‹ Marie Mignot (volume 2)Chapitre 20 sur 44 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

LAGARDIÉ, MIGNOT.

LAGARDIE

On ne m'avait pas trompé, ce costume... ( S'apro~ chant. ) Père Mignot ! . . .

MIGNOT, se levant.

On y va !.. . Ah ! mon dieu 1 je m'oublie ... ce nom que mes anciennes pratiques me donnaient. . . Qu'y a-t-il pour votre service, Monsieur?

LAGARDIE

Eh! quoi! vous ne me remettez pas?

MIGNOT

Si fait,., attendez donc... je crois que c'est... Ah! dites-moi bien vite si cest toi, Lagardie?

LAGARDIE

Embrassons-nous !

MIGNOT, à part.

Comme ce gaillard-là vous a pris de la force, de la tournure ! . . .

LAGARDIE, à part.

Pauvre cher homme ! . , . comme il est vieilli ! . . .

MIGNOT

Tu vois , ils m'ont exilé ici dans un hôtel, sous uu bel habit.

LAGARDIE

Enfin, je vous ai retrouvé!... J'ai appris que vous habitiez cet hôtel , et qu'on y voyait souvent votre nièce , cette Marie que j'aimais tant!

MIGNOT

Ah! tu sais que feu M. Nacquart est mort?

LAGARDIE

Je l'ai appris , il y a un an, à Grenoble, où j'étais alors malheureux , sans fortune, sans espérance... Aujourd'hui mon sort est bien changé!... je ne viens ici que pour vous.

Vrai?. . . je t'en remercie , mon garçon. . . ]Moi je suis toujours le même. . . pour ma nièce , c'est différent j il y a en elle deux femmes : l'une qui aime le monde , les assem-

Liées, la danse, la parure... celle-là est coquette , altière ambitieuse.

LAGARDIE

Je vous crois, elle m'a trahi... je Poublierai toutà-fait . . .

MIGNOT

Mais nous avons Fantre femme... que Je surprends quelquefois agenouillée , les mains jointes , les yeux rouges , et il me semble même lui avoir entendu murmurer : « Panvre Lagardie ! »

LAGARDIE

Il serait vrai?. . . elle aurait dit?. . . Eb bien ! je vous crois... elle pense encore à moi... cela ne m'étonne pas . . je Tespérais... On a pu l'éblouir , mais j-'en juge par moimême , le cœur ne saurait changer ... on n'aime bien qu'une fois... Et dites-moi, Mignot, si je pouvais la voir, lui parler aujourd'hui ! . . .

MIGNOT, Ah ! ce n'était que pour moi. . .

LAGARDIE

Je vous en prie !

MIGNOT

Tu tombes mal. . . un grand bal ce soir. . . car tu ne sais pas. . . Après la mort de mon neveu Nacquart, conseiller nu Parlpment , on rechercha sa veuve. . . elle était riche , tout le monde la reçut, la famille du maréchal de l'Hôpital surtout; le maréchal lui-même s'est déclaré son ami. .. il la consulte toujours j et, aujourd'hui encore , mademoiselle de l'Hôpital la retient près d'elle pour l'aider à faire les honneurs d'une fête qu'il donne.

LAGARDIE

Oui, je l'ai appris... J'avais d'abord pensé à me faire présenter chez le maréchal par l'ambassadeur de Suède , auprès de qui j'ai une puissante recommandation.

MIGNOT

Bah!

LAGARDIE

Mais au milieu de tout ce grand monde , mon entrevue avec Marie serait trop gênante... je veux, avant tout, connaître ses vrais sentimens, si c'est possible. . . Voulezvous lui demander, pour moi , un entretien secret?... J'en

ai le pressentiment , je ne la quitterai que pour vous nommer mon oncle.

MIGNOT

Le ciel t'entende ! ... et moi , Lagardie , je vous suivrai?

LAGARDIE

Ma maison ne sera-t-elle pas la vôtre?... et n'aurez-vous pas le droit d'y commander en maître?. . .

MIGNOT

En maître d'hôtel , c'est tout ce que veux . . . Eh ! mais , j'entends... opi, c'est le maréchal. .. il revient du Louvre 5 retire-toi.

LAGARDIE , après avoir fait une faussfi sortie qui lui a fait prendre la gauche de la scène.

Et votre nièce ? . . .

MIGNQT.

Je te conduirai près d'elle tout à l'heure . . . Attends-moi , descends au jardin.

UGARDIE.

AIR des Comédiens.

Dépêchez-vous , il faut que je la voie ! . . . Je brûle enfin de connaître mon sort ! . . , Si je l'obtiens , rien n'égale ma joie j Si je la perds , c'est l'arrêt de ma mort ! . . .

MIGNOT

Perdre une femme , à ce point te chagrine ! Va , l'on renonce à tout ce qu'on aima , Sans en mourir... J'adorais la cuisine , Je n'en fais plus , et pourtant me voilà !...

ENSEMBLE

Il faudra bien dans peu qu'elle te voie ; Mais, quels que soient sa réponse et ton sort , Ne t' laiss' mourir de chagrin ni de joie j C'est not' faibless' qui rend l'Amour si fort !

LAGARDIE

Dépéchez- vous , etc. ( // sort à gauche. )

MIGNOT, seul.

Tiens, c'est ma nièce ( A Marie.). ... Je croyais que le Maréchal . . .

( 4o ) SCÈNE IV.

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