A MONSIEUR G DE S
Mon cœur vous confia son douloureux martyre ,
Jeune homme , et ce n'est pas en vain :
Car pour en arracher le trait qui le déchire, Vous m'avez offert votre main.
C'est l'espoir de calmer et ma peine incessante
Et le destin trop rigoureux , Qui vous fit dire un jour à ma muse naissante :
Espère un avenir heureux.
Merci donc , oh ! merci , j'accepte le présage ,
II n'en est pas de plus certain.
Voguez, voguez, mes vers, ne craignez point l'orage;
II m'a dit: le ciel est serein.
A MES HIROiNDELLES
L"hiver au doux printemps vient de céder la place Mars de sa tiède haleine a rechauffé lespace ,
La prairie étale ses fleurs ;
Revenez donc , mes hirondelles ,
Ne me soyez point infidèles ,
Revenez : le bruit de vos ailes
A l'instant suspendra mes pleurs,
Le destin vous protège, oiseaux de bon augure. Pour vous faire admirer de la belle nature , Le sublime et pompeux réveil ,
Zéphir dans son char vous ramène : Il souffle et sa légère haleine Suspend Yotre rohe d'ébène Aux rayons de Tastre vermeil.
Dirigez votre essor vers la belle Provence ;
Plus longtemps je ne puis supporter votre absence j
Hâtez , hâtez votre retour :
Sans prétendre au nom de poëte ,
Des fenêtres de ma chambrette ,
Je salùrai ce jour de fête
Par des couplets remplis d'amour.
Arrivez à bon port, charmantes voyageuses !
Que l'arme du chasseur sur vos plumes soyeuses N'ose lancer le plomb fatal !
Fuyant l'impétueuse fronde , Rasez les cieux , la mer profonde ^ Et puis , en tournoyant sur l'onde , Mirez-vous dans son beau cristal.
De votre blanc duvet vos nids sont pleins encore ; \'('nez-y reposer dcniaiii a\ant l'aurore;
S'il in'anivail de ni'ouljliiT,
Que votre cliant plaintif m'éveille ,
J'irai vous ofiVir ma corbeille ;
Kt de mon pain bis de la mmIIc
V'oiis j)()urr('/ vous rassasier.
J'assistais à vos jeux : cette douce habitude , De mes longs jours charmait la triste solitude ;
Je veux en être encor témoin.
De cette main que nul ne presse
Venez quêter une caresse ,
Mon cœur d'épancher sa tendresse
Éprouve en tout temps le besoin.
Vous redirai-je assez combien vous m'êtes chères , Combien mes vœux pour vous sont ardents et sincères!
Venez vous fixer pour toujours
Sous ma vieille et mince toiture ;
J'ai pour voisine une onde pure,
Du grain pour votre nourriture ,
Des nids pour cacher vos amours.
Laissant au rossignol les ombres du bocage, Dans mes vases garnis de fleurs et de feuillage ,
Gazouillez du matin au soir :
Je veux que chacune en dispose ,
Et pour mieux becqueter la rose,
La giroflée à peine éclose ,
Perchez-vous sur mon arrosoir.
Est-ce vous qui rasez ces antiques tourelles ? Revenez promptement , mes chères hirondelles : L'ennui pèse à mon front rêveur.
Une sombre mélancolie Environne ma triste \ie.
Revenez : votre compagnie Donne la paix et le bonheur.