SCÈNE I
MÊLETOUT.
Si je sais calculer d'une manière exacte,
(''est trente ans qu'a duré notre petit entr'acte.
Cela se fait ainsi, nous avons changé l'art
Qui guidait au théâtre et Molière et Regnard.
Cet enfant au berceau , cette aimable fillette ,
Que par diminutif on nommait Mariette,
Elle est femme à présent. Le père lEtoffé,
Du chapeau de mari s'est à la fin coiffé ,
U a ses soixante ans. son épouse en a trente;
.le suis un jeune fou qui n'en a que cinquante.
Mais de physique au moins nous ne vieillissons pas.
Le ton . le sentiment, l'esprit et les appas,
Rien ne change chez nous, et donne. Je ras.surc,
Les iilus beaux démentis aux lois de la nature.
Dans son ardeur de gain, le père l'Etoffé ,
A pris l'épicerie; il est dans îe café ,
Le chocolat, le suif, le poivre et la canelle,
Dans son comptoir encor, tient au.ssi la chandelle .
1i doit se retirer, et relarde toujours!..
Mais quel(iu'un vient !.. ce sont mes énormes amours.
Madame Foligny!
SCÈNK 11.
MÈLETOLT, M"" FOLIGNY.
H"'- voLU'.yy.
Quoi! toujours che/ .^L'lrie?
MKLETOIT.
On peut bien fré(pienter les gens (|ue Ion marie.
M"" FOLIGW.
Vous la rré(pH'nley. trop, madame l'f^lollél
12 MLSÉE DRAMATIQUE.
.îe iiii trouve à présoni un air ébouriffé! Elle qui pleurait tant depuis son mariage!
iMÈLETOUT.
Son époux est bien vieux !
M"" FOLIGNV.
Mais est-elle bien sage?
MÈLETOUT.
Autant que vous!
M'""' FOLIGNV.
Méchant !
MÈLETOUT.
Toujours dans un comptoir.
Vendant du chocolat, on peut broyer du noir: Mais las de voir des pleurs inonder sa paupière, Le monde va jouir de la belle épicière. Son époux la décide à se montrer au bal. Et nous allons, ce soir, danser tous au Vauxhall.
M-"" FOLIGNV.
Danser? j'en suis, j'y veux danser la galopade. Je m'appuierai sur vous.
MÈLETOUT, à part.
Ouf! j'en serai malade.
Mais la voici...