CHAPITRE XVII Histoire de la tazue
Après avoir cheminé quelque temps en silence dans le plus doux attendrissement, la jeune comtesse dit enfin : ‘‘ A présent, il faut que je te dise comment la bague s'est retrouvée.
Dans l’année qui suivit ta disgrâce. nous quittâmes la capitale bien plus tôt que de souiume, pour nous
MARS Lo
renêre à notre château d'Echbourg, où les affaires de mon père exigeaient sa présence. Nous étions partis dès les premiers beaux jours du mois de mars. A peine étions-nous arrivés, que le temps redevint mauvais; une nuit surtout fut remarquable par un orage terrible et une pluie affreuse.
Tu te souviens sans doute encore de cet énorme poirier qui occupait le centre de notre jardin. Il était extrêémement vieux, et ne portait presque plus de fruit. L'ouragan, qui cette nuit était très violent, l'avait tellement ébranlé, qu'il paraissait près de tomber. Mon père ordonna donc de l’abattre. Tous les domestiques du château mirent la main à l'œuvre parce qu’on désirait le couper de manière que sa chute n’endommageât point les plantations environnantes. Mon père, ma mère, nous autres enfants, et enfin tous les gens du château, nous étions descendus au jardin pour assister à cette opération.
Quand ce gros arbre fut tombé avec un craquement effroyable, mes deux jeune frères s’élancèrent sur un nid d'oiseau qu’ils avaient remarqué dans l'arbre, et
ui depuis longtemps excitait leur curiosité enfantine. Ils le buillérent avec la plus minutieuse attention. ‘“ Ha ! hé ! dit Auguste, viens donc voir, mon frère, ce qu’il y a là de si brillant dans le tissu de ce nid.— Mais vraiment, quel éclat, cela brille comme des diamants !” reprit Albert. Toinette s’approcha aussi, jeta sur l’objet indiqué un regard curieux... ,et poussa un cri: ‘* O Ciel! voilà la bague! ” Et elle devint pe comme la mort. Mes jeunes frères dégagèrent ce
ijou et l’apportèrent à ma mère avec des cris de joie.
‘ Oui, c'est ma bague, disait ma mère. Ah ! honnêle Jacques, pauvre Marie, quelle injustice nous avons commise envers vous |... Je suis certainement bien contente d'avoir retrouvé ma bague ; mais Je serais cent fois plus contente encore si nous pouvions retrouver Jacques et Marie, et réparer l'injustice que nous leur avons faite.
— Mais par | mn hasard extraordinaire, demandaiue a-t-elle pu se trouver dans la
je alors, cette cime de eet arbre
2 2 Be net ri msi PR ag
n MARIE
— Je vais vous le dire, répondit Antoine, notre vieux chasseur, pleurant de joie de voir éc'ater ton innocence : observez d'abord que ni le vieux Jacques, ni sa fille Marie, n’ont pu avoir caché la bague dans œt endroit, et cela est évident, car l'arbre tait trop haut ; ils n'auraient pu grimper jusqu'à la cime. D'ailleurs on ne leur en a pas laissè le temps ; car à peine Marie avait-elle quitté le château, qu'elle fut arrêtée et jetée en prison avec son père. Mais ces oiseaux noirs qui avaient construit leur nid sur cet arbre, les pies, aiment à l'excès tout ce qui brille, et partout où ils peuvent attraper de pareils objets, ils s'en emparent et les portent furtivement dans leur nid. C’est donc un de ces oiseaux qui a dérobé la bague et l’a cachée là. Voilà ce qui est actuellement prouvé.”
Ma mère dit alors : ‘‘ Vous avez parfaitement raison, Antoine ; à présent je me souviens très bien
ue les oiseaux nichés dans ce poirier sont venus réquemment voltiger auprès de ma fenêtre; que, dans le moment où la bague disparut, les croisées étaient ouvertes ; que la petite table sur laquelle je l'avais posée était tout près de la fenêtre, et qu'enfin, après avoir mis le verrou, j'étais allée passer un bon moment dans une pièce voisine. Il ny a poeirt de doute qu’alors un de ces oiseaux voleurs, apercevant du haut de son arbre cet objet brillant, n'ait profité du temps où j'étais occupée dans le cabinet pour emporter la bague sans avoir été remarqué.”
Mon père fut consterné à l’excès quand il acquit d’une manière si surprenante la certitude que ton père et toi vous aviez été condamnés sans être coupables. ‘* Je suis désespéré, disait-il, d'avoir commis une si horrible injustice envers ces braves gens, et si quelque chose pouvait me consoler, ce serait la conviction de n'avoir agi ni par haine ni par méchanceté, mais seulement par erreur. Cependant je ne puis goûter aucun repos jusqu’à ce qu'on ait retrouvé ces malheureuses victimes, et qu’on les ait convenablement réhabilitées et dédommagées de l'injustice qu'on leur a faite.”
MARIE fn
Puis il s’approcha de Toinette seule, pâle, et tremblante comme une criminelle, au millieu de toutes les figures rayonnautes de joie qui nous environpaient, ‘‘ Et toi, serpent maudit, s'écria-t-il avec colère et indignation, comment as-tu osé mentir ainsi à tes maîtres et à la justice, et leur faire commettre une si cruelle erreur? Comment as-tu eu le cœur de précipiter un honnête vieillard et sa pauvre eufaat dans un si grand malheur ?
‘ Qu'on se saisisse de ce monstre ! :jouta-t-il en s'adressant à deux archers qui se trouvaient là, et qui semblaient n'attendre que les ordres de mon père. Allons, qu’on lui mette les mêmes chaines dont Marie fut chargée, qu'on la jette dans le même cachot où Marie a langui, qu’on lui administre le même nonpre de coups que Marie a reçus. Tout ce que cette abominable créature a pu amasser,soit en bijoux, en argent et en habillements, sera confisqué pour servir à dédommager un jour celle qu'elle a fait dépouiller injustement, et enfin que les mêmes archers qui escortèrent Marie conduisent aussi cette misérable, telle que la voilà, au delà de la frontière, sans lui permettre de rien emporter avec elle.”
Ces paroles effrayant tous les spectateurs, ils gardèrent un profond silence. Jamaïs encore on n'avait vu mon père aussi irrité, jamais on ne l'avait entendu parler avec tant de courroux. Au bout de quelque lemps, chacun exprima son sentiment.
“Tu n'as que re que tu mérites, disait l’un des archers en saisissant Toinette par un bras; celui qui dresse des embûches aux autres finit par y tomber lui-même.
— Voilà où aboutissent la tromperie et le mensonge, dit le second archer, saisissant Toinette par l’autre bras: rien n’est si bien caché qu’on ne le découvre à la fin.”
La cuisinière ajouta: ‘‘ Oui, la colère et l'envie sont deux mauvaises conseillères : elles :vaient d’abord entraîné l’imprudente Toinette à commettre un mensonge, sans en prévoir les conséquences, et plus