‹ Marie Mignot (volume 2)Chapitre 7 sur 44 · MARIE, LE MARÉCHAL, MARION, MIGNOT · texte numérisé non relu

MARIE, LE MARÉCHAL, MARION, MIGNOT

LE MARÉCHAL, qui est entré sur les dernières paroles. Fidèle à tout le monde ! , . . C'est Marion Deiorme.

MI&NOT

M. le maréchal de l'Hôpita] !

LE MARÉCHAL

Ah ça ! les maréchaux de France en sont-ils?

M.IRION.

Ah! ah! c est charmant; au cabaret... je vous y prends.

LE MARÉCHAL

En bonne compagnie , du moins.

MARION

Eh! mais, que venez-vous faire ici ?

LE MARÉCHAL

Commander un dîner de garçons. Eh ! parbleu, Mr^rion , ça se trouve bien. . . vous en serez.

MARION

Si la compagnie est digne de moi.

LE MARÉCHAL

Comment donc!. . . nous avons presque un roi. . . l'héritier présomptif du trône de Pologne.

MARIE

Le prince Casimir? celui qui s'échappa de "Vin-

cennes ?. . .

LE MARÉCHAL

Oui, c'est cela même. . . le prisonnier de Riclielien. . . Qael intérêt ?. . . ( Apercevant Marie. ) Eli ! mais , que voisje ?. . . cette Jolie blanchisseuse que j'ai distinguée Fautre jour chez vous, Marion? ( ^«* à Marion.) Que diable faitelle ici?. . . Est-ce qu'elle s'est lancée?. . . MARION , bas.

Elle ?. . . allons donc!

AIR du Passepartout.

Pour oser marcher sur mes traces , Il lai faudrait de l'esprit , des talensî. . .

LE MiKÉCIIAL.

Taille légère , œil vif, traits pleins de grâces... C'est vous quand vous aviez vingt ans ! . . .

MARION

Sa figure est sans caractère ! . . .

LE MARÉCHAL

Ah ! vous voulez dire sans fard ?. . .

MARION

Jai commencé bien plus tôt qu'elle à plaire. . .

LE MARÉCHAL

Elle pourra finir plus tard.

LE MARÉCHAL , à Marie.

Qui êtes-vous donc, ma belle enfant? • MIGNOT.

C'est ma nièce. Monseigneur.

LE MARÉCHAL

Ah ! ah ! mon cher j je me sais bon gré d'avoir donné aujourd'hui la préférence à votre cabaret.

MIGNOT

C'est bien de l'honneur pour moi.

LE MARÉCHAL

Le prince Casimir m'a été confié par IMazarin , qui veut lui faire oubher la terrible hospitalité de Richelieu , qui n'était aimable... que pour vous... et pour certaine grande

dame. Le ministre c!e Louis XIÎI gouvernait avec des prisons : celui de la Régente avec des bals ; il nous a donné rOpéra , c'est plus gai que Vincennes. Ma foi , pour bien divertir le prince , j'ai imaginé un dîner de beaux esprits... Surtout, Mignot, distinguez-vous.

MIGNOT

Oui , Monseigneur , on repas dans les règles. Ce n'est pas moi qui ferai des incongruités de bonne chère , quoiqu'en dise M. Despréaux.

LE MARÉCHAL

Ah! dame , il y sera.

MIGNOT

11 y sera , M. le Maréchal?

Prenez garde, vous allez mettre aux prises deox grands ennemis. Ah î ah I

MIGNOT

Puez ! riez I un petit faiseur de vers. . . Et c'est moi qu'il attaque , moi que la Cour honore de sa confiance. . . Qu*il vienne donc , ce Boileau ! je lui donne nne sauce à faire, et je suis sûr qu'il la manquera.

LE MARÉCHAL

On dit que vous publiez contre lui une satire un peu forte ?

MIGNOT

Très - forte ! c'est du Cotin ; et comme j'ai dit à Pnbbé : « Il ne s'agit pas d'épargner le sel et le poivre, il faut que « ça emporte la bouche , je ne connais que ça.. . » Ah I il vient aujourd'hui ? ?» la bonne heure, je l'attends} ma tête s'exalte, j'entre en verve.

MARION

Il est dans le feu de l'inspiration !

LE BIARÉCHAL.

Allons , qu'on dise de vous ;

Que Mignot aujourd'hui s'est voulu surpasser.

MIGNOT , à part.

Encore du Boileau !

LE MARÉCHAL

Je vais prendre le prince. . . Ainsi , Marion, à midi sonnant 3 je compte sur votre promesse.

Soit! j'en fais tous les jours j pour changer, je veux en tenir une.

LB MARÉCHAL

AIR : Fragment, de la Gazza.

Pour vous revoir , Souffrez, ma toute belle,

Qu'un doux espoir En ces lieux me rappelle !

MARIE et MIGNOT.

Un amant de haute naissance !...

Il veut I 1 I séduire , je pense ;

Mais { JjJ, } connaij trop j '"^°^ j devoir I

LE MARÉCHAL

Que de charmes et d^innocence!

iCeia m'amusera , je pense , jDe les réduire eu mon pouvoir!

MARION

[Il la courtise en ma présence !

'Le perfide ! quelle inconstance ! . . • C'est connne moi dans mon boudoir.

MARION

Sou cœur est fier ; blanchisseuse dans l'ame , D'un cuisinier elle sera la femme !

( Parle.) Mignot, faites venir mes gens! ENSEMBLE.

MIGNOX et MARIE.

Ah ! c'est trop fort ! quelle arrogance ! Peut-on , avec plus d'insolence , A ce point là nous insulter?

Quelle coltire î

ENSEMBLE

'. i6) Et ( ommeat faire Pour la forcer à nous mieux respecter ?

LE MARÉCHAL

Que de «harmes et d'iunoceuce !

Pour moi quelle douce espérance

De pouvoir me faire écouter !. . .

Bientôt , j'espère ,

Je saurai plaire ;

Sur mes rivaux je saurai l'emporter.

MAKION.

Je vois déjà son inconstance ! . . .

Je ne ferais pas mieux, je pense I Mais ici, pourquoi m'emporter ?...

Point de colère ; D'un mot , j'espère , Je forcerai l'ingrat à me rester.

( Ils sortent par le fond. )

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