I-AGARDIE
Il exige que je ne me fasse jamais connaître pour son parent, que je renonce à son héritage ; et, à ces conditions-là , il veut bien me donner de quoi me faire un établissement.
MARIE
Un établissement ! lequel ?
LAOARDIE,
Tu sais bien , j'avais des goûts militaires , je voulais m'engager. Oh! que j'aurais aimé à porter l'uniforme! mais le père Mignot m'a déclaré qu'il ne donnerait ta main qu'à celui qui prendrait son fonds. Eh bien 1 me voilà ; je viens de m'offrir à lui, il m'accepte.
MARIE
Comment? vous seriez traiteur... cuisinier?... ( A part. ) Juste ce que disait Marion tout-àl'heure.
LAGARDIE
Sans doute !... je ne sais pas faire de sauces, mais j'aurai des marmitons; c'est comme les hommes d'état qui ont des secrétaires.
MARIE
Est-il possible? un jeune homme de famille qui pourrait aller si haut!
LAGARDIE
Si j'aime mieux descendre à cause de toi?
MARIK
C'est cela, et je resterai ouvrière, sujette au public !. .. A quoi sert donc de me marier?
LAGARDIE
C'est ça, c'est ça; voilà les idées que tu as prises en fréquentant les gens de qualité. Tu es ambitieuse, Marie, prends garde... Mais qu'est-ce qu'il te faut donc?... car enfin, moi, pour te satisfaire, pour l'obtenir, je serais capable de tout, d'attendre même s'il le faut. Qu'esiges-tu de moi?... l'uniforme te plairait mieux peut-être? Veux-tu que je me fasse soldat?
MARIE
Je veux que mon mari ait un état, mais un état indépendant; c'est-à-dire, qui mette les autres dans sa dépendance ; un état enfin qui soit lucratif et honorable, qui me donne l'es- >imc publique et une voiture.
Et lequel? lequel ?
MARIE
Ça m'est égal, je n'ai pas de préférence; je ne tiens qu'à la voiture... et à toi.
LAGARDIE
Ah! j'en perdrai la tête!... Que faire? où puis-je me mettre?