MIAMI
En croirai-je me* veux? loi rlans cette maison. Arnould, toi que I on croit à Lille en garnison?
ARNOULD
Moi-même, Mariane.
■ARIANE
Et sans ton uniforme?
Aurais-tu par hasard un congé?...
ARNOULD
De réforme.
Adieu tous les lauriers promis à ton cousin!
Tu me quittas héros, tu me revois Crispin.
■ARIANE
Toi, Crispin?
ARNOtTLD.
Si tu veux me prendre A ton service, Tu n'nurw pas, ma rhère, un serviteur novice.
manteau des Crispin* depuis six mois couvert. Un nouvel avenir devant moi s'est ouvert.
Je renonce à jamais a Ip gloire des armes.
Moi, répandre du sang, faire couler des larmes! Tuer de* braves gens à qui je n'en veux pas ’ Quand je voudrais courir, forcé d'aller au pus, Attendre à tous moments qu'un boulet malhonnête Me prive de ma jambe, ou même de ma tête î —
Ce rôle, vois-tu bien, est trop brillant pour moi :
Je ne me sens point né pour un tragique emploi. Mais j'ai pour divertir et loges et parterre Une ardeur sans égale et toute militaire.
J'ai donc trouvé moyen d'obtonir mon congé:
Au théâtre du Mans jo me suis engagé.
Mon succès fut immense... é gloire trop frivole!
Des habitant* du Maine en vain j'étais l'idole;
Bn vain de leur gatté j’oxcilais les éclats ;
Des rires de province aujourd'hui je suis lut Il faut è mon orgueil ceux de la capitale.
Et qu'un ordre du roi dans sa trottpa m'installe.
Ce n'est pas tout : de toi Crispin est amoureux,
Et sans loi, lu le sais, ne pourrait être heureux. J’entends donc qu’à mes vœux mon père plus propice Par un bon mariage au plus tôt nous unisse.
Voilà mon plan, voilà mes projets d’avenir,
Et pourquoi dan* ces lieux tu me vois revenir.
■ARIANE
Dans ta tète vraiment tout s'arrange à merveille,
U FAMILLE POISSON
Et l'on n’a vu Jammu confiant» pareille.
Sur quoi la fondes- Lu, s’il le plaît? dis-le-moi,
De monsieur Paul Poisson je dépends comme loL Il est tout à la fois mon tuteur et ton père :
Ma pauvre mère avait en lui le meilleur frère. Lorsque je la perdis, qui devint mon soutient?
Ce fut lui, tu le sais : aussi je l'aime bien.
D’un second père en lui j'honore la puissance;
Je lui dois mon respect et mon obéissance.
Comment à nous unir pourrait-il donc penser, Quand ton retour ici ne peut que l'offenser?
Crois-tu qu'il te pardonne une telle incartade? Sous- lieutenant, tu vas renoncer à ton grade Pour un état qui t'est par lui-méme interdit.
Ton père à tout le monde a mille fois redit Que, tant que sa raison, grâce â Dieu, serait sains, Il saurait t'empêcher de monter sur la acAoe. Comment recevra-t-il on fils si peu soumis?
ARNOULD
A mon frère Philippe enfin il t'a permis.
■ARIANE
H prétend que ton frère a d'une race illustra Par son peu de talent terni l'antique lustre.
Il ne veut pas qu'un nom dont il est orgueilleux. Que son père et lui même ont rendu si fameux,
Que son nom de Poisson, glorieux héritage,
Soit par son autre (Hs compromis davantage.
ARNOULD
Parce que mon cher frère a trop peu de talent,
On veut m'empêcher de Ire un acteur excellent.
MABtANI.
Modeste surtout.
ARNOULD
Non; mais juste envers lui-mème.
Mon grand-père Raymond, que dit-il? car il m'aime; Souvent contre mon père il prenait mon parti.
«ARIANI.
Et son amour pour toi ne s'est point démenti.
Co n’est nas qu’à tes goûts il souscrive ; au contraire : Aux pénis du théâtre il voudrait te soustraire ;
Il craint trop pour ton âme en un métier pareil.
Si Ion avait jadis écoulé ron conseil,
On eut. pour contenter sa pieuse tendresse,
Au fond d'un séminaire enfermé ta jeunesse.
ARNOULD
Ces bons parents, je sais toutes que je leur dois;
Mais pour prendre un état c'est moi seul que je trois. J’ai pour être guerrier l'humeur trop débonnaire,
Et l'esprit trop bouffon pour vivre au séminaire. L'immuable destin marqua ma place ailleurs.
J’obéis à ma verve, Ames instincts railleurs.
Au démon qui sans cesse â mon âmo charmé®
D'un père et dun aïeul contant la renommée,
Et du doigt me montrant le Théâtre-Français,
Mo promet leurs talents, mo prédit leurs succès,
Me dit que tût ou lard, quoi qu'on dise ou qu’on fasses Je les égalerai, si je no les efface.
■ARIANI.
Vains rêves 1 ce que veut ton père, il le veut bien. Penses-tu le fléchir? Comment ? par quel moyen?
Si sans ton uniforme il te voyait paraître,
De son courroux, je gage, il no serait point maftro;
II to mettrait dehors sans vouloir t'écouler.
ARNOULD
Vraiment? de ton avis je saurai profiter.
■ARIANI.
Mats explique- moi donc une chose, de grâce!
ARNOULD
Quoi?
■ARIANE
Depuis quelque temps pas un mois no se pisse Qio nous ne recevions une lettre de loi.