P ÉPOQUE, SCÈNE VII
parle de ton mariage, ça a paru l'intéresser, qu'il en est devenu tout pâle, quoi !
MARIE
Qu'en pcnse-t-il?
MIGNOT
Il allait me le dire, quand nous avons été interrompus par une ducLesse. 11 voulait la renvoyer pour moi: parceque lui, les duchesses, ce n'est rien du tout. Mais je me suis retiré, et il m'a fait reconduire de force en carrosse.
MABIE.
Comment! 11 en a un?
MIGNOT
Celui d'un marquis dont il a fait saisir les mevibles.
Air du vaudeville des Maris ont tort.
Ah ! dam', c'est un beau privilège !
Un procureur voit chaque jour, Dans son étude qu'on assiège , A ses pieds la ville et la cour.
On cède à tout ce qu'il ordonne.
Les plus grands implor'nt son appui ; Comme il n'a d'é.gards pour personne.
Ça fait qii' tout 1' monde eu a pour lui.
Comme sa première femme était heureuse !
MIGNOT
Je crois bien.
LAGARDIE, à part.
Que dit-elle? Ce caprice...
MARIE
Un mari qui tient dans ses mains le sort de tant de personnes !
MIGXOT.
Et leur carrosse.
MARIE
Qui peut humilier les uns.
MIGXOT.
Qui fait remise des frais aux autres.
MARIE
Courir en poste à la fortune!
MIGSOT.
Courir! dis donc voler!... Et puis le désintéressement... Moi, si je n'étais pas pâtissier, je voudrais être procureur.
MARIE
Dieu! si vous l'étiez!
LAGARDIE
Qu'entends-je ! Lui ou moi , n'est-ce pas ?
Eh bien! qu'est-ce qui te prend donc?
MARIE
Lagardie!
MIG>OT, apercevant Nacquart, qui paraît dans le fond.
Ah! tenez, c'est lui; c'est ce bon M. Nacquart , mon digne procureur.
LAGARDIE, à part.
Procureur! pourquoi pas?... J'écrirai à mon oncle. Je cours voir mes amis... Marie, vous serez contente... Père Mignot...
(Il lui secoue la main. )
sQs
MIGNOT
Mais encore , dis donc...
LAGARDIE
Ne me retenez pas... Adieu, Marie, adieu.
{ Il sort par le fond, très vivement, en heurtant M. Nacquart , qui se trouve sur son passage. )