‹ Marie-Rose, histoire de deux jeunes orphelinesChapitre 9 sur 79 · A MONSIEUR G DE S · texte numérisé non relu

A MONSIEUR G DE S

Mon cœur vous confia son douloureux martyre ,

Jeune homme , et ce n'est pas en vain :

Car pour en arracher le trait qui le déchire, Vous m'avez offert votre main.

C'est l'espoir de calmer et ma peine incessante

Et le destin trop rigoureux , Qui vous fit dire un jour à ma muse naissante :

Espère un avenir heureux.

Merci donc , oh ! merci , j'accepte le présage ,

II n'en est pas de plus certain.

Voguez, voguez, mes vers, ne craignez point l'orage;

II m'a dit: le ciel est serein.

A MES HIROiNDELLES

L"hiver au doux printemps vient de céder la place Mars de sa tiède haleine a rechauffé lespace ,

La prairie étale ses fleurs ;

Revenez donc , mes hirondelles ,

Ne me soyez point infidèles ,

Revenez : le bruit de vos ailes

A l'instant suspendra mes pleurs,

Le destin vous protège, oiseaux de bon augure. Pour vous faire admirer de la belle nature , Le sublime et pompeux réveil ,

Zéphir dans son char vous ramène : Il souffle et sa légère haleine Suspend Yotre rohe d'ébène Aux rayons de Tastre vermeil.

Dirigez votre essor vers la belle Provence ;

Plus longtemps je ne puis supporter votre absence j

Hâtez , hâtez votre retour :

Sans prétendre au nom de poëte ,

Des fenêtres de ma chambrette ,

Je salùrai ce jour de fête

Par des couplets remplis d'amour.

Arrivez à bon port, charmantes voyageuses !

Que l'arme du chasseur sur vos plumes soyeuses N'ose lancer le plomb fatal !

Fuyant l'impétueuse fronde , Rasez les cieux , la mer profonde ^ Et puis , en tournoyant sur l'onde , Mirez-vous dans son beau cristal.

De votre blanc duvet vos nids sont pleins encore ; \'('nez-y reposer dcniaiii a\ant l'aurore;

S'il in'anivail de ni'ouljliiT,

Que votre cliant plaintif m'éveille ,

J'irai vous ofiVir ma corbeille ;

Kt de mon pain bis de la mmIIc

V'oiis j)()urr('/ vous rassasier.

J'assistais à vos jeux : cette douce habitude , De mes longs jours charmait la triste solitude ;

Je veux en être encor témoin.

De cette main que nul ne presse

Venez quêter une caresse ,

Mon cœur d'épancher sa tendresse

Éprouve en tout temps le besoin.

Vous redirai-je assez combien vous m'êtes chères , Combien mes vœux pour vous sont ardents et sincères!

Venez vous fixer pour toujours

Sous ma vieille et mince toiture ;

J'ai pour voisine une onde pure,

Du grain pour votre nourriture ,

Des nids pour cacher vos amours.

Laissant au rossignol les ombres du bocage, Dans mes vases garnis de fleurs et de feuillage ,

Gazouillez du matin au soir :

Je veux que chacune en dispose ,

Et pour mieux becqueter la rose,

La giroflée à peine éclose ,

Perchez-vous sur mon arrosoir.

Est-ce vous qui rasez ces antiques tourelles ? Revenez promptement , mes chères hirondelles : L'ennui pèse à mon front rêveur.

Une sombre mélancolie Environne ma triste \ie.

Revenez : votre compagnie Donne la paix et le bonheur.

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