‹ Marie Stuart et Catherine de Médicis: étude historique sur les relations deChapitre 102 sur 215 · Mémoire de La Mothe-Fénelon, aux Pièces jtistificatives · texte numérisé non relu

Mémoire de La Mothe-Fénelon, aux Pièces jtistificatives

4. Ms. de la Bibl. imp., f. Béthune, n» 8811 , fol. 66 verso. Lettre du 17 mai 1583.

NÉGOCIATIONS DE GASTELNAU (1583). 99

envers la reine d'Angleterre et ceux de son conseil, suivant la prière que vous en a fait ma sœur la reine d'Ecosse, pour sa liberté. Toutefois il faut que vous alliez retenu en cette affaire, sans en faire plus autrement poursuite, afin que cela ne soit pas cause de mettre en soupçon de moi icelle dame reine d'Angleterre et ceux de son conseil. Bien veux-je que vous faites toujours tous les bons offices que vous pourrez pour ma bonne sœur la reine d'Ecosse et suffira d'en user ainsi. Car aussi bien ne faut-il pas espérer que cette négociation réussisse, estimant qu'ils ne laisseront jamais sortir ma sœur la reine d'Ecosse, pendant que cette reine vivra. » Dans une lettre postérieure , Henri III insiste encore sur cette pensée : « Je ne pense pas qu'on la laisse jamais aller en liberté, tant que la dite dame reine d'Angleterre vivra*. » Il semble même , autant qu'on peut deviner la honteuse pensée qui se cache sous l'ambiguïté des mots, il semble que Henri III, comme sa mère Catherine de Médicis, se souciait peu de la liberté de sa bonne sœur d* Ecosse, Il demande quelques adoucissements à sa captivité, un chapelain catholique pour l'assister *, un traitement moins rigoureux'; mais de liberté, pas un mot.

Gastelnau ne se prêta pas à cette indigne politique. Il travaiUa avec zèle, quoique sans espérance, à délivrer Marie Stuart. Trois commissaires avaient été chargés par Elisabeth de négocier avec Marie. C'étaient Beale, beau-frère de Walsingham , Shrewsbury, préposé à la garde de la reine d'Ecosse, et Walter Mildmay, membre du conseil d'Angleterre*.

1 . Lettre du 28 juin 1583. — Bibl. imp., f. Béthune , n» 8811 , fol. 70 recto et verso. Voy. encore fol. 73.

2. Ibidem^ fol. 64 recto. La demande est faite en termes calculés pour ne pas blesser la susceptible Elisabeth : a Vous luy direz , quand vous verrez qu'il sera à propos, qu'elle doibt prendre en bonne part ceste mienne prière. »

3. Ms. de la Bibl. imp., f. Béthune, n*> 8810, fol. 75 recto; n« 8811, fol. 26 recto, 63 verso, etc.

4. Voy. Pièces justificatives, lettre de Castekiau du 16 mai 1583. Cf. le S<ymmaire des négociations que j'ai publié également avec les Pièces

100 NÉGOCIATIONS D'ÉLISABËTU

Pendant trois mois , on discuta les conditions du traité avec une apparence de sincérité. Mais Elisabeth se réservait un moyen de rompre les négociations , dès qu'elle le jugerait convenable , en exigeant l'approbation des Écossais qui n'agissaient que par son influence. Castelnau avait depuis longtemps signalé cette duplicité*, et il porta principalement son attention sur la ligue qu'Elisabeth voulait conclure avec l'Ecosse. Cette dernière négociation avait un caractère tout autrement sérieux.

L'ambassade écossaise , qui arriva à Londres au mois de mai 1583, se composait du colonel Stuart, de J. Colvil et d'un ministre protestant, David Lindesay. Le premier était un pauvre aventurier •, fils bâtard d'un seigneur écossais , qui , au moment de l'attentat de Ruthven , avait gagné la confiance de Jacques VI, s'était fait nommer colonel de la garde payée par Elisabeth, et venait « de se bâtir une ambassade en Angleterre, » où il fut reçu comme un prince*. Les deux autres ambassadeurs étaient dévoués à la faction anglaise, et chargés de surveiller le colonel Stuart, dont les protestants se défiaient, non sans raison. Castelnau chercha d'abord à gagner ce partisan équivoque de l'alliance anglaise. Mais le colonel Stuart refusa toute entrevue avec l'ambassadeur français pour ne pas éveiller les soupçons de ses collègues. Castelnau ne réussit pas mieux auprès du principal ministre d'Elisabeth ,

justificatives. C'était Marie Stuart elle-même qui l'avait envoyé à Castelnau ; Lettres de Marie Stuart, t. V, p. 349.

1. Pièces justificatives ; lettre de Castelnau du 16 mai 1583.

2. Ibidem; lettre de Castelnau du 24 mai 1 583. Le témoignage de Castelnau sur le colonel Stuart s'accorde avec le récit de Melvil {Mémoires, t. II, p. 11M12, trad. fr.) , et avec celui de de Thou : a Stuartus nobilis cujus- « dam nothus filius. » Thuan., lib. LXXXIII. — P. F. Tytler [Hist. ofScotland , t. VIII, p. 135) a donc eu tort de faire du colonel Stuart le frère de Stuart d'Ochiltree , comte d'Arran : « Colonel Stewart , the brother of the Earl of Arran. » Il l'a confondu avec Guillaume Stuart, qui figure dans les troubles de 1585.

Page 1