ACTE I, SCENE IV, l
RAVESTAIN.
Louis a-t-il le cœur assez lâche, assez bas. Pour livrer la princesse aux haines des e'tats ?
HUGONNET
Louis !.... a ce nom seul tout mon sang se soulève! Il semble de Ne'ron le parricide eiève; Allié sans pudeur , se jouant de sa foi , Le pouvoir est son Dieu , Finterêt est sa loi. Perfide par l'instinct d'une âme despotique, Tour -a-tour humble et fier, impie ou fanatique, Quand sa voix a donne' le signal au bourreau , 11 poursuit sa victime au-delà du tombeau ; Son horrible génie , en sa rage exécrée , Invente des tourmens pour les forfaits qu'il crée ; Il se repaît de sang , et ce monstre odieux Croit n'être pas vengé s'il ne coule a ses yeux.
RAVESTAIN.
Ciel ! tant d'horreur n'a pu lasser votre clémence 1
HUGONNET
Devançant le trépas , son supplice commence ; Sans cesse poursuivi de funestes terreurs , 11 vit comme un proscrit au milieu des grandeurs ; D'un tigre son palais semble être le repaire Des ossemens humains en forment la barrière j Au château de Plessis , protégé par cent tours^ Il confie en tremblant ses détestables jours ; L^ , quatre cents archers ; voués k 1 infamie ,
ib MARIE DE BOURGOGNE.
Mettent leur seule e'tude a défendre sa vie ,
Et dans la juste horreur de sa feVocite' ,
Ils semblent accable's de leur complicité !..,.
Quel destin se prépare un tyran sanguinaire ,
Dont l'atroce pouvoir est PeiFi oi de la terre !
"^ Assailli de remords, pour lui , plus de repos !
^ Peut-il en espérer dans la nuit des tombeaux ?
"^ Agonisant , il croit , dans son erreur cruelle
^ Que la mort est sans faulx , que le tems n^a plus d'aîle j
^ Sa voix , comme un bienfait , invoque le trépas.
^ Et quand la mort enfin termine ces combats ,
^ Le cruel expirant emporte sa souffrance :
■^ La mort fut son espoir Il meurt sans espérance !
RAVESTAIN.
Ministre de Louis , quel est donc ce Tristan , Qui vient nous imposer les ordres du tyran ?
HUGONNET
Trop digne d^un tel maître et partageant ses crimes,
Tristan s'étudiait a trouver des victimes :
D^un geste , d'un regard , d'un sourire, d'un mot ,
11 créait un délit , ou forgeait un complot 5
De ses vils espions l'ingénieuse adresse
Caressait le malheur, égarait la faiblesse ,
Mais a peine écoutés ces faux conspirateurs ,
Des complices bientôt devenant délateurs ,
Livraient a l'échafaud leurs victimes trompées :
Ah ! dans combien de sang leurs mains se sont trempées!