‹ Marie-Rose, histoire de deux jeunes orphelinesChapitre 14 sur 79 · A MON CHARDONNERET · texte numérisé non relu

A MON CHARDONNERET

ïoi , dont mon seul regard faisait frissonner l'aile ,

Qui m'égayais par ton babil , Hélas I te voila sourd à ma \oix qui tappelle ,

Cher oiseau ! la saison cruelle

De ta vie a tranché le fil.

Ne crains pas que l'oubli chez les morts t" accompagne ,

0 toi , le plus doux des oiseaux !

Tu fus , pendant six ans ^ ma fidèle compagne.

Oubliant pour moi la campagne .

Ta mère et ton nid de roseaux.

Moi, je fus avec toi bien vite accoutumée ;

Nos jeux étaient mon seul loisir.

Lorsque tu me voyais dans ma chambre enfermée,

Tu chantais. A ta voix aimée ,

Mon ennui devenait plaisir.

Dans ta captivité je semblais te suffire;

ïu comprenais mes pas , ma voix.

Mon nom , môme en ton chant , tu savais le redire

Dès que tu me voyais sourire,

Tu le gazouillais mille fois.

L'amour de l'un pour l'autre , il était sans mesure !

Oh î qu'ensemble nous étions bien I Le peu qu'il nous fallait pour notre nourriture,

Je le gagnais à la couture ,

Et nous n'avions faute de rien.

J(^ Nariais tes grains ; ])uis , on forme do gorbo .

C)uand venaient les beaux jours d'été , Tu mo voyais suspendre à ta rage su|)crbe ,

Un cœur do laifno, un brin d'IuTbo,

pour loi . (lu (liiiMip inrnic ai)[iorlo.

Lors(juo je respirais la fraîcheur do la brise ,

A rhonro où finit mon lalxMir, <,)n('j aimais à to \oir d'un air do nii;4nardiso ,

Becqueter une friandise Que je t'offrais de si bon cœur î

Que ne peux-tu savoir combien je te regrette ! C'est par ton \ol qu'à pareil jour

Tu vins rendre la joie à mon àme inquiète ; Et j depuis lors , dans ma chambrette , Ce n'était plus que chants damour.

Oh non ! je ne suis pas insensible à ta perte ; Le temps n'a pu m'en consoler !

Quand je jette un regard sur ta cage entrouverte. Qui , depuis ta mort , est déserte , Mes pleurs ne cessent de couler !

Va j je t'aime toujours en dépit de l'absence ,

Toi qui fus aussi bon que beau I Et la reine des fleurs que Zéphyre balance ,

Avant que le printemps commence,

Ornera ton petit tombeau !

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