MARIE, LE MARÉCHAL, MARION, MIGNOT
LE MARÉCHAL, qui est entré sur les dernières paroles. Fidèle à tout le monde ! , . . C'est Marion Deiorme.
MI&NOT
M. le maréchal de l'Hôpita] !
LE MARÉCHAL
Ah ça ! les maréchaux de France en sont-ils?
M.IRION.
Ah! ah! c est charmant; au cabaret... je vous y prends.
LE MARÉCHAL
En bonne compagnie , du moins.
MARION
Eh! mais, que venez-vous faire ici ?
LE MARÉCHAL
Commander un dîner de garçons. Eh ! parbleu, Mr^rion , ça se trouve bien. . . vous en serez.
MARION
Si la compagnie est digne de moi.
LE MARÉCHAL
Comment donc!. . . nous avons presque un roi. . . l'héritier présomptif du trône de Pologne.
MARIE
Le prince Casimir? celui qui s'échappa de "Vin-
cennes ?. . .
LE MARÉCHAL
Oui, c'est cela même. . . le prisonnier de Riclielien. . . Qael intérêt ?. . . ( Apercevant Marie. ) Eli ! mais , que voisje ?. . . cette Jolie blanchisseuse que j'ai distinguée Fautre jour chez vous, Marion? ( ^«* à Marion.) Que diable faitelle ici?. . . Est-ce qu'elle s'est lancée?. . . MARION , bas.
Elle ?. . . allons donc!
AIR du Passepartout.
Pour oser marcher sur mes traces , Il lai faudrait de l'esprit , des talensî. . .
LE MiKÉCIIAL.
Taille légère , œil vif, traits pleins de grâces... C'est vous quand vous aviez vingt ans ! . . .
MARION
Sa figure est sans caractère ! . . .
LE MARÉCHAL
Ah ! vous voulez dire sans fard ?. . .
MARION
Jai commencé bien plus tôt qu'elle à plaire. . .
LE MARÉCHAL
Elle pourra finir plus tard.
LE MARÉCHAL , à Marie.
Qui êtes-vous donc, ma belle enfant? • MIGNOT.
C'est ma nièce. Monseigneur.
LE MARÉCHAL
Ah ! ah ! mon cher j je me sais bon gré d'avoir donné aujourd'hui la préférence à votre cabaret.
MIGNOT
C'est bien de l'honneur pour moi.
LE MARÉCHAL
Le prince Casimir m'a été confié par IMazarin , qui veut lui faire oubher la terrible hospitalité de Richelieu , qui n'était aimable... que pour vous... et pour certaine grande
dame. Le ministre c!e Louis XIÎI gouvernait avec des prisons : celui de la Régente avec des bals ; il nous a donné rOpéra , c'est plus gai que Vincennes. Ma foi , pour bien divertir le prince , j'ai imaginé un dîner de beaux esprits... Surtout, Mignot, distinguez-vous.
MIGNOT
Oui , Monseigneur , on repas dans les règles. Ce n'est pas moi qui ferai des incongruités de bonne chère , quoiqu'en dise M. Despréaux.
LE MARÉCHAL
Ah! dame , il y sera.
MIGNOT
11 y sera , M. le Maréchal?
Prenez garde, vous allez mettre aux prises deox grands ennemis. Ah î ah I
MIGNOT
Puez ! riez I un petit faiseur de vers. . . Et c'est moi qu'il attaque , moi que la Cour honore de sa confiance. . . Qu*il vienne donc , ce Boileau ! je lui donne nne sauce à faire, et je suis sûr qu'il la manquera.
LE MARÉCHAL
On dit que vous publiez contre lui une satire un peu forte ?
MIGNOT
Très - forte ! c'est du Cotin ; et comme j'ai dit à Pnbbé : « Il ne s'agit pas d'épargner le sel et le poivre, il faut que « ça emporte la bouche , je ne connais que ça.. . » Ah I il vient aujourd'hui ? ?» la bonne heure, je l'attends} ma tête s'exalte, j'entre en verve.
MARION
Il est dans le feu de l'inspiration !
LE BIARÉCHAL.
Allons , qu'on dise de vous ;
Que Mignot aujourd'hui s'est voulu surpasser.
MIGNOT , à part.
Encore du Boileau !
LE MARÉCHAL
Je vais prendre le prince. . . Ainsi , Marion, à midi sonnant 3 je compte sur votre promesse.
Soit! j'en fais tous les jours j pour changer, je veux en tenir une.
LB MARÉCHAL
AIR : Fragment, de la Gazza.
Pour vous revoir , Souffrez, ma toute belle,
Qu'un doux espoir En ces lieux me rappelle !
MARIE et MIGNOT.
Un amant de haute naissance !...
Il veut I 1 I séduire , je pense ;
Mais { JjJ, } connaij trop j '"^°^ j devoir I
LE MARÉCHAL
Que de charmes et d^innocence!
iCeia m'amusera , je pense , jDe les réduire eu mon pouvoir!
MARION
[Il la courtise en ma présence !
'Le perfide ! quelle inconstance ! . . • C'est connne moi dans mon boudoir.
MARION
Sou cœur est fier ; blanchisseuse dans l'ame , D'un cuisinier elle sera la femme !
( Parle.) Mignot, faites venir mes gens! ENSEMBLE.
MIGNOX et MARIE.
Ah ! c'est trop fort ! quelle arrogance ! Peut-on , avec plus d'insolence , A ce point là nous insulter?
Quelle coltire î
ENSEMBLE
'. i6) Et ( ommeat faire Pour la forcer à nous mieux respecter ?
LE MARÉCHAL
Que de «harmes et d'iunoceuce !
Pour moi quelle douce espérance
De pouvoir me faire écouter !. . .
Bientôt , j'espère ,
Je saurai plaire ;
Sur mes rivaux je saurai l'emporter.
MAKION.
Je vois déjà son inconstance ! . . .
Je ne ferais pas mieux, je pense I Mais ici, pourquoi m'emporter ?...
Point de colère ; D'un mot , j'espère , Je forcerai l'ingrat à me rester.
( Ils sortent par le fond. )