‹ Marie-Rose, histoire de deux jeunes orphelinesChapitre 15 sur 79 · MORT DE RAPHAËL · texte numérisé non relu

MORT DE RAPHAËL

Le peintrs Raphaël touche à sa dernière heure ;

Triste , le front pensif, je vais à sa demeure ,

Et le trouve étendu sur un lit de douleur.

La mort sur ses beaux traits répandait son haleine;

On le voyait sourire; il nous cachait sa peine,

Pendant qu'il méditait un acte de grandeur.

f)ui! Raidiacl fnt j^rand , nii^mo on quittant la vie !

11 v(nit ^tro conduit par une main amie

A l'atelier témoin de son noble labiMu*.

(♦j La mort de Riipli.-u^l est un nouvel emprunt luit par Reine Garde au reeueil des nouvelles narrations de M. Filon.

(nOTK DK L'ÉDlTEUn.)

Dans ce lieu pour son cœur autrefois plein de charmes, Tout maintenant l'attriste et fait couler ses larmes. «Il faut donc vous quitter, chers objets et la mort..,» Mais tout à coup il voit son chef-dœuvre en ébauche."^ Appuyé sur mon bras, vers le mur il s'approche, Regarde son tableau , le baise avec transport : a 0 toi! qui promettais d'illustrer ma mémoire , « Faut-il donc quavec toi j" abandonne la gloire? » Il se penche sur moi , succombant sous leffort.

Ses yeux restent fermés , et sa bouche s'entr'ouvre ;

D'une pâle sueur son visage se couvre ,

Et parfois on l'entend pousser un long soupir.

Après quelques instants , ce peintre magnanime

Se lève et dit: « 0 mort ! relâche ta victime! »

et son front se déride , on le voit tressaillir.

Rien , plus rien sur ses traits du mourant taciturne :

C'est qu'il reste vainqueur de ce combat nocturne;

C'est que le dieu des arts à lui vient de s'offrir !

Il reporte les yeux sur l'ébauche sublime ,

Et soudain son regard presque éteint se ranime,

D'un surhumain délire il parait transporté.

* Ce chef-d'œuvre est le fameux tableau de la Transfiguration, que Raphaël voulut retoucher avant de mourir. Ce tableau, quoiqu'imparfait , est un objet d'admiration pour les artistes.

(note de l'éditeur.)

Ne pouvant contenir le feu qui le dévore ;

Je suis peintre ^ dit-il : amis , j'éprouve encore

Le besoin de le dire à la postérité ;

Près de mourir, j'entends la voix de mon génie:

« Viens , suis-moi ; d'un instant je prolonge ta vie^

« Consomme , en expirant , ton immortalité. »

Sa voix étonne encor ceux qui l'ont entendue , Elle tient quelque temps leur âme suspendue , Qu'a-t-il prophétisé? se ditchncun de nous. Mais déjà Raphaël à son œuvre s'apprête, Il demande à l'instant ses pinceaux, sa palette. De les lui présenter nous nous empressons tous. Pendant que ce mortel , à la face imposante , Sur son dernier tableau porte une main mourante , Saisis d'un saint respect , nous tombons à genoux.

De la divinité nous sentons la présence ,

Tout bruit cesse ; et chacun, dans un profond silence^

Contemple avec bonheur le peintre merveilleux ;

De notre humanité, rien , non rien ne lui reste;

Il ne tient plus de l'homme, en lui tout est céleste.

Sublime vision , r<^ve mystérieux 1

Sur la toile, au milieu d'un tourbillon de flamme,

11 va i)eindre en mourant ce qu'entrevoit son âme ,

L'Éternel , dont la gloire enveloppe les cicux.

Pendant que cet aspect de plus en plus le frappe, Sa main s'ouvre, et soudain le pinceau s'en échappe Tout son visage alors rayonne de splendeur. Il semble électrisé, sa bouche est sans parole ; Des élus sur son front se pose l'auréole ; Son àme prend lessor : elle touche au bonheur. Et sa main tremble encor sur la toile qui plie : Qu'il jouit dans le ciel du Dieu que son génie Vient de nous révéler dans toute sa srandeur.

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