‹ Marie Guyard et les Ursulines au Canada [microforme]Chapitre 9 sur 12 · D US · texte numérisé non relu

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travers cent cinquante lieues de pays et au milieu de‘difficultés inextricables amena, le plus décisif succès qu'on eût encore remporté sur ces incorrigibles ennemis. Cette fois, éclairé par l'expérience, on ne se reposa pas exclusivement sur la foi des traités, et la fidélité des lroquois aux engagements contractés

fut garantie par un certain nombre de leurs familles qu'ils du-

rent laisser oomme otage à Québer. D'autres vinrent librement s’y fixer.

C'étaient autant d’âmes procurées au zèle et à l'apostolat de la mère Marie de l’Incarnation et de ses religieuses. La joie leur fut donnée d'obtenir la conversion d’un grand nombre de femmes et de jeunes filies de cette nation. Leur action ne se porta pas seulement sur les femmes. Douée d’un esprit trèspénétrant, toujours préoccupée de l'intérêt des âmes et de celui de la patrie, Marie Guyard avait su démêler parmi les guerriers composant les diverses ambassades envoyées par les Iroquois, les natures généreuses sur lesquelles elle pouvait avoir prise. C’est ainsi qu’elle avait gagné à la vérité et, par suite, à l'amitié ou au moins à la neutralité pour la France, plusieurs chefs, notamment l’un des plus célèbres, Garakontié, le Bayard iroquois, « qui devint ensuite un héros de la foi et le plus fidèle auxiliaire des Français. »

Grâce à ce concours habile autant qu’apostolique de la mère Marie de l'Incarnation, la colonie, après les avantages réalisés par M. de Tracy, goûta du côté des sauvages vingt années de paix et de tranquillité non interrompues.

Cependant le moment approchait où devait se terminer le rôle de Marie Guyard en ce monde. Dès 1664 elle avait ressenti les premières atteintes de la maladie, et quoiqu’un mieux rela-

ce DE

tif lui pétmit encore pendant plusieurs années de remplir. sa mission auprès de sa communauté, ainsi que de ses élèves et de ses chers sanvages, elle s'approcha graduellement de la tombe. Enfin après plusieurs alternatives d'amélioration et de rechute, elle mourut le 30 avril 1672 à six heures du soir, au milieu de ses compagnes en larmes. Au moment de son dernier soupir, « un rayon de lumière céleste sembla tomber sur cette figi1re que la mort venait de frapper, et les religieuses immobiles, partagées entre la douleur et l’admiration, contemplaient, sans pouvoir en détourner leurs regards, le visage de leur pieuse mère, sur lequel se trouvait répandue une beauté éblouissante, L'âme, en prenant son vol vets les cieux, semblait y avoir imprimé un reflet de sa gloire immortelle, Ce phénomène, attesté par tou tes les religieuses qui en furent témoins, leur fit une telle impression qu’elles voulurent en perpétuer le souvenir ; chaque année, au jour auniversaire de la mort de leur vénérable fondatrice, elles chantaient un Te Deum d’'actions de grâces, et cet usage se continue encore aujourd’hui. x La douleur fut universelle dans la colonie. Nuile part peutêtre elle ne revêtit une forme plus touchante que chez les sauvages des villages voisins de Québec, qui, à la première nouvelle du douloureux événement, vinrent en foule pleurer et prier autour du monastère, s’écriant sans cesse : « Notre mère à nous est murte ! » puis mettant un doigt sur leur bouche pour indiquer que leur douleur était de celles qui ne peuvent s’exprimer par des paroles, Indépendammeut de la vénération dout la mère Marie était l'objet pour sa grande sainteté, elle était encore entourée d’une considération générale pour la rare intelligence, la hauteur des vues et les capacités singulières

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