‹ Marie-Rose, histoire de deux jeunes orphelinesChapitre 37 sur 79 · A SAINT-POINT · texte numérisé non relu

A SAINT-POINT

Lamartine ! ce nom fait en\ie aux auteurs î Comme ses vers , sa prose a des admirateurs ; Si ses vers portent tous le cachet du génie , Sa prose est séduisante et pleine d'harmonie ; Sa prose ! elle est sublime ; on ne se lasse point De lire son fragment d'un voyage à Saint-Point. Que de fois, en un jour, sans que même il s'en doute, Le lecteur avec lui cherche à se mettre en route! Il croit de ses trois chiens entendre l'aboiment, Voir les bonds répétés de Saphir, (sa jument).

(*) Reine Garde a tiré ce récit d'une lettre do M. de Laniartino à M. I)(;s,^^ig^\ , insérée dans le 10" numéro du Conseiller du Peuple.

(notf. de l'éditeur.)

Elle vient le flairer, dans son regard se mire, Et puis , toute joyeuse en le voyant sourire , A son maître quelle aime , et qui veut la monter, Elle offre ses beaux flancs et se met à trotter.

Suivez le voyageur sur les monts , dans la plaine , Vous dont l'àme pour lui de sympathie est pleine.

Son esprit , dans le vague , est comme enseveli; Sans doute ses regards ont rencontré Milly I Au souvenir si cher de la terre natale, Du cœur de Lamartine un long soupir s'exhale ; C'est qu'en ces lieux où tout le charmait autrefois , L'écho seul, en ce jour, va répondre à sa voix. Il n'y trouvera plus ses parents, dont l'image Sans cesse le poursuit, ceux qui, dans son jeune âge, Le portaient sur leurs bras , se mêlaient à ses jeux , Et dont un seul baiser le rendait si joyeux. Aussi , doublant le pas , de peur qu'on ne le voie , D'un lieu d'où tout a fui, plaisir, bonheur et joie, En répandant des pleurs qu'il ne peut retenir. Lamartine , troublé, se hâte de sortir. Le voyez-vous , tout seul , dans la vaste campagne , Conduire sa jument et gravir la montagne ,

D'où l'on voit le hameau qu'il vient d'abandonner? Et pour lui dire adieu , loin de se retourner, Le noble voyageur, pendant une heure entière , Continue à marcher à travers la bruyère. Cependant de Saphir le pas se ralentit ; Aux yeux du voyageur l'horizon s'agrandit ; L'air est plus pur ; à lui s'offre un immense espace , Tel que du vol de l'aigle on peut suivre la trace. Du haut de ce sommet , du poëte aux cent voix La vue embrasse tout , le ciel , la mer, les bois. Il voit le Maçonnais , les Alpes et la Saône, La Bresse, et du Mont-Blanc, que la neige couronne, Le grand dôme qui semble , à l'aspect du soleil , Se dissoudre et nager dans des flots de vermeil. Puis, reprenant sa marche, aux vallons, aux montagnes, Au ciel bleu d'Italie, à ces belles campagnes, Ornement du tableau qu'il déroule à nos yeux , Le sensible poëte adresse ses adieux.

Plein de leur souvenir, et la paupière humide, Il descend tout pensif par un sentier rapide, Où d'énormes sapins lui cachent l'horizon. Lorsque Saphir tressaille en voyant le gazon ; Car elle reconnaît la charmante vallée Où jadis , avec soin , elle fut élevée. Apercevant du loin les deux tours du chûteau, Le bassin qui l'entoure, et le cristal de l'eau.

Et ces prés verdoyants , où h brebis s"engraisse ,

Vers ces objets Saphir se retourne sans cesse;

Sous le poids de son maître elle se cabre , hennit,

Ronge même du pied le rocher de granit ,

Sur lequel Lamartine avec peine l'arrête.

Mais si ce point de vue enchante le poëte ,

Un sentiment mêlé de joie et de douleur

A laspect de Saint-Point fait palpiter son cœur.

On dirait que , du vent et même de la terre ,

Sort une voix pareille à celle de sa mère.

Tout lui parle à la fois , les arbres et les fieurs,

Ayant cru voir son père entretenir ses sœurs ,

Il n'ose respirer, et pour mieux les entendre ,

D'une tremblante main écartant Iherbe tendre

Il écoute , il attend, et , les larmes aux yeux ,

Il soupire parfois en regardant les cieux ;

Car il sait que celui qui fit le grain de sable ,

Peut décharger son cœur du lourd poids qui laccable.

Rempli de cet espoir, pour le chrétien si doux , Sur l'herbe qui Tentoure il se met à genoux , Le front dans ses deux mains et l'âme recueillie ; Sous cet arbre où tout prête à sa mélancolie, Il médite, il contemple, et le cœur oppressé, Il cherche à soulever le voile du passé , Pour revoir, o bonheur ! ta séduisante image. Charmante illusion , qui berçais son jeune âge ,

iX*

Espoir, doux souvenirs, rêves délicieux,

Vous qu'il semble évoquer, chercher même des yeux

A la voix du poëte , accourez tous en foule !

Il oublie avec vous et l'instant qui s'écoule ,

Et

Il se réveille aux cris d'un vieillard effrayé ,

Qu'il aperçoit au loin , près d'un mur appuyé;

Lamartine, voyant ses gestes d'épouvante.

S'approche du vieillard ; d'une voix rassurante;

« Calmez-vous , lui dit-il , j'ai repris mon cheval ;

(c II avait peur lui-même , et voilà tout le mal.

(c Venez , père Dutemps , je le tiens par la bride. »

Et soudain reprenant son air doux et timide :

« — Vous savez donc mon nom ? dit l'aveugle tout bas ;

« De grâce si cela no vous offense pas ,

« Avant de me quitter, dites-moi qui vous êtes.

« Depuis qu'il a neigé, voyez-vous, sur ma tête,

(( Je ne reconnais plus les hommes qu'à leur voix :

« La votre, je Icntends pour la première fois;

« De vous connaître, aurais-je en ce jour l'avantage?

« — Elle a changé , ma voix , ainsi que mon visage , .

Képond en souriant \v noble voyageur,

Qui regarde ra\«Higle en plaignant son malheur;

« Ma voix , père Dutemps , vous paraît inconnue , ce Cependant, que de fois vous Tavez entendue, « Lorsque, jeunes encor, nous allions chaque jour « Secouer le sorbier planté dans votre cour ; a Et lorsque de ses fruits notre main était pleine , « A votre femme alors , la bonne Madeleine , « Nous allions les porter pour les faire mûrir. »

L'aveugle que ces mots paraissent attendrir (Car une larme roule au bord de sa paupière), Balbutie , et , faisant quelques pas en arrière , Ote son bonnet noir, réfléchit un moment , Puis, d'un air où se peint son grand étonnement : (t — Mais celui qui me parle est donc monsieur Alphonse? Lui dit-il , et sans même attendre sa réponse : (( Oui , d'après son langage , il faut que ce soit lui! (( Car, de tous les mortels qui vivent aujourd'hui , « Lui seul a pu connaître, hélas ! ma pauvre femme, « Qui l'aimait, voyez-vous , mais de toute son àme 1 « Elle en parlait sans cesse : oh! oui, pour le revoir, « Madeleine eût donné notre champ de blé noir, (.< Nos brebis , notre vache et notre maisonnette! « — A mon cœur, lui répond le sensible poëte , (( La voix de l'amitié ne parle point en vain ; c( C'est moi, père Dutemps , donnez-moi votre main ; c( Donnez , contre mon cœur, il faut que je la presse.

(( — Quoi! reprend le vieillard rayonnant d'allégresse, «C'est vous, monsieur Alphonse? est-ce bien vrai, c'est vous

« Je parais incrédule ! oh! c'est que, Yoyez-yous, « L'on vous croyait bien loin, là-bas, dans la grand' ville, « Où la paix se fatigue à chercher un asile ! « D'après certains papiers que nos Messieurs ont ius^ « Chacun disait qu'ici tous ne reveniez plus , « Qu'on vous avait nommé roi de la république ! « Quepartoutles marchands, dans larue, en boutique, « Vendaient votre portrait: puis, après quelques] ours, a Qu'on cherchait à vous mettre en exil pour toujours! « Ah ! que sur votre compte on nous a dit de choses ! « Il m'en souvient , c'était dans la saison des roses; a Arrivant de Paris , un pauvre colporteur, « Certain que votre nom lui porterait bonheur, « Un jour, avec l'aurore, entra dans le village , « Et la nuit l'y surprit à vendre votre image, a Puis il en vint un autre au temps de la moisson ; « Mais celui-là , Monsieur, Tendait une chanson « Faite, hélas! contre vous! Oh! qu'elle était horrible ! <( J'en ai pleuré! Comment , disais-je, est-il possible « Qu'il ait fait tant de mal, et répandu le sang « D'un peuple dont le choix l'a mis au premier rang? « Et puis j'appris plus tard que c'était par malice « Qu'on aN ait dit cela. » — «Partout l'erreur se glisse. Lui répond Lamartine. « Eh! pourquoi s'affliger? « Laissons , laissons au temps le soin de nous juger! • En vainonnousnoircit aux yeuxdcquelqucs hommes: « A chacun d'eux le temps dira ce que nous sommes!

« Bref sur cela , c'est trop nous occuper de nous , « C'est trop , père Dutemps, parlons un peu de vous. <.(. Vous avez , poursuit-il d'une voix fort émue , « Vous avez tout à fait , hélas ! perdu la vue ! (c Du Seigneur, chaque jour, le juste est éprouvé. « Depuis quand ce malheur vous est-il arrivé? « Demeurez-vous toujours dans cette humble chaumière (( Qu'embaume le genêt , qu'entoure la bruyère ? « L'habitez-vous tout seul ? avez-vous des voisins ^( Qui coupent votre blé, qui cueillent vos raisins? « Votre vache, qui donc la garde , et vos ànesses, <{ Qui semblaient de vos mains connaître les caresses? « Et pour y ramolir un peu votre pain bis , « Qui va traire le lait de vos blanches brebis? « Une aimable gaîté sur votre front rayonne. u Comment occupez-vous le temps que Dieu vous donne? « Car Dieu vous en a fait une bien large part. «

c( — J'ai mes quatre-vingts ans, lui répond le vieillard; « De nos brebis on a vendu sept fois la laine, « Depuis que j'ai perdu ma pauvre Madeleine. u Envers moi le destin sans doute a bien des torts , c( Car, après elle aussi, tous mes enfants sont morts, (( Oui, tous ! monsieur Alphonse, excepté Marguerite, a Dont vous avez connu , jeune encor, le mérite. « Elle met son bonheur à soigner mes vieux ans , ¥ A part ce qu'elle doit à ses pauvres enfants ,

Sans père , voyez-vous, car Marguerite est veuve î « Mais loin de murmurer de cette rude épreuve ,

« Quand je veux lui parler de se remarier, « Séchant alors ses pleurs avec son tablier : « Non, je vous aime trop , me dit-elle, ô mon père ! » « C'est Marguerite aussi qui bêche notre terre , « Qui fait le pain de seigle , enfin qui me nourrit , « Avec ses deux enfants , qu'ici chacun chérit. (( A garder nos bestiaux l'un et l'autre s'exerce; (( Nous leur ayons cédé notre petit commerce. « Depuis que Marguerite et moi nous sommes veufs , « Seuls ils vont acheter des châtaignes , des œufs , « Et puis vont les revendre ou dans le voisinage , « Ou bien à la pratique , en bas , dans le village. « Pour moi, je ne fais rien que ce que vous voyez , « Garder l'àne , ou plutôt , croyez Monsieur, croyez « Que c'est l'àne, à son tour, aujourd'hui qui me garde. « De venir nous chercher, le soir, lorsqu'on retarde, (' Il brait , ou vient frotter sa tête contre moi, « Ainsi qu'un petit chien, comprenant trop pourquoi, (( Je me lève à l'instant, et m'appuyant sur l'àne , « Nous nous en revenons ensemble à la cabane, " Où ()Our tous Marguerite apprête le repas.

'< — Mais le temps, (juel(|uefois, ne vousdiirc-t-il pas, « Toujours seul dans les champs? dit alors le poi'te. (' — Jamais, reprend l'aveugle en remuant la tête; •' liien que je sois si prè's d Cnticrdans le tombeau, .' Jaiuai^ji' lie m Ciinuic ; et puis, (juand il l'ail beau,

« Contre un mur,au soleil, je viens prendre une place,

« Et là . dans mon esprit, chaque objet se retrace;

« Je contemple à loisir le château , le clocher

« Notre petit village, et , sans m en approcher,

(i Je vois même dici chaque feu quon allume

« Aux heures des repas . chaque maison qui fume ;

u Je vois tout ce qu'a fait le Créateur des cieux ,

(^ Comme je le voyais autrefois de mes yeux.

« Non , mon âme jamais ne demeure isolée ;

« Je parcours en esprit la riante vallée

« Où je vois pâturer l'àne à côté des bœufs ,

« Et l'oiseau dans son nid , prêt à pondre ses œufs ;

« Je connais, à son vol, chaque petite béte,

« Son nom et sa couleur sont gravés dans ma tête ;

c( Quelles planent dans lair ou sur l'épais gazon,

« De chacune la voix m'annonce la saison :

< Leur voix, croyez-le bien, rend mou âme conlente,

«< Et me sert d'almanach : lorsque le coucou chante ,

(^ Je me dis tout de suite : avril est sur sa fin ;

« Lorsque du rossignol j'entends le doux refrain :

<-. Avec le mois de mai , voici les fleurs écloses ;

« Lorsque le hanneton bourdonne autour des roses :

« La Saint-Jean n'est pas loin, me dis-je en l'écoutant;

u Quand la cigale va d'arbre en arbre en chantant :

^' Le mois d'août va venir ; lorsque j'entends la grive:

« Avec les vendangeurs l'automne , dis-je , arrive ;

« Quand la corneille, enfin, croasse aux alentours,

« Je dis : Voici l'hiver, voici les petits jours.

« Vous le voyez , Monsieur, jamais je ne m'ennuie , « Si je ne puis sortir à cause de la pluie , « Eh! n'ai-je pas toujours un chapelet sur moi? « Qui pourrait s'ennuyer en parlant à son Roi? « Ainsi, vers le tombeau, calme ^ je m'achemine. »

(( — Mais l'hiver, lui demande à son tour Lamartine, (( Que faites-vous?» — «L'hiver? il me dure bien peu , « Monsieur ; car je le passe assis auprès du feu, « Où j'écoute en silence et le bois qui pétille , « Et chacun des enfants qui travaille ou babille. « J'aime entendre surtout le bruit de leurs sabots, (( Quand ils viennent au feu mettre de bons fagots ; '( Et puis , dans la maison , je sais me rendre utile « Quoique aveugle , pendant que Marguerite file , « J'égraine le maïs , ou j'écosse les pois. « Seulement, des amis j'aimerais quelquefois, « Et surtout à présent , à revoir le visage, *< Ah ! dites , dites-moi , sans tarder davantage , <( Les avez-vous toujours, ces beaux cheveux châtains '( Que bouclait votre mère, et que, tous les matins, (( La brise éparpillait sur vos l)lanches épaules, Quand vous vonioz nous voir, on courant sous les saules?

■' — Ifélas! \ù'VG Dutemps , (juc mo diles-vous là? « Sur ces che\('ux cliàlius il a neigé déjà. « Tout, darjs le jeune cîifant, change avec les aimées ; '( Ainsi, par cliaiiiic hiver, les feuilles sont fanées. »

« Navez-vous pas toujours, Monsieur, ces deux chevaux « Si légers , si mignons , tous deux enfin égaux , « Qui n'étaient , disait-on , ni rétifs ni sauvages , « Et ramenés par vous du pays des rois mages?

« — Aux animaux l'ennui comme auxhommes fait mal; « Aussi , loin du soleil de leur pays natal , « Et même, loin de moi, bien plus que de vieillesse, (( Père Dutemps, ils sont tous deux morts de tristesse I

« — Et ces vignes , Monsieur, cette belle maison , « Ces prés fleuris , ces bois qui touchent l'horizon , « Dites, serait-il vrai que vous allez les vendre? Sans un profond chagrin je ne saurais l'apprendre.

^ — Dieu, voyez-vous, est Dieu! Comme hier, aujourd'hui, « Les terres , les maisons , les bois, tout est à lui ! « Et , s'il en est ainsi , qui donc peut se promettre ce Que ces biens n'auront pas demain changé de maître? <{ De nous, père Dutemps, lorsqu'on vous parlera , « Dites que nous voulons tout ce que Dieu voudra 1 « Et vous , qui nous aimez ; de mon vertueux père « Souvenez-vous toujours, de mes sœurs, de ma mère,

« De ma femme, et de moi qui vous suis attaché

« Adieu, père Dutemps, votre accueil ma touché. »

Et . du vieux coquetier qui s'émeut et l'écoute Lamartine s'éloigne et se remet en route.

De penser au vieillard il ne se lasse point ; Mais voyant qu'elle est près d'arriver à Saint-Point, Saphir galope; au bruit de ses pas sur les pierres, Les jeunes étalons , les poulains et les mères , De leur âge oubliant les divertissements , Viennent la saluer de leurs hennissements ; Et , joyeux de revoir leur ancienne compagne , Aux portes de l'enclos, chacun d'eux l'accompagne.

Mais le poëte , hélas ! nul au-devant de lui , Pour fêter son retour, ne s'avance aujourd'hui. Du château dont la porte est à demi fermée , On le voit s'approcher... Pas une voix aimée Ne répond à la sienne 1 II n'est point attendu! Seulement un vieux chien , sur le seuil étendu , Se lève, et jusqu'à lui péniblement se traîne ; Pour mieux lui faire voir qu'il prend part à sa peine, Il lui lèche les mains , et se met à gémir ; Lorsque, reconnaissant et son maître et Saphir, Toute joyeuse alors , une vieille servante , , A Lamartine, enfin , en boitant se présente, Et lui fait un accueil doux , tendre, familier ; Puis , posant sa quenouille au bas de l'escalier, A Sa])hir secouant son éj)aissc crinière , Sans se le faire dire, elle ouvre la barrière , La lance dans l'enclos, et revient sur ses pas. Après l'ordre donné pour son frugal repas.

Dans les appartements Lamartine seul monte Tout triste, sans pouvoir même se rendre compte Du trouble qui dès lors s'empare de ses sens. Il ouvre les volets fermés depuis trois ans , Et de pleurs à l'instant sa paupière est humide , Car, avec plus de jour, il en voit mieux le vide 1

11 descend à Fenclos , le parcourt , et soudain ,

Pour y rêver à Taise entre dans le jardin ,

Où chaque source entonne une note de joie ,

Qu'en son rapide cours lune à l'autre renvoie.

Ces arbres pleins de nids , aux quatre vents ouverts,

Ces rayons de soleil qu'il chante dans ses vers,

De môme qu'autrefois le plongent dans l'ivresse ,

Et , pour s'y dérober, sous la feuillée épaisse

Il se promène ; puis , à l'angle d'un tombeau

De lierre tapissé , s'arrête de nouveau.

11 s'incline , et collant son front contre la pierre ,

Jusqu'à la nuit tombante, en forme de prière ,

A tout ce qu'il avait de plus cher ici-bas ,

De parler à voix basse il ne se lasse pas 1 . . .

Pourrions-nous demander à la nuit , au silence .

De nous initier à cette confidence'?

Le silence , la nuit, n'en savent rien ! Lecteurs ,

La tombe a ses secrets : ne troublons pas ses pleurs 1

Juin 1830.

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