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ment à la vie extérieure, une vie en quelque sorte séparée et distincte dont l’histoire forme d'ailleurs la part principale de l'écrit qui nous sert de guide dans eatte rapide étude, Mais on
ne saurait passer sous silence un fait qui relève d’ailleurs de la première de ces deux vies plus que de la seconde, etquimontre combien une respectueuse indépendance et une sage fermeté,
même vis-à-vis l'autorité la plus respectée et la plus incontestable, sont loin d’être incompatibles avec la piété et même une haute perfection,
En 1659, arriva à Québec le premier évêque de cette ville Mgr de Laval-Montmorency, prélat non moins recommandable par son austérité que par sa charité et ses vertus apostoliques. « C’est, écrivait la mère Marie, un autre saint Thomas de Villeneuve pour la charité et l'humilité: car il se donnerait lui-même pour cela. Il ne se réserve que le pire. Il donne tout et vit en Pauvre, » Comme chef du diocèse et supérieur de toutes les communautés relevant de l'ordinaire, Mgr de Laval prétendait
apporter aux Constitutions du monastère des changements qui, au jugement de la mère Marie, en eussent été la ruine.
« On pourrait être tenté de croire, dit M. l'abbé Richaudeau,
à qui nous laisserons ici la parole, la vénérable mère disposée” à cause de sa grdnde piété, à tout voir en beau dans un évêque et même à exagérer ses vertus par zèle pour le bien, Non, ce n'est pas le vrai caractère de la sainteté. L'apôtre des nations résista en face à saint Pierre, parce que, dit-il, él était répréhensible ; sainte Brigitte et d'autres saintes ont parlé avec force aux papes de leur temps, La mère de l'Incarnation crut aussi devoir résister en certaines limites avec sa communauté à l'autorité de Mgr de Laval, Voici ce qu’elle dit, dans une let-
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tre du 13 septembre 1661, à la supérieure des ursulines de Tours : « Monseigneur notre prélat a quelque envie de changer « ou du mois d’altérer nos constitutions. Il en a fait faire un « abrégé selon son idée. Laissant la substance, il retranche ce « qui explique et facilite la pratique. Il a ajouté ensuite ce qu’il « lui a plu, en sorte que cet abrégé, qui serait plus propre pour « des carmélites ou des religieuses du Calvaire que pour des « ursulines, ruine en réalité notre constitution. Il nous a donné « huit mois ou un an pour y penser, mais l'affaire est déj à « toute pensée et la résolution toute prise : nous ne l’accepte- «€ rons pas si ce n’est à la dernière extrémité de l’obéissance. »
Ce différend, qui d’ailleurs ne paraît pas avoir eu de suite, n'enlève rien à la haute estime et à l’ardente charité qui animaient réciproquement l’un pour l’autre les deux saints personnages : en raison même de leur éminente vertu, ils savaient Supporter une certaine contradiction ou une opinion différente, Sans passion comme sans injustice et sans amertume.
De nouvelles épreuves cependant étaient réservées à ia jeune
‘ communauté,
Les intraitables Iroquois, joignant l’astuce à la perfidie, ne concluaient des traités de paix que dans le but de surprendre leurs adversaires sans défiance et de les anéantir. Une vaste conjuratior ourdie par eux en 1660, fut éventée par des Français qui, sur la demande même de ces sauvages, les avaient suivis pour coloniser parmi eux. Ces colons, après s'être échappés, donnèrent l’alarme à Québec où l’on trembla pour les biens et la vie de chacun. Par ordre même de l'évêque, les ursulines durent quitter leur couvent et prendre gite dans uncorps de bâtiment de la mai
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tère, flanqué de resoutes, percé de meurtrières, fut converti en forteresse et reçut une petite garnison armée jusqu'aux dents: La mère Marie de l’Incarnation obtint cependaut la permission de ne pas quitter la maison où elle s’employait, du reste, à préparer la nourriture des soldats et à leur distribuer des munitions. Durant cinq longues semaines la ville entière de Québec fut dans des transes mortelles, puis dut finalement son salut à l’héroïsme du jeune Daulac, qui, après avoir, à la tête de seize Français et de trente ou quarante Hurons et Algonquins, tenu en respect pendant sept fois vingt-quatre heures une armée entière d'Iroquois, fut massacré avec sa troupe, non sans avoir inspiré une telle terreur à l'ennemi que celui-ci, le combat terminé. u'osa pas aller plus avant et rentra dans ses quartiers. La colonie était sauvée (1),
À peine remis de ces épouvantes, les gens de bien eurent à déplorer un fléau d’une autre nature et qui fut pour la mère Marie « une croix plus pesante que toutes les hostilités des Iroquois. » Le commerce de boissons enivrantes, jusque-là sévèrement proscrit de la colonie, fut autorisé en 1662 par un nouveau gouverneur, le baroii d’Auvaugour. Certains colons fournissaient, en échange de peaux de castors, ce poison aux sauvages. C'était la ruine intellectuelle et morale, la perversion et l’abrutissement de ces malheureux. Eux-mêmes demandaient la suppression d'un tel trafic. En vain l'autorité épiscopale ful-
(1) L’héroisme de Daulac et de ses compagnons est d'autant plus remarquable que, sachant qu’ils allaient à une mort certaine, ils s'étaient d'eux-mêmes dévoués au salut de la colonie. Ils avaient tous communié à l’église de Montré:' et avaient fait leurs derniers adieux à leurs parents et à leurs :.nis avant d’aller s’enfermer dans l’espèce de fortin sans défense où presque
tous furent tués.
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mina-t-elle l’excommunication contre les vendeurs d’ukeools, L’âpreté au gain fut plus forte, et nul ne peut calculer jusqu'où: se seraient étendus les ravages de la passion de l'ivresse, ainsi allumée cnez les sauvages, si la Providence ne se fût chargée d'apporter à ce désordre une diversion puissante.
Une série de secousses etde tremblements de terre, qui dura de février à septembre 1663, jeta l’effroi et la terreur sur une étendue de vingt mille lieues carrées. Des catastrophes sans nombre en furent la conséqueuce avec les phénomènes géologiques les plus étranges. Des montagnes disparurent, d’autres surgirent, des gouffres et des lacs se creusèrent, des cours d’eau changèrent de lit, une île nouvelle émergea dans le Saint- Laurent, et pendant huit jours les eaux bleues de ce fleuve prirent une couleur de soufre.
Un tel cataclysme, bien que de l’ordre purement naturel, était de nature à être considéré par une population dans laquellé régnait une foi vive, comme un châtiment et un avertissement de la Providence, qui ne recourt pas toujours à la dérogation aux lois de la nature pour faire sentir le poids de sa main. Un mouvement considérable deretour et de rénovation chrétienne se manifesta à la suite du fléau, et lorsque, en 1665, la Nouvelle- France entra dans le domaine royal, l’arrivée du vice-roi, marquis de Tracy, qui fit revivre les nobles exemples des Champlain, des Montmagny et des d’Argenson, fut le signal, pour notre colonie, d’une ère de prospérité matérielle et morale telle qu'en moins de trois ans la population fut plus que doublée. .
Uue mémorable expédition contre les Iroquois, que dirigea malgré ses soixante-quatre ans, M. de Tracy en personne, à
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