‹ Marie-Rose, histoire de deux jeunes orphelinesChapitre 69 sur 79 · PEINTRE · texte numérisé non relu

PEINTRE

Des larmes de reconnaissance, De joie et d'attendrissement Inondent le tableau charmant, Où tu me remets en présence

Du plus beau jour de mon enfance; J'en suis dans le ravissement!

Qui plus que toi me dédommage D'un passé par trop douloureux?

En peintre habile et généreux, Tu me fais voir Rose, à cet âge Où nos deux cœurs, loin de l'orage, A l'unisson battaient heureux.

Tu me rends sa douce figure Qu'avec tant d'amour je baisais, Ses yeux dans lesquels je lisais.

Son air avenant, sa tournure, Jusqu'à sa brune chevelure Que matin et soir je lissais.

Combien sa pose est naturelle !

Malgré sa robe de cadis',

Ses sabots lourds et sans vernis,

Combien Rose-Marie est belle

En ton œuvre, où tout me rappelle

Le premier jour où je la vis!

Et tu ne l'aurais pas connue?

Puis-je le croire? est-ce réel?

Non, le portrait de Rose est tel, Que, pour Favoir ainsi rendue, Il faut que ta muse l'ait vue Ou sur la terre, ou dans le ciel.

Ma joie en ce jour est complète.

Par l'hommage de ce tableau, Né de ton habile pinceau,

Page 1