A MA MANSARDE
DÉDIÉE A M. P. .T. DE BÉRAjN'GER.
Je t'admire , ô Paris , belle et bruyante ville , Je t'admire! et pourtant vers mon modeste asile , Un long soupir s'envole à chaque instant du jour
O ma mansarde !
Pour toi je garde Tout mon amour.
Des plaisirs de Paris je ne suis point avide. L'as[)ect des grands me trouble, et mon regard timide De leurs salons dorés n'ose faire le tour.
O ma mansarde!
Pour toi je gnrdo Tout mon amour.
Beau pays de Provence 1 Ah ! que le temps me dure De revoir ton ciel bleu, de tes champs la verdure. Ce souvenir minvite à presser mon retour.
0 ma mansarde!
Pour toije garde Tout mon amour.
Dans ma chambrette, oh I point de rideaux en étoffe ; Mais lorsqu'en plein hiver le soleil la réchauffe , Elle fait presque envie aux riches d'alentour.
O ma mansarde 1 Pour toije garde Tout mon amour.
Là , sans même entr'ouvrir mon unique fenêtre, Je vois tomber la nuit . je vois le jour renaitre, Et mon cœur sans témoin les bénit tour à tour.
O ma m.ansarde !
Pour toi je garde
Tout mon amour.
A défaut de Sopha , sur ma chaise de paille , Du matin jusqu'au soir, assise, je travaille, Mais aussi nul remords n'habite mon séjour.
O ma mansarde !
Pour toi je garde Tout mon amour.
Là, tranquille, je dors , et m'éveille contente,
En demandant à Dieu , dans mes vers que je chante ,
Juste ce qu'il me faut pour vivre au jour le jour.
O ma mansarde !
Pour toi je garde Tout mon amour.
Paris ne remplit pas les vœux de tout poëte ; Retournons avec joie à mon humble retraite , Dti bonheur, c'est pour moi le chemin le plus court.
O ma mansarde !
Pour toi je garde Tout mon amour.
Paris, 2b février 1851.