A MADAME E. A
Toi par qui ma main fut pressée, Toi que je me plais à bénir, Jeune femme, de ma pensée L'oubli ne saurait te bannir.
A ton foyer à peine assise,
(11 doit t'en souvenir encor) Ma muse de toi fut éprise, Elle t'aima de prime abord
Que de grâce dans ton sourire, Et dans ton regard velouté Qu'il me fut doux de pouvoir lire La confiance et la bonté!
Distinction, noblesse d'âme.
Sentiments tendres et pieux.
Charmes enivrants de la femme, Tout s'échappe à flots de tes yeux.
Ta voix réjouit tout mon être, Et fait éprouver à mon cœur Une paix profonde, un bien-être, Quelque chose enfin du bonheur.
Heureuse et libre en ta présence, Mon âme à la tendre amitié Dont tu sus lui faire l'avance, Ne s'est point ouverte à moitié.
P Oh ! non, avec joie et délice,
J'ai bu goutte à goutte le miel Versé par toi dans mon calice ;
■ Ton amitié!... mais, c'est le ciel!
A MADAiME D.
Tu ne m'apprends rien, jeune femme Dans tes regards les miens ont lu Ces mots déchirants pour ton âme :
Mon enfant bien-aimé n'est plus î
Ton fils ! de même que l'orage Fond sans pitié sur l'arbrisseau, Le mal dans son aveugle rage Vint l'abattre sur son berceau
Près de succomber à la peine, Lorsque la souffrance Tendort, Tu voudrais boire son haleine.
Et suppliant vingt fois la mort :
A ma tendresse maternelle.
Lui dis-tu, ne le ravis pas!
Mais, en le frappant, la cruelle, De tes larmes se rit tout bas.
Pour ton cœur (^uc rci)reuve est dure!
Une mère seule comprend
La profondeur de ta blessure,
Et combien ton malheur est grand !
A tes yeux la vie est sans charmes, Tu voudrais... à quoi songes-tu?
Vers celui qui sèche les larmes Relève ton front abattu !
Ta vie est à ce qui te reste...
Pour t'aider à porter ta croix,
Au bord de la voûte céleste
Ton fils se penche!... entends sa voix
« Pourquoi cette douleur amère?
« Ce chagrin qui voile tes yeux?
<i Ne sais-tu pas que de la terre « J'ai pris mon essor vers les cieux?
« Je vois le bon Dieu face à face.
« Je m* enivre de sa beauté, « Et puis, mère tendre! une place « T'est réservée à mon côté ! »
NONAGENAIRE
Vieillard que ma muse vénère, Tes strophes pleines de fraîcheur, De vœux ardents pour son bonheur, Ont su de la pauvre ouvrière Émouvoir le sensible cœur.
Que j'aime entendre ta voix douce !
La philosophie et les vers, Sont les armes dont tu te sers Contre la terrible secousse De tes quatre-vingt-dix hivers.
Que ta personne et ton langage Gardent jusqu'au dernier moment Ce je ne sais quoi de charmant Qui faisant oublier ton âge, Te dérobe à l'isolement.