FERMETÉ ET SAGESSE DE MELVIL
trécir l'esprit qu'à élever et purifier l'âme. Tous deux, jaloux de leur puissance, en abandonnèrent cependant l'exercice à des ministres. Mais la fortune de la France donna à Louis XIII un grand homme; Jacques ne trouva dans Buckingham qu'un ministre arrogant et vaniteux, haï du peuple anglais et odieux aux cours étrangères, que blessaient l'orgueil de son faste et son insolente fatuité.
Jacques était encore loin de l'époque qui devait réunir sur sa tête les couronnes d'Ecosse et d'Angleterre, mais déjà son caractère se manifestait. Tour à tour maître despotique ou esclave couronné, il s'était montré astucieux et même perfide à un âge où l'instinct et la passion sont d'ordinaire les seuls mobiles des honmies. Dans les premiers temps qui suivirent sa délivrance , il se laissa guider par les conseils d'un ministre ferme et modéré , J. Melvil , accorda une amnistie aux conjurés de Ruthven, visita leur chef, le comte de Gowrie , ,et s'efforça par la sagesse de son gouvernement de rétablir la concorde entre ses sujets*. La délivrance et la conduite de Jacques causèrent autant de joie à Castelnau et à Marie* que de chagrin et d'inquiétude à Elisabeth. Cette reine voyait encore une fois l'Ecosse lui échapper, et cela dans les circonstances les plus graves , au moment où le duc d'Anjou était chassé des Pays-Bas, où le prince de Parme venait de s'emparer de Dunkerque, « étoit redouté comme un victorieux et favorisé au cœur de tous les catholiques*. » Elisabeth rompit brusquement les négociations entamées avec Marie Stuart*, et donna tous ses soins aux affaires d'Ecosse. Elle envoya d'abord à Jacques VI Carey, fils d'un de ses parents et de sas principaux ministres , lord Hunsdon , gouverneur de Berwick. Carey ^ait chargé de rappeler au roi d'Ecosse ses récentes protestations d'amitié et de dévouement. « Il ne feroit
i. Mémoires de J. Melvil, t. Il, p. 128 et suiv.