‹ Marie de bourgogne, tragédie en cinq actesChapitre 30 sur 62 · ACTE m , SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE m , SCENE III

Sur nous seuls tomberaient les horreurs de la guerre ; Tous deux, pour se de'fendre et couvrir leur frontière, Transporteraient leur camp au sein de ce pays ; Par tous deux 5 tour-a-tour , épuisés, envahis. Nous verrions de'chirer ce faible territoire , Pour nous seraient les maux, pour eux serait la gloire ?

RAVESTAIN.

Dans les rangs du plus fort nos soldats confondus , Attaquant nos foyers vainement de'fendus, Iraient donc prodiguer et leur sang et leur vie, Eux-mêmes déchirant le sein de leur patrie ! On les verrait bientôt , se rappelant nos droits , Détester en secret leurs coupables exploits , Rougir de leur triomphe, expier par leius larmes La honte de leur gloire et Péclat de leurs armes ! Ah ! plaignez le destin des malheureux guerriers Dont la patrie en deuil abhorre les lauriers ! Telle sera Phorreur de notre destinée , Si vous accomplissez ce funeste hyménée !..., Que d'autres , de Louis mendiant la faveur , Se jettent dans ses bras par contrainte ou par peur ; On ne verra jamais les fils de la Belgique Déshonorer leur nom, souiller leur gloire antique. Trahir, par intérêt^ leurs sermens les plus doux. Et vendre leur princesse a quelque indigne époux î

LE DOYEN

Que celui qui des cours recherche Pesclavage Aille, de rois en rois, vendant son vil hommage 5

Mendier des honneurs dont il est si jaloux !

Mais de tels senlimens ne sont pas faits pour nous ,

Nous, que pour la patrie un saint transport enflamme,

Nous, qui sentons brûler, dans le fond de noire âme,

Cet amour de l'honneur et de la liberté,

En qui le nom de Belge excite la fierté !

DE BAENST

Mais si l'on nous attaque, en ces dajigers extrêmes, Qui voulez-vous enfin qui nous sauve ?.. ..

RAVESTAIN.

Nous-mêmes I Un peuple tout entier qui combat pour ses droits Ne saurait redouter la colère des rois. En vain pour l'asservir excitant ses alarmes. Contre lui, lâchement ils unissent leurs armes; Confiant dans ses droits et dans sa liberté, Il peut être vaincu, mais n'est jamais dompté !

MARIE

Seigneurs, je sais que tous vous aimez la patrie : J'espérais entre vous trouver plus d'harmonie, Tant d'avis différens ne me décident pas , Il faudra , je le vois, consulter les états. Croyez pourtant, croyez que , dans cette journée, Assurant votre sort plus que ma destinée , Je veux, dans un époux, trouver un défenseur; Je saurai, s^'il le faut, commander a mon cœur : Je chéris mes sujets, leur intérêt m'enflamme, Et c'est le seul amour auquel s'ouvre mon âme.

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