MIGNOT, M™« NACQUART, MARION, LE MARÉCHAL
Marion pleure , Marioii crie, Marion veut qu'on la marie...
Votre servante, monsieur le Maréchal. ( // passe devant elle , et sort à droite , sans la regarder.) Tiens ! comme il est aujourd'hui!... A son aise!... Je vous salue, madame Nacquart; bonjour, père Mignot... Si vous saviez, la valetaille qui ne voulait pas me laisser entrer , parce que je suis arrivée dans une chaise à porteurs.
M™" NACQUART
C'est l'ordre de mes gens.
MARI ON ; riant.
De tes gens 1 . . . encore pins drôle! . . . Eb î pourquoi diable , ma chère Marie , t'avises-tu donc d'avoir des gens ? WIGNOT 5 à Marion, en riant.
Le fait est qu-e c'est comique. Ahl ah! ah! . . .
( Madame Nacquart le regarde avec colère , et va s'asseoir ■pour écrire. — Mignot , honleujc , s^est retire' dans le coin de la scène , à droite. )
MARION
Mais c'est au Maréchal que j'en veux ; il est sorti sans me dire une parole... Ah! j'ai vu un temps où il était moins silencieux!... Dame! chacune son tour... J'étais belle alors. . . comme toij... impertinente... comme lui... et j'ay^is des gens comme les tiens.
AIR : On a tant de peine... ( De Ia.Fiaucée. )
Mais mon règne est passé ,
Mes attraits eut baissé, .
Ce que j'ai n'est qu'un mince avantage ;
Je vois fuir les grandeurs ,
Et la chaise à porteurs A déjà reinplacé l'équipage.
Dans mes filets j'ai pris
Des ducs et des marquis \
Je gagnais beaucoup d'or ,
J'en mangeais plus encor.
Même à présent , voislu,
Je n'ai pas tout perdu ; ( bis. )
Je puis, dans mes bons jours,
Rattrapper les amours!...
Cependant il faut être modeste j
Mes attraits passeront,
Les amans les suivront \ Ah! du moins que la gaîté nous re^te î
Un jour vient où l'on n'a
Rien que ce plaisir-là î. . . {bis)
MIGNOT , allant près de Marion.
Ecoulez donc, nianiz'elle Marion, ma nièce , ça sera ditterent , parce qu'elle aura des maris.
MARION
C'est jaste , des maris , c'est pins solide ! ... A propos , père Mionot, est-ce vrai, ce qu'on dit, que madame Nacquart va se remarier?. . . C'est une nouvelle qui court. . . Oh. jen ai bien ri!... et toi aussi, tu en riras, j'en suis sure; n est-il pas vrai, madame la maréchale?
M™« NACQUART , toujours assise à la table à droite. Pourquoi pas?
MARION , à part.
Bans le fait, où serait la mésalliance ? le mari un bâton la femme un battoir, ça fera de très-belles armoiries!
MIGNOT, bas à madame Nacquart.
Et Lagardie ?
M™^ NACQUART
Voici la réponse... Mon oncle, approchez... plus près. ( Bas.) Manon ne doit plus paraître ici. . . le maréchal veut qu'on la renvoie. . . Je compte sur vous.
MIGNOT, bas.
Comment, tu exiges?. . .
MARION
Ah! ça décidément, madame Nacquart , vous serez donc une grande dame?
M'as NACQUART,
Qui a besoin de vous pour un petit service.
MARION
Ah ! compte sur ma complaisance.
( Elle va près de madame Nclcquart. )
M™^ NACQUART
Ecoulez.
( Elle lui parle bas à l'oreille. ) MIGNOT , à part, dans le coin à gauche. Maréchale!... ma nièce!... Voilà la peur qui me prend. >i elle seleve, il faudra que je monte encore... et Dieu att ou je m'arrêterai !
MARION, bas à madame Nacquart.
Qui ? . . . votre oncle ? . . .
j^jine NACQUART , los.
nie faut j le maréchal le veut.
MARION , bas.
Allons, je m'en charge , ne fut-ce que pour adoucir le
M^^ N -^CQUART , à vaH , et prenant le milieu de la scène. Au moins, eu m'y prenant ainsi, j'évite les reproches de l'un et les railleries de l'autre. . . ( Haut. ) Je vous laisse , Marion. Adieu , mon oncle.
( Elle sort à droite , en regardant Mignot et un air de regret. )