ACTE IV , SCÈNE VII. 6l
MARIE
Le ciel a mis enfin le comble a tous mes maux !... C'e'tait peu d'obéir , comme une vile esclave 5 Aux ordres d^un conseil qui m'outrage et me brave 9 C'était peu d'oublier la fierté de mon rang , Pour calmer leur fureur faut-il encor du sang?....
RAVESTAIN.
Que dites-vous ? Quel sang oseraient-ils répandre ?
MARIE
Je ne puis m^expliquer; mais vous devez m^entendre j Je voudrais écarter un noir pressentiment !....
LA DOUAIRIÈRE
Cessez de vous livrer a cet égarement..
MARIE
Il semble qu'k mes yeux le destin se déroule ; Je voudrais arrêter chaque heure qui s^écoule ;
( à Hugonnet, ) Je crains pour vous , seigneur , un funeste avenir !.,.. En vous 5 c'est la vertu , qu^on s'acharne a punir.
HUGONNET
Près de vous je crains peu le sort qui me menace 5 Que me fait des Gantois la turbulente audace ? J'ai vu tous les états s'élever contre vous !,... Peut-on me réserver de plus sensibles coups ?
MARIE
Votre absence , un moment, a suspendu leur rage ;
Mais j'ai dû supporter un plus terrible orage :
Bientôt le président , se levant en fureur,
Par un sombre regard me glaça de terreur :
« Quelle main, me dit-il , traça ces caractères ,
» Des complots les plus noirs muets de'positaires ?
» Qui dicta cette lettre ?» — Il dit, et de son sein
Il tire cet e'crit qu'avait tracé ma main;
Je reconnais Louis , et je me vois traliie ;
Je demeure sans voix a cette perfidie ;
Un silence de mort régnait autour de moi ;
Tout, jusqu^a ce silence , augmentait mon effroi ;
Ils hésitent d'abord ; incertains dans le crime ,
Ils ne savent encor qui choisir pour victime ,
Lorsque La Marck enfin , pour assurer leur choix ,
Et pour perdre Hugonnet , fait éclater sa voix :
« Tournai vient d'être pris; Cambrai va bientôt l'être, »
S'écria-t-il soudain ; « Hugonnet est le traître
» Qui , lui-même , a Louis a livré leurs remparts î »
On croit a ce mensonge : alors , de toutes parts ,
S'élève , contre vous , le cri de la vengeance ;
Vous entendrez bientôt prononcer la sentence :
Déjà , par les états , en ces lieux député
Le président s'est joint aux chefs de la cité ;
Dans un instant leur haine atteindra la victime ;
Ici même , a vos pieds , va se creuser l'abîme.
Cherchez , pour vos vertus , de plus heureux climats y
Loin de moi , mais du moins a Tabri du trépas !