ACTE DEUXIÈME G
pas à notre amour, car il est merveilleux de voir comme les pensées de ceux qui s'aiment se rejoignent et s'unissent malgré la distance et les mots malveillants qui se glissent entre elles. N'est-il pas étonnant qu'après t'avoir quittée chez Silanus où j'avais entendu des paroles qui eussent dû m'enlever tout espoir, je sentis pour la première fois, dans toute sa torce et toute sa certitude, grandir et s'épanouir notre jeune bonheur?... Tandis que tu m.' appelais, je t'appelais aussi de toutes les voix p/oiondes et surprenantes de mon cœur. J'étais retenu loindetoipar un devoir peu digne d'un soldat; car cette expédition de Jéricho, la dernière que je ferai sans doute, fut presque odieuse et souvent ridicule... Je comptais avec rage les minutes dérobées à notre vie nouvelle qui déjà commençait dans une âme qui ne craignait aucune de mes raisons de craindre...
Elle ne sommencera vraiment que quand
nous serons loin de cette terre où j'étouiïe, où tout assombrit et menace le bonheur, où je ne peux plus vivre... Verus, je t'en supplie, si tu m'aimes comme je t'aime, hâtons-nous, quittons tout, il n'y a plus de temps à perdre...
VERUS
Tu as raison, ce n'est pas entre ces sinistres rochers où flotte une odeur de mort et de folie que doit naître une joie si longtemps attendue... Du reste, ici encore, nos pensées s'entendaient bien avant nos paroles... J'ai comme toi résolu de quitter cette ville détestée où l'on abuse vraiment de mon obéissance... Je suis aux ordres du Procurateur, mais non point au venimeux service des prêtres juifs, ni du peuple criard et perfide que mes vieux légionnaires ont vaincu. J'en ai assez de cette vie équivoque. Je trouverai dès ce soir uc prétexte pour me dérober à un ordre que je devrais exécuter aujourd'hui même et dont je connais trop bien l'origine... Si le prétexte