ACTE II , scjÈNE iir
TRISTAN
Si du fils de Louis vous acceptez la maîn, Si , contre les e'tats , vous montrant inflexible , Vous les intimidez d'un exemple terrible ; Si fesant triompher la majesté des rois, Vous soumettez le peuple a de plus dures lois , Vous obtiendrez la paix qui vous est nécessaire t Madame, pour régner, il faut être sévère, Et si vous punissez tous les conspirateurs , Vous compterez Louis parmi vos protecteurs,
MARIE
Cet étrange discours me surprend et me blesse.
TRISTAN
Louis, de mon langage, excuse la rudesse :
Le respect pour le peuple est toujours une erreur^
Et votre sûreté naîtra de la terreur.
Par la sévérité l'on maintient sa puissance,
A jamais, de la cour, bannissez l'indulgence !....
Les états exilés, tout vous sera permis.
Et vous verrez bientôt les Gantois plus soumis.
Si le peuple méprise un prince qu'il doit plaindre.
Il respecte celui qui sait se faire craindre ;
Ce peuple , en frémissant , obéit a vos lois ,
Toujours il se complait dans les malheurs des rois»
Si ces rois sont de Dieu l'image sur la terre ,
Comme lui, dans leurs mains , qu'ils tiennent le tonnerre !
Que le peuple frémisse aux accents de leurs voix !.,..
Esclaves insolents , ils parlent de leurs droits ?
Qu'ils rampent !....
28 l^URIE DE 30URG0CÎCE.
MARIE
Ah ! combien ces funestes maximes , Sous mes préde'cesseurs , ont enfante' de crimes ! Un prince, en pardonnant au sujet criminel , Prouve que son pouvoir est e'mané du ciel. Faut-il , sur la terreur , établir sa puissance ? Que Pimage d'un Dieu règne par la clémence !
LA DOUAIRIÈRE
Ailleurs on méconnait le pouvoir du pardon; La , Péchafaud gouverne j ici , c'est la raison !
TRISTAN, à la douairière»
Je ne m'étonne pas de voir que la priiicesse. Envers des révoltés , montre tant de faiblesse.
( à Marie , avec ironie ) Un ministre éclairé , toujours sur votre esprit, Par sa rare prudence assure son crédit, Madame, et je connais sa politique habile ; En suivant ses avis vous régnerez tranquille !....
LA DOUAIRIÈRE
Ma fille, d'Hugonnet, en suivant les avis
Ne craint pas pour ses jours et n'est pas au Plessis...
TRISTAN, vii^ement.
Madame , choisissez : le dauphin ou la guerre ! Et peut-être, bientôt, un peuple téméraire, Aveugle en sa fureur, et vous dictant des lois , Ne vous laissera plus la liberté du choix î