ACTE TnOISIÈME
Il faut un peu de temps pour qu'on se rende compte... Toutes les pensées s' affolent et l'âme tombe, tombe, comme une pierre dans un trou... On ne saisit plus rien... On ne sait plus où l'on se trouve...
VERUS
Nous le savons parfaitement, et tout cela n'a rien d'extraordinaire... Il y a quelques jours, tu ne te serais pas tant fait prier; et je ne comprends pas qu'aujourd'hui que le prix de l'amour est tout autre, aujourd'hui qu'une vie qui t'est chère entre toutes...
Ah! tu ne comprends pas!... Et dire que presque tous, même ceux qui l'aimaient, ne comprendraient pas davantage!... Suis- je donc le seul être qui ait vu danssonâme?... Cen'est pourtant pas difficile!... Il ne m'a parlé que trois fois dans sa vie, mais je sais ce qu'il
pense, je sais tout ce qu'il veut, je sais tout ce qu'il est aussi profondément que si j'étais en lui, ou que s'il était là, près de moi, appuyant sur mon front son regard où descendent les anges, comme au soir où je baisais ses pieds, que j'essuyais de mes cheveux...
VERUS
Je savais bien que j'arrivais trop tard, mais je n'aurais pas cru que vous fussiez si loin... S'il ne t'a parlé que trois fois, il n'a pas perdu les minutes, et t'en a dit assez pour m'enlever mes doutes... Mais soyons de sang-froid. Il s'agit d'autre chose que d'amour, et ton amant lui-même, s'il était consulté, jugerait qu'un baiser ne pèse guère en présence de la mort... Puisque tu l'aimes tant, sa vie ne vaut-elle pas un léger déplaisir qui, naguère, t'inspirait moins d'horreur?... S'il y avait un miroir dans cette salle, j'irais m'y contempler avec curiosité afin de démêler ce qui, en quelques jours, m'a rendu à tel point répugnant qu'on préfère