ACTE V , SCENE III
MARIE
Hélas 1 quand c'est lui qui succombe, Un seul mot le console, il ne voit plus la tombe.
HUGONNET
Oui, je meurs satisfait, j'ai rempli mon devoir ! D'un destin plus heureux ne perdez pas Pespoir....
(auec inspiration») ^ Il est de ces momens de prévoyance extrême ^ Où notre âme s'élève au-dessus d'elle-même ; ^ Elle voit l'avenir.... elle lit dans les cieux : ^ Ton destin, mon pays , se déroule a mes yeux !..., ^ 0 ! mon Auguste fille , en une paix profonde , ^ Bientôt tes descendans gouverneront le monde !..., ^ Des peuples divisés, au nom d'un Dieu de paix, ^ Avilissent leur nom par de sanglans forfaits !.... ^ Citoyens malheureux !.... dans ces jours lamentables, ^ Je vois de l'étranger les fureurs implacables ^ De la patrie en deuil poursuivre les enfans !.... ^ La discorde civile agite ses serpens !.... ^ A des chefs conquérans forcés de rendre hommage ^ Nous étalons l'orgueil d'un brillant esclavage.... ^ Sous un pénible joug il faut courber le front.... ^ Le Batave bientôt partage notre affront.... ^ Les tems sont accomplis !.... Une splendeur nouvelle ^ Promet a la patrie une gloire immortelle !.... ^ Sous des rois tolérans courez vous réunir; ^ Ils vous rendront vos lois, qu'ils sauront maintenir..,^
. ( à Marie, j Mais calmez la douleur oii votre âme se livre !
Le ciel ne m'eût laissé que peu de tems a vivre ^ S'il eut k la nature abandonné mes jours !
MARIE
Faut-il , sur réchafaud , en terminer le cours ?
HUGONNET
Eh ! qu'importe, princesse, a qui se sacrifie Pour défendre ses rois, ou servir sa patrie, Si le glaive le frappe au milieu des combats, Ou si , sur Péchafaud , il trouve le trépas ? Tout devient a ses yeux un théâtre de gloire, Et la main des bourreaux couronne sa victoire î Madame, cessez donc de pleurer sur mon sort; Rassasié de jours , dois-je craindre la mort? Mais c'est vous que je plains , princesse infortunée , Ma mort aux factieux vous laisse abandonnée ! Qu'allez-vous devenir ?
MARIE
11 s'attendrit sur moi , Quand son destin devrait exciter son eifroi !.... Ah I je n'ai pas, seigneur, ce sublime courage; N'attendez pas de moi la fermeté d'un sage. Si cet arrêt cruel pouvait se révoquer.... Pour vous sauver , seigneur , me faut-il abdiquer ?
HUGONNET
Df s princes le bonheur fuit avec leur puissance : Je plains ceux qui, déchus, traînent leur existence !