‹ Marie-Rose, histoire de deux jeunes orphelinesChapitre 33 sur 79 · A M. DE LAMARTINE · texte numérisé non relu

A M. DE LAMARTINE

Lamartine ! ce nom me réjouit, m'inspire; C'est lui seul en ce jour qui fait vibrer ma lyre.

Par lui l'espoir me fut rendu.

Ne sois plus si triste , ô mon âme!

Ce génie , à la voix de flamme ,

A tes soupirs a répondu !

Reste avec nous poëte au sublime langage , Reste , et que le Prado , cette tranquille plage (*)

De tes chants retentisse encor!

Ne vas pas , loin des yeux du monde,

Dans une retraite profonde ,

Cacher ton astre aux rayons d'or!

[*) La p!age du Prado n'est fréquentée par la populatio» àe Marseille que le dimanche.

Ton astre ! je l'ai vu , moi , simple couturière ; Je n'osais contempler Téclat de sa lumière.

Mais ta yoix rassura mon cœur.

A Dieu bientôt je rendis grâce,

Puisque la pitié trouvait place

Au sein même de la grandeur.

Le silence régnait autour de ta demeure : Nul mortel ne troubla cet entretien d'une heurCc La brise à nos \oix se mêlait :

Quand , par toi Je m'entendais lire , Dans mon cœur, qui toujours soupire, Un fleuve de bonheur coulait.

On eût dit que j'étais de ta noble famille ; Tu ne me traitas pas comme une pauvre fille

Étrangère à tout l'univers ;

Non , une amitié fraternelle,

En faisant mouvoir ta prunelle.

Se réfléchissait sur mes vers.

Je crus voir devant moi Tange de ton génie , Quand ta voix caressante et pleine d'harmonie

Vient me ra\ir et nie cbarmer.

J'entrai dans une douce extase ,

Et du noble feu qui t'embrase

L'ardeur fut prompte à m'enflammer.

Mais le plaisir bientôt en tristesse se change! Je savourais encor le parfum dont ton ange

Embaumait l'enceinte du lieu ,

Lorsqu'en un clein-dœil tous ces charmes

S'évanouirent, et mes larmes

Furent témoins de notre adieu.

Septembre 1846.

A M'" J. VLt^tt

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