‹ Marie Mignot (volume 2)Chapitre 23 sur 44 · LE MARÉCHAL, U^» NACQUART · texte numérisé non relu

LE MARÉCHAL, U^» NACQUART

M™^ NACQUART, à part.

Est-ce une de'faite?. . . Yoyons-le venir.

LE MARÉCHAL

Ma bonne... mon excellente amie... vous me voyez tout bouleversé... Mes sentimens vous sont connus... tout mon bonheur serait d'unir mon sort au vôtre. . . aussi mon parti était pris. . . je sautais à pieds joints sur toutes les convenances de mon rang .. . je vous épousais . . . Oui , ce soir même, je voulais annoncer ce mariage à mes amis , au milieu d'une fête. Afin d'obtenir l'agrément du Roi , je lui avais parlé de vous comme de la veuve d'un procureur... d'un conseiller j il ne m'avait répondu que par une grimace expressive, et ma foi, à tout risque , j'interprétais son silence. . . mais ce matin , quelle a été ma surprise! lorsqu'au grand lever il a dit, eu fixant sur moi un regard dont je frissonne encore : « Il y a des gens qui ont le cœur bien bas ! conçoit-on le poète Dufresny, . . qui se dégrade jusqu'à épouser une blanchisseuse ! »

M™* NACQUART

Ciel!

LE MARÉCHAL

J'ai senti l'apostrophe ! . . . jugez de mon humiliation î . . . II paraît que depuis hier c'e'taitle sujet de tous les entretiens.

M™« NACQUART

Et pourtant c'était un secret pour tout le monde.

LE MARÉCHAL

Excepté peut-être pour Mignot, et encore pour Marion Delorme; elle l'aura dit à Ninon, qui l'aura dit à la veuve Scarron, qui conte tout à la Montespan, qui n'a point de secrets pour le roi.

M™^ NACQUART

Et pourquoi souflfrez-vous que cette Mariou pénètre dan» votre hôtel?

LE MARÉCHAL

Ah ' ce n'est pas de cela qu'il s'agit.. Maintenant , ma pauvre madame Nacquart, jugez de mon embarras : on annonce des promotions prochaines à l'Ordre du Saint- Esprit , et si je fâche Sa Majesté . . . Voyons , que faire? . . , que résoudre ?. . . montrez-vous mon amie. , . conseillezmoi. . .

M™® NACQUART

Vous me demandez conseil?. . . { J parU ) Lïngrat ! , . . il est décidé ! . . .

LE MARÉCHAL

Eh bien?. . .

M™® NACQUART , avec une aisance affècle'e. Eh bien! M. le Maréchal, je ne vois pas dans tout cela de quoi tant se désoler I

LE MARÉCHAL

Que dites-vous?

M**« NACQUART

Que ce n'est point à mon âge qu-'oa a besoin d'un titre pour briller dans le monde : remplissons tous deux notre sort, devenez cordon bleu , moi je reste une veuve jeune et jolie. . . tout le monde sera content.

LE MARÉCHAL

Oui, si vous étiez moins cruelle... si vous m'aimiez pour moi. ( // r>eut lui prendre la main.)

^me NACQUART.

Je vous aimais assez pour un ami. . . vous vouliez plus , je sacrifiais ma liberté, j'allais être votre femme. . .

LE MARÉCHAL

Oh ! si cela se pouvait!

M™^ NACQUART

Non, non, cela ne se peut pas, et je me hais nioi-même d'en avoir du chagrin, parce que j'ai la faiblesse de. . .

LE MARÉCHAL

De m'aimer ? . . . achevez ! . . .

M™^ NACQUART

Non, monsieur le mare'chal , n'en parlons plus... me voilà libre... eh bien!... je m'étourdirai... j'en aurai besoin. . . et, à mon âge, on y réussit toujours. . . on a des distractions... Les hommages , les assiduités d'une foule de jeunes cavaliers. . . et que sait-on?. . . dans le nombre , il peut s'en trouver un qui ne soit pas maréchal , et qui n'attende pas de cordons ... Il faut espérer qu'en France tootle monde ne sera pas de Tordre du Saint-Esprit.

LE MARÉCHAL

Vous à un autre ! . . .

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