CHOEUR
A m : Chœur de l'introduction de Léocadie. ( Aubir. )
Nous répondrons à votre confiance Pour les apprêts de ce jour solennel ; Oui , nous devons aveugle obéissance A l'intendant de ce brillant hôtel!...
TAIGSOT , aux Falets.
Messieurs , je n'ai pas besoin de vous répe'ter que vous êtes chez M. le maréchal de l'Hôpital , et que la fête qu'il donne ce soir doit être digne de son rang et de sa fortune; allez. . . {Ils sortent à droite et à gauche. ) Voyez un peu les grands airs , ça se prend tout de suite. . . Qu'est - ce qui m'aurait dit, il y a dix ans, quand ma nièce épousa M. Nacqnart?. . .
GASTON , entrant à gauche.
M. Mignot, vous êtes seul (i) ?
MIGNOT
Ah ! Gaston , mon petit ami , venez ^ on ne peut nous surprendre. . . Vous avez copié?. . .
GASTON
Oui, le menu de votre dîner. Savez - vous que c'est une singulière occupation que vous me donnez ?. , . Aussi voilà que je commence à me connaître en cuisine.
MIGNOT
Tant mieux ! . . . ça ne peut pas nuire. . . on ne sait pas (i) Gaston, Mignot.
ce qui peut arriver. . . f Gaston lui remet un papier. ) Oh ! la belle e'critare ! ( Lisant.) « Premier service. » Depuis qu'ils m'ont forcé à vendre mon cabaret, voilà ma consolation... diriger les autres. . . donner des conseils en secret. . .
GASTON
C'est vrai , depuis votre entre'e dans la maison du Marécha 1 , on vous défend d'aller à la cuisine , à l'office . . . mais le maîlre-d'hôtel. . . Si l'on savait que tous ses dîners sont votre ouvrage?. . . que c'est vous qui gagnez les appoiûtemens qu'il touche?
AIR : Comme il m'aimait !
Toujours au feu ( bis. ) Vous êtes son chef de bataille. . .
MIGNOT
Cliul ! . . . il faut bien cacher son jeu ; Car pour lui quel danger, grand dieu!... De n'être qu'au homme de paille , Dans un état où l'on travaille Toujours au fèu!
Vous voyez , mon ami , le malheur de ma position! réduit à faire de la cuisine comme un conspirateur... Quelque fois je snrpends mes yeux mouillés de larmes de joie, lorsque j'entends les convives du maréchal faire l'éloge des dîners qu'ils mangent. . . je jouis de ma gloire incognito... c'est égal, ça ne me console pas.
GASTON
Bah ! une belle place, un beau traitement ! ça ne vaut-il pas mienx que d'être cuisinier en boutique?
MIGNOT
Eh bien I non , ce n'est pas la même cbose . . . Depuis que je suis entré dans la bouche du maréchal, je ne suis plus à mon aise comme autrefois ; je deviens triste , je maigris . . .
GASTON
Mais si vous le regrettez tant, votre cabaret, qui vous empêche de le rouvrir?
MIGNOT
3'ai une tille , mon garçon , une fille dont madame Nacquart est la cousine et la marraine... elle m'a promis d'en faire son héritière , si je ne la contrariais pas dans ses idées
d'élévation , et il vaut encore mieux être cuisinier malheureux que père de'nature' !
GASTON
Vous avez raison; et puis, dites donc, M. Mignot, elle sera jolie, votre fille, votre petite Marie! vous allez la mettre au couvent, et dans une dixaine d'années d'ici , vous
la marierez alors , moi je suis-là , et je la retiens
d'avance.
MIGNOT
Malheureux! . . . quelles ide'es ! . . . si madame Nacquart l'entendait!. . .
GASTON
Hem! qu'est-ce qu'il y a de mal à cela?. . . Moi, petit commis du se'cretaire de Thôtel , je suis en secret votre copiste et votre confident. . . quand vous me donneriez mademoiselle Marie pour honoraires!... Mais je vois , c'est parce que je n'avance pas... rassurez-vous... le prince Casimir, qui vient d'être élu roi de Pologne , monte sa maison à la française... Monsieur le maréchal , qui était son ami, lui envoie les gens qu'il lui faut... et j'en suis. MIGNOT, vivement.
Faut-il un maître d'hôtel? ... (^ Se reprenant. ) Aie ! . . . GASTON, riant.
Est-ce que vous voudriez , vous ? . . . tiens , pourquoi pas?. . .
MIGNOT
Je n'ai pas dit ça . . . pour moi . . . certainement . . . mais pour un^ de mes élèves. . . Adieu , M. Gaston. . . je vais méditer sur ce menu avant de l'envoyer; ça me distraira.
( // s'assied à gauche. ) GASTON , à part.
C'est un brave homme!... il vaut mieux que sa nièce!. ..