ACTE m , SCÈNE II
DE BAENSTi
Tout le peuple s'agite, II paraît tourmenté d'une crainte subite ; J'ai plus d'une raison de croire que Tristan Du trouble qui s'e'lève est le seul artisan , Le peuple semble ému par sa seule présence. il m'a fait, d'un complot, Pobscure confidence, Il a plaint des états Ta venir malheureux, 11 m'a fait entrevoir un exil rigoureux , M'a parlé d'un écrit.... sans cacher ma surprise, « Expliquez-vous, lui dis-je, avec plus de franchise 5 » Ne me déguisez rien : » Il s'en est défendu : « Non, le teras, m'a-t-il dit, n'est pas encor venu. » La princesse en ces lieux nous invite a nous rendre.... Que nous veut-on enfin , et qu'allons-nous apprendre ?
LE DOYEN
Comme vous je l'ignore, et comme vous, seigneur, Pour sonder ses desseins, j'ai vu l'ambassadeur : Son discours m'a paru non moins énigmatique; Cependant, a travers toute sa politique, J'ai cru voir qu'Hugonnet trahissait les états. Si j'en acquiers la preuve, un indigne trépas De son crime odieux sera la récompense. Puisse sa trahison accomplir ma vengeance î Juste ciel ! tôt ou tard , tu punis les forfaits I O ! Mânes révérés vous serez satisfaits ! Ce ministre perfide a su , contre mon père, De Philippe et de Charle exciter la colère....
Mon père défendit les droits des citoyens , Et Philippe aussitôt s'empara de ses biens; Lorsque de Gand, son fils acheva la conquête y t)e mon malheureux père il fit tomber la tête !.... J\-n accuse Hugonnet et non pas le tyran. Depuis ce jour fatal l'odieux courtisan Se montre k mes regards , souillé de ce grand crime Du sang qu'il fit répandre il sera la victime, Il mourra !
LE PRÉSIDENT
Je ne puis blâmer votre fureur.
Sans avoir a pleurer un si cruel malheur, Je hais du chancelier la trop longue puissance. De ces fiers Bourguignons, détestant l'arrogance, A fléchir devant nous je veux les abaisser; Unissons nos efforis, seigneur, pour les chasser ! Du peuple je connais l'impétueuse haine, A l'aspect d'Hugonnet, il la contient a peine : Depuis longtems il craint l'excès de son pouvoir, Et cette crainte encor le tient dans le devoir.
LE DOYEN
Mais je vois en ces lieux s'avancer la princesse. Cachons lui nos soupçons, voilés avec adresse, Du fougueux Ra-vestain pesons bien les discours. Mais d'Hugonnet , surtout, redoutons les détours; D'un regard scrutateur observons son visage , Epions, dans ses yeux, le sens de son langage ; A noire attention rien ne doit échapper. Tout Part des couriisans ne saurait nous tromper.