ACTE TROISIÈME
VERUS
Rien n'est perdu tant que la vie demeure...
Tais-toi, je t'en supplie!... Laisse-moi seule dans son silence et dans sa volonté... Laissemoi regarder, écouter autre chose... Je ne l'aime pas encore comme il veut être aimé!... J'ai beau lever les yeux vers son ciel de lumière, je ne vois que sa mort, ses douleurs, son supplice... Son visage immobile, ses yeux qui éclairaient tout ce qu'ils regardaient, sa bouche qui parlait sans cesse de bonheur... Ses pieds que j'ai baisés, inertes et glacés... Vérus! Vérus! pitié!... Je ne peux plus, je n'en peux plus! Je tombe!... Fais de moi tout ce que tu voudras!...
VERUS, la recevant dans ses bras.
Magdeleine, Magdeleine!.... Je savais
MARIE-MAGDELEINE, bondissant en arrière à son contact.
Non, tiT ne savais pas, et ce n'est pas cela!... Il y a autre chose!... Il y aune issue!... Dire que tu tiens là, dans cette main humaine, la vie du Dieu des dieux descendu sur la terre!... Je sais, je sais, tu n'y crois pas... Mais tu dois au moins croire à l'innocence, et tu le sais aussi, il n'a fait aucun mal... Il ne sait même point ce que c'est que le mal, puisqu'il est tout le bien... Il n'a fait que guérir, consoler et prier... Il n'a fait que passer sur les âmes en les inondant de bonheur... Si tu le connaissais et s'il t'avait parlé, n'eût-ce été qu'une fois!... Puisqu'il est innocent et puisque tu es juste, puisque tu as la force et puisque tu es brave, tu ne peux le livrer sans défense aux bourreaux... Ce n'est pas d'un Romain, ce n'est même pas d'un homme... Vérus, voyons, tu n'es pas insensible et tu n'es pas un monstre, tu comprendras aussi... Cela dépend de toi... Pour moi, c'est impossible... Il y a là un mur