune a contre elle des difficultés qui nous paraissent insolubles.

Ceux qui disent que la tombe de Marie se trouve à Jérusalem, s'appuient sur la narration d’Euthymius, à propos de la réponse de Juvénal à Pulchérie et à Marianus. Mais le lecteur sait déjà la valeur qu'on doit accorder à cette narration : elle ne mérite aucun crédit au point de vue historique.

Si Marie eut été ensevelie à Jérusalem, on ne s’expliquerait pas qu’une tombe si vénérée soit restée inconnue à saint Epiphane qui a tant pratiqué la Palestine et qui doute cependant de la mort ellemême de Marie; — à saint Jérôme qui a vécusilongtemps à Bethléem, et qui décrivant les lieux célèbres visités en Palestine par sainte Paule, mentionne outre le sépulcre du Christ, celui des douze patriarches, celui de la reine Hélène mais ne fait point allusion du tout à la tombe de Marie. On a encore la relation d’autres pélerinages accomplis en terre sainte avant le v° siècle. Aucune ne parle du sépulcre de Marie. Sainte Hélène l’impératrice (326-328), ne l’y vit point; les fameux pélerins de Bordeaux (333), ne l’y virent point. Saint Basile vers 356 ne l’y vit point, pas plus d’ailleurs que saint Grégoire de Nysse (379), qui nous a laissé son Iter Hierosolymæ; enfin on ne parle point de la Vierge même dans la très célèbre Peregrinatio Sylvie (380), la

sœur de Ruffin, de ce Ruffin qui fut, croit-on, ministre de Théodose le Grand.

Baronius n’a pas manqué de voir tout le poids de cette difficulté. Il y répond en disant qu’avant Juvénal on ne pouvait voir le sépulcre de Marie, enseveli sous des ruines, provenant de la destruction de Jérusalem. On peut répliquer à cette réponse. Les ruines, ou quoi que ce soit qui ait recouvertle tombeau de Marie, l’auraient à coup sûr fait disparaître aux regards, mais n'auraient pu en faire perdre le souvenir; en aucune façon, le souvenir de la mort de Marie à Jérusalem, si vraiment Marie fut morte là, n'aurait pu être effacé.

Sur le sépulcre dit de Marie, à Jérusalem, s'élève aujourd’hui une église du titre de l’Assomption. Mais: « pour celte église de l’Assomption, fait observer la Civiltà Cattolica (1) elle n’existait certainement pas encore du temps de saint Jéròme vers 385; on sait qu’elle fut détruite vers 614 par un général de Chosroès II, et ensuite reconstruite. On ignore l’époque précise où elle fut tout d'abord bâtie ». Et ainsi lexistence elle-même de cette église ne saurait former un argument sérieux pour démontrer que Marie soit vraiment morte à Jérusalem.

D'autres donc tiennent pour Ephèse. Ils tirent un argument de la prédication que Jean fit en cet endroit. Marie, disent-ils, a toujours suivi saint

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Jean; or, saint Jean alla à Ephèse ; « accompagna et y mourut. Mais cet saurait avoir de valeur que si saint Jea à Ephèse dans les premières années q mort de Jésus, quand Marie vivait enc.

de doute au contraire que Jean n° qu'après saint Paul: Les Actes des Api explicites à ce sujet pour qu’on puisse sement; ils nous montrent que sair premier apôtre à entrer dans cette vil ne put aller à Ephèse avant l’an 65 en mort de Jésus. Il n’est guère probal vivait encore alors, ou au moins qu'’el entreprendre un pareil voyage: la chrétienne l’en aurait empêchée. Ce } ment ne prouve donc pas.

Tillemont en apporte un autre, tiré inachevéedu Concile d’Ephèse, phrase € sommes déjà occupés. La propositi est celle-ci : Nestorius, l’auteur de lad après élre venu à Ephèse, où le théolog mère de Dieu, la sainte Vierge Marie croit pouvoir terminer cette phrase P « sont ensevelis ». Mais c’est là un arbitraire. La phrase peut égalemer miner ainsi : « ont leur temple ». Ma mont reprend. « Très bien, mais l’ant l'Eglise était d'ériger un temple à u ment sur le lieu de son sépulcre. Et :

autre voie nous arrivons à la même «

les précises de cet illustre auteur :

[ue nous venons de citer du Concile i pas la seule raison que nous ayons le est morte en cette ville. Il y faut nous apprenons des actes du même la cathédrale d’Ephèse était dediée et que nous n'en trouvons aucune nsp-là dans des auteurs digne de foi.

ait toujours eu beaucoup de respect Vierge, néanmoins l'usage des pretait de ne pas bâtir des églises sous saint par une simple dévotion, mais nd on avait de ses reliques, ou dans ivait souffert, ou pour quelqu’autre e nature : et l’Eglise d’Afrique Fa ordonné par un canon » (1).

ssertion n’est pas fondée, car en réas vrai que les églises au temps dont se construisaient toujours. sur la ints, sur leurs reliques, aux endroits ix ; et par exemple au temps de Constit plusieurs églises en l’honneur de ient vécu ailleurs, et avaient ailleurs A Constantinople, il y avait plusieurs s précisément à Marie et qu’on faisait nstantin (2).

lettre de Polycrate, au pontife romain in grand poids pour conclure le séjour ur servir à l’histoire v. I. note xu. p. 284,

jue, 1°" janv. 1897 p. 137.

de Marie à Ephèse. Le lecteur érudit connait les circonstances et le but de celte lettre. Les Orientaux célébraient la Pâque selon la coutume juive, à la différence des Occidentaux qui la transféraient, comme encore aujourd'hui, une semaine après.

D'où grande contestation entre Rome et les évêques d'Orient. Polycrate évêque d’Ephèse soutenait ces derniers, et pour défendre la coutume de son église, il se met à citer tousles noms illustres qui la rendirent glorieuse. Il rappelle qu’à Ephèse furent ensevelis Jean l’apòtre et une des deux filles de Philippe, douée du don de prophétie. Quant à la Vierge, aucune allusion. Or, on ne saurait croire que Polycrate eut omisde tirer parti, pour sa thèse, d’un fait aussi remarquable, si Marie avait eu vraiment sa tombe à Ephèse. Et Polycrate écrivait vers la fin du second siècle. Du reste, si au temps du Concile d'Ephèse, se fut trouvé en cette ville un sépulcre aussi glorieux, on ne s’expliquerait plus comment tout de suite après, commença à se répandre la persuasion que Marie était morte à Jérusalem. Tillemont sent toute la gravité de cette difficulté et la reconnait

Mais récemment ceux qui opinent pour Ephèse ont eu recours à un autre argument qu'il faut exposer et discuter. Il est tiré des révélations de Catherine Emmerich. Est-il besoin de présenter aux lecteurs la voyante de Diilmen !... Nous ne le pensons pas, car aujourd’hui tout le monde connait cette sœur augustinienne, morte en odeur de sainteté.

Nous n’ajouterons que quelques détails moins connus sur ses relations avec le célèbre poète Brentanus, que plusieurs regardent comme non inférieur à Goethe. Je cite les paroles mêmes de la Civilla Catlolica : « Brentanus fut conquis par la sainte conversation de Catherine, etde mai 1819 à Février 1824, où elle mourut, il fixa sa demeure à Dülmen. Matin et soir pendant une heure, il visitait la sainte vierge, notait en hâte ce qu’elle disait, puis retourné chez lui, il comblait les lacunes des notes prises, les embellissait avec son génie imaginatif, et retournait les lire à C. Emmerich. Pas uneseule fois, nous raconte le père Diehl, auquel nous empruntons ces détails, Catherine n’obligea Brentanus à biffer quoique ce fut de son écrit, comme non conforme à la vérité, bien que conforme à la fantaisie littéraire du poète. Catherine étant morte, Brentanus se retira à Berlin, et y écrivit l’œuvre de la passion de Jésus-Christ et la vie de Marie selon les révélations de la voyante de Dülmen. Brentanus mourut en 1842. Il était plein d’un saint enthousiasme pour Catherine Emmerich et le souvenir de sa vie immaculée lui fut un stimulant à la vertu et à la piété. {Il avait été d’abord d’une vie quelque peu libre). Quant à ce qu’il mettait en écrit, il en était également passionné, souvent il portait avec lui des cahiers qu'il allait écrivant et il s'était même fait faire dans son habit des poches particulières pour les mettre ; et souvent dans un coin solitaire d’un jardin ilen lisait quelques passages à des amis ».

Or, dans la vie de Marie, écrite par Brentanus, selon les révélations de Catherine Emmerich, précisément au dernier chapitre, on lit que la Vierge ‘très sainte, demeure aux environs d’Ephèse, dans une maison fabriquée par saint Jean lui-même; on dit encore, qu'à trois lieues de la ville, on en voit aujourd’hui les ruines.appelés Panaghia Capuli, ou «les portes de la Vierge », et que les habitants savent par tradition que ce fut la maison de Marie. Catherine Emmerich en décrit minutieusement la physionomie, les chemins qui y conduisent, l’antique chàteau sur roc du voisinage où eut habité un prince ami de saint Jean, un sinueux courant d’eau, En ‘outre, elle dit que la maison de la Vierge se terminait en terrasse, était faite de pierres, se divisait en deux parties dont l’une était plus obscure, et ‘une foule d’autres détails.

Or, voici qu’en 1890, fin novembre, quelques prétres de Smyrne ayant eu connaissance de cette vie de Marie, voulurent examiner si ce qui était de la maison de la Vierge, correspondait à la vérité. On fit diverses explorations au lieu appelé « Panaghia Capuli » et toutes, à la grande surprise de chacun, déposèrent en faveur des visions de Catherine : on trouva la maison qui correspondait exactement aux descriptions qu’elle en avait faite. Mgr Tinrohi, archevêque de Smyrne, s'étant rendu personnellement sur le lieu, dut se persuaderlui aussi, qu'Emmerich avait parlé d’un lieu réel, et en outre avait rapporté exactement la tradition de la population. Ii fit de

tout cela rédiger un procès-verbal régulier, en faisant toutefois écrire sur la maison que chacun restait libre de ces opinions à ce sujet.

Devant cette découverte, beaucoup admettent avec une conviction inébranlable, que Marie habita réellement Ephèse au dernier temps de sa vie ; et de là sans grande difficulté se tire la conclusion qu'elle est morte à Ephèse et y eut son sépulcre.

Mais cet argument, qui plait à beaucoup, ne convainc pas tout le monde. On peut même discuter sur l’origine des révélations de Catherine, au moins par rapport à ce point particulier. Alors que beaucoup regardent ces révélalions comme inspirées de Dieu, d’autres croient ne trouver en elles que l’écho des connaissances humaines de Brentanus, connaissances insérées dans ses écrits, avec d'autres choses vraiment apprises d’en haut par Catherine. « Aura-t-il eu, se demande la Civilla Cattolica (1. c.), en compilant ses livres, outre la magie de son style, des œuvres érudites d’archéologie et de géographie pour embellir les visions perçues à Dülmen ? Quelqu'ami n’aurait-il pu l'aider dans son œuvre ? il faudra tout au moins solulionner ces questions avant de vouloir donner à cet argument une force démonstrative. Nous disons {out au moins, car on sait que les théologiens sont unanimes à reconnaitre qu’on ne peut retenir qu'un très petit compte des révélations privées, dans de semblables questions. Et on n’a pas manqué de faire observer que Marie d'Agréda, qui se dit aussi inspirée, met le sépulcre de Marie à

Jérusalem ! Emmerich elle-même ne saurait être crue lorsqu'elle fait revenir saint Jacques d’Espagne à Ephèse, pour assister à la mort de Marie en 48, alors qu’on sait historiquement qu'Hérode Agrippa fit décapiter cet apôtre en 44.

Que penser donc du sépulcre de la Vierge ? Voici : nous croyons devoir faire nôtre la conclusion du très docte Trombelli, lequel après avoir mis en valeur les arguments apportés de son temps pour l’une et l’autre opinion, termine en disant : /ncertum ilaque est, quonam loco Deipara fuerit condita, I reste incertain où fut ensevelie la Mère de Dieu ? (1)

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