A M. DE LAMARTINE
Lamartine ! ce nom me réjouit, m'inspire; C'est lui seul en ce jour qui fait vibrer ma lyre.
Par lui l'espoir me fut rendu.
Ne sois plus si triste , ô mon âme!
Ce génie , à la voix de flamme ,
A tes soupirs a répondu !
Reste avec nous poëte au sublime langage , Reste , et que le Prado , cette tranquille plage (*)
De tes chants retentisse encor!
Ne vas pas , loin des yeux du monde,
Dans une retraite profonde ,
Cacher ton astre aux rayons d'or!
[*) La p!age du Prado n'est fréquentée par la populatio» àe Marseille que le dimanche.
Ton astre ! je l'ai vu , moi , simple couturière ; Je n'osais contempler Téclat de sa lumière.
Mais ta yoix rassura mon cœur.
A Dieu bientôt je rendis grâce,
Puisque la pitié trouvait place
Au sein même de la grandeur.
Le silence régnait autour de ta demeure : Nul mortel ne troubla cet entretien d'une heurCc La brise à nos \oix se mêlait :
Quand , par toi Je m'entendais lire , Dans mon cœur, qui toujours soupire, Un fleuve de bonheur coulait.
On eût dit que j'étais de ta noble famille ; Tu ne me traitas pas comme une pauvre fille
Étrangère à tout l'univers ;
Non , une amitié fraternelle,
En faisant mouvoir ta prunelle.
Se réfléchissait sur mes vers.
Je crus voir devant moi Tange de ton génie , Quand ta voix caressante et pleine d'harmonie
Vient me ra\ir et nie cbarmer.
J'entrai dans une douce extase ,
Et du noble feu qui t'embrase
L'ardeur fut prompte à m'enflammer.
Mais le plaisir bientôt en tristesse se change! Je savourais encor le parfum dont ton ange
Embaumait l'enceinte du lieu ,
Lorsqu'en un clein-dœil tous ces charmes
S'évanouirent, et mes larmes
Furent témoins de notre adieu.
Septembre 1846.
A M'" J. VLt^tt