‹ Marie-JeanneChapitre 40 sur 85 · ACTE II, T. Il, SCENE IV · texte numérisé non relu

ACTE II, T. Il, SCENE IV

mais, avant de faire une chose pareille, avanl de renier mon fils, j'aurais éié capable de lout... Il fallait me parler franchement, il fallait me dire que lu en étais réduite là , et le travail , le travail pouvait tout réparer... La raison et le courage vous reviennent quand il s'agit de ne pas abandonner un pauvre petit enfant. MARIE, au désespoir.

Oui, le courage vous revient, je le sais bien , moi qui en trouvais au milieu de toutes mes souffrances... Oui, le travail [)Ouvait réparer beaucoup de choses, je le sais bien, moi qui travaillais pour lui nuit et jour... et ça depuis le moment où !e médecin m'avait dit : si vot'enfanl n'a pas une nourrice , il mourra... Ah ! je me sentais de la force, allez... et en un mois j'avais amassé lout rari:;ent qu'il fallait pour ça... tout, pour assurer son existence... d'argent je l'avais bien caché , c'était la vie de mon enlant!... Mais, un voleur s'est introduit dans notre pauvre chambre, il a découvert mon trésor, il me l'a pris... et ce voleur, c'éiail vous !

BERTRAND

Oui , c'était moi , malheureux que je suis... Écoule», maintenant, je veux tout racheter, viens. MARIE, le repoussant.

Avec vous î ... allons donc !...

BERTRAND

Comment?

MARIE, même jeu.

Jamais , vous dis-je... ne m'approchez pas, ne me^ louchez pas... Oh ! tenez , rien que de vous voir seulement ça me fait horreur. Ah ! ça vous étonne, n'est-ce pas, de m'enlendre vous parler comme ça... moi qui ai tanlsupportéde mauvaistraitemcnssans me plaindre... c'est que dans ce lenips-là je l'avais, lui, pour me consoler... c'est que dans ce lemps-là vous ne faisiez souffrir que moi seule... Je n'éiais qu'une femme maiUei^

reuse et je me résignais ; mais vous m'avez condamnée à être une mauvaise mère... il n'y a plus rien da commun entre nous... allez-vous-en, je ne vous connais plus.

BERTRAND , pleumnt.

Marie, je ne chercherai pas à me justifier , je ne le pourrais pas... je ne chercherai pas à le faire comprendre tout ce qui se passe dans mon cœur... je ne le pourrais pas non plus; mais puisque tu me renvoies, puisque tu me chasses... je ne te demande qu'une chose... dis-moi à quoi on doit reconnaître mon fils, sur quels indices on pourra nous le rendre.

MARIE

Je ne vous le dirai pas.

BERTRAND

Pourquoi t

MARIE

Parce que voiis êtes sur la route du bagne , et que je ne veux pas qu'un jour vous lui montriez ce chemin-là.

BERTRAND, avcccolère.

Prends garde, Marie.

KxniE, sangloUant.

Oh ! tuez-moi, ça m'est bien égal, pour le bonheur que j'ai à présent !...

BERTRAND, e'wiM.

Mais rien ne peut donc te fléchir ?

MARIE

Rien... je serais mourante que je ne vous le dirais pas.

BERTRAND, pleuvant.

C'est mal , Marie , c'est bien mal.... et si coupable que j'ai été, je suis assez puni , tu ne devrais pas tant m'accabler... (/ci, Appiani paraît au fond, les examine, écoute, et va contre le banc à droite, tire son portefeuille et écril dessus tout ce que Mario a mis sur son

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