AUX TROUVÈRES
BÉCNIS A AIX EN PROTENCE LE 51 AOUT 1853
« Messieurs, en ce beau jour de fête, ma Muse s'est peut être un peu trop fait tirer F oreille pour se rendre à votre invitation. Mais que voulez-vous,
Amo la pichouno chambretto
Ounte demouram toueis doues.
Aquito,luench. doùbruch, doùdiminche au diminclït»,
leù la poutouneje, l'espinche, Et maùgra tout acot, jamai me mando au boues.
Es ma coumpagnetto cherido !
Sènso ello, meis amis, qu'aùriet fach de la vido, Un ètro coumo ieù ?
Va sabi pas ; mai lou bouen Dieu,
Que prend souin de tout ce qu'es sieù, Lou bouen Dieu, en me viant coumo un ladre souletto
En aquelo dameiseletto, Fet oùblidar lou ciel per espassar meis jours.
Sus d'esto terro de doulours,
M'a servi de paire, de maire.
Meis pèds et ma lenguo, pecaire I
Tout beù just sourtient d'où mayoù.
Que d'où bèn me venguet ensegnâr lou drayoù.
la pauvrette aime avec passion la mansarde que nous habitons ensemble! Là, loin du bruit, du dimanche au dimanche, je ne me lasse ni de la caresser, ni de la dévorer du regard, sans que jamais, importunée de mes empressements, elle m'envoie promener au bois. C'est ma compagne chérie! sans elle, mes amis, qu'aurait fait de l'existence un être comme moi? »
« Je ne sais; mais le bon Dieu qui prend soin de toutes ses créatures, en me voyant si délaissée, fît oublier le ciel à cette gentille muse, pour tromper mon isolement. Sur cette terre de douleur, elle m'a tenu lieu de famille. Hélas! je sortais à peine du berceau, qu'elle m'a montré le droit chemin. Par
Per ello souletto, ai estado
Educado.
Oh ! que de peno s'es dounado !
L'ai jamai visto prendre un moument de repaù. Per coupar plus court, franc d'où maù, A tout fach per me rendre hurouso.
Aro, moun avenir me poùt plus far lagnar ; Mai, per ma vido gagnar, Maùgra que foûssi malaùtouso.
Quand me fouliet d'un caire à l'autre vanegar, A riiuro ounte lou gaù d'où vesin se revilho, Aquel angi d'où ciel me disiet à l'aùrilho : « Per la melancounie, prèn bèn gardo , ma filho,
« De te leissar roùbar l'espouar !
« Souffrisse eme patienço ! et d'où beù que toun couai',
« Sus leis espinos, « Per la man d'où malhur se sente baruelar, « Sus Icis proumcssos divinos.
elle seule j'ai été élevée. Que de peine elle s'est donné pour' moi ! Je ne l'ai jamais vue prendre im instant de repos; eu un mot, elle a tout fait pour me rendre heureuse. Maintenant, je n'ai plus de souci pour mon avenir; mais quand, pour gagner mon pain, il me fallait, quoique malade, me traîner de maison en maison, et souvent travailler jusqu'à l'heure où le coq du voisin se réveillait, cet ange du ciel me disait à l'oreille : « Garde- « toi, ma fille, de te laisser ravir l'espoir par une « noire mélancolie ! SouÔre avec patience, et dès « que ton cœur sent l'atteinte des épines de la vie, « cours t'appuyer sur les promesses divines ! Dieu,
« Courre leù t'apielar !
« Dieu, nous dis la Santo-Escrituro, « Eis pichouns deis aùceùs que bècount pas soulets ,
« Dins sais nis, pouaije la pasturo !
« Que fara per sa creaturo,
« S'es tant bouen per leis aùcelets ? » Muso, disies verai ! Dieu m'a pas oùblidado !
Mai aùssito, d'où beù que vieù Un malhurous queplouro, adreissats vous, li dieu,
Au mèstre de la destinado.
Lou sort es un juguet dintre leis mans de Dieu !...